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ALPHONSE DAUDET
Deatb'0 flDot>ern Xanguage Seriea
CHOIX DE
CONTES DE DAUDET
SELECTED AND EDITED WITH NOTES AND
VOCABULARY
BY
G. FONTAINE, B.L., L.D.
^-
D. C. HEATH & CO., PUBLISHERS
BOSTON NEW YORK CHICAGO
HARVARD COLLEGE LIBRARY
-^ FROM T1!E Llb'^^RY OF
PAUL H. KELoEY
JULY2, 1936
Copyright, 1908,
By D. C. Heath & Co.
IA9
M
INTRODUCTION
Alphonse Daudet was bom at Nîmes, Department of
Gard, in 1840. When aboùF eighteen years of âge he
sought and obtained a subordinate position as teacher in a
small school of Alais. His sorrowful expériences in that
institution he describes in his Petit Chose (1868). He went
to Paris in 1857, and the following year published a volume
of poems. Les Amoureuses. For ten years he contributed
to various newspapers, but it was only in 1866, when his
Lettres de mon Moulin came out, that he became favorably
known. The book, however, that won for him an undying
famé was his Tartarin de Taras con (1872). The Contes du
lundi, another collection of short stories, was published in
1873. The following year he finished Fromont jeune et
Risler aîné, a realistic novel that was also very successful.
Other of his well-khown works are: Jack (1876), Le Nabab
(1877), Les Rois en exil, Numa Roumestan (1881), VÉvan-
géliste (1883), Sapho (1884), Tartarin sur les Alpes (1885),
L'Immortel (1888), Port Tarascon (1890), La Petite Paroisse
(1895).
He died in 1897, his wife who had been his faithful and
constant adviser surviving him. In 1898 Soutien de famille,
a posthumous work, was issued.
Outside of his short stories and novels may be quoted
the following works: Souvenirs d'un homme de lettres, Trente
ans de Paris, and A travers ma vie et m£S œuvres, ail of
which came out in 1888. In 1873 ^^ ^2,d written a play,
V Artésienne, but it was poorly constructed and met with
no success.
111
IV INTRODUCTION
Daudet was a Realist. His contes are life as seen and
fait by a poet. His very sensitive tempérament enabled
him to put before his readers pictures that are true to
nature. On the other hand the construction of his plots is
sometimes loose, the différent scènes of his novels are not
always closely connected, but he always had taste and
measure. Ne quid nimis seems to hâve been his motto. He
very seldom goes too far, nor is he often found wanting in
descriptive power. His style is terse and never dull. It
may perhaps be said that no French writer of the nineteenth
century ever equaled him in the description of local cus-
toms. His psychology is a living thing; it may not be so
deep and thorough as that of other writers, but it never
brings "ennui" and it holds the mirror up to nature. Like
Balzac he has created human types that will remain. Delo-
helle and Tartarin will endure, and jusi as the French say
Grandet to designate a miser, and Gobseck a usurer, they
use Tartarin to convey the idea of a bombastic fellow.
The editor of this text is well aware of the fact that
readers will not find ail of their favorite stories in this
collection. Some were left out through fear of giving offense
in certain quarters, others because they hâve already been
repeatedly edited. Yet, it is believed that the seventeen
contes hère gathered will enable the students to form a
correct idea of one of the greatest story-tellers in French
literature. The vocabulary is not meant to be complète;
many words the meanings of which are obvious hâve been
purposely omitted.
It gives me pleasure to acknowledge my indebtedness to
Mr. William R. Price for some very valuable suggestions,
as well as for furnishing information in connection with
some of the notes.
C. F.
iT
CONTENTS
PAOB
Les Émotions d'un Perdreau Rouge i
Le Dernier Livre 8
V La Vision du Juge de Colmar 12
La Partie de Billard 17
L*Enfant Espion . • • . 22
Le Mauvais Zouave . . . • 31
^Le Secret de MaItre Cornille 36
tiN Réveillon dans le Marais 43
• Le Pape est Mort 48
Le Porte-Drapeau 53
Les Petits Pâtés 59
Le Phare des Sanguinaires 65
v'^L'Élixir du Révérend Père Gaucher 71
Le Photographe 82
Un Membre du Jockey-Club 87
En Camargue 92
La Pendule de Bougival 103
Notes m
VOCABULARY I3S
/
/" i >
CHOIX DE CONTES DE DAUDET
LES ÉMOTIONS D'UN PERDREAU ROUGE
Vous savez que les perdreaux vont par bandes et nichent
ensemble aux creux des sillons pour s'enlever à la moindre
alerte, éparpillés dans la volée comme une poignée de
grains qu'on sème. Notre compagnie à nous est gaie et
nombreuse, établie en plaine sur la lisière d'un grand bois, s
ayant du butin et de beaux abris de deux côtés. Aussi,
depuis que je sais courir, bien emplumé, bien nourri, je me
trouvais très heureux de vivre. Pourtant quelque chose
m'inquiétait un peu, c'était cette fameuse ouvertiu^e de la
chasse^ dont nos mères commençaient à parler tout bas lo
entre elles. Un ancien de notre compagnie me disait tou-
jours à ce propos:
— •N'aie pas peur. Rouget — on m'appelle Rouget
à cause de mon bec et de mes pattes couleur de sorbe
— n'aie pas peur. Rouget. Je te prendrai avec moi 15
le jour de l'ouverture et je suis sûr qu'il ne t'arrivera
rien.»
C'est un vieux coq très malin et encore alerte, quoiqu'il
ait le fer à chevaP déjà marqué sur la poitrine et quelques
plumes blanches par-ci par-là. Tout jeune, il a reçu im 20
grain de plomb dans l'aile, et comme cela l'a rendu un peu
lourd, ij_^regarde à^ deux^ fçis* avant de s'envoler, prend
son temps, et se tire d'affaire. Souvent il m'emmenait
avec lui jusqu'à l'entrée du bois. Il y a là une singulière
2 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
petite maison, nichée dans les châtaigniers, muette comme
un terrier vide^ et toujours fermée.
— * Regarde bien cette maison, petit, me disait le vieux;
quand tu verras de la fumée monter du toit, le seuil et les
5 volets ouverts, ça ira mal pour nous. '^
Et moi je me fiais à lui, sachant bien qu'il n'en était pas
^ sa première ouverture.^
En effet, l'autre matin, au petit jour, j'entends qu'on
rappelait tout bas dans le sillon . . .
lo «Rouget, Rouget.*
C'était mon vieux coq. Il avait des yeux extraordinaires.
« Viens vite, me dit-il, et fais comme moi. *
Je le suivis, à moitié endormi, en me coulant entre les
'^ mottes de terre, sans voler, sans presque sauter, comme
15 une souris. Nous allions du côté du bois; et je vis, en
passant, qu'il y avait de la fumée à la cheminée de la petite
maison, du jour aux fenêtres, et devant la porte grande
ouverte des chasseurs tout équipés, entourés de chiens qui
sautaient. Comme nous passions, un des chasseurs cria:
20 «Faisons la plaine ce matin, nous ferons le bois après
déjeuner. »
Alors je compris pourquoi mon vieux compagnon nous
emmenait d'abord sous la futaie. Tout de même le cœur
me battait, surtout en pensant à nos pauvres amis.
25 Tout à coup, au moment d'atteindre la lisière, les chiens
se mirent à galoper de notre côté ...
« Rase-toi,^ rase-toi,* me dit le vieux en se baissant; en
même temps, à dix pas de nous, une caille effarée ouvrit
ses ailes et son bec tout grands, et s'envola avec un cri de
30 peur. J'entendis un bruit formidable et nous fûmes en-
tourés par une poussière d'une odeur étrange, toute blanche
et toute chaude, bien que le soleil fût à peine levé. J'avais
LES ÉMOTIONS D'UN PERDREAU ROUGE 3
si peur que je ne pouvais plus courir. Heureusement nous
entrions dans le bois. Mon camarade se blottit derrière
un petit chêne, je vins me mettre près de lui, et nous res-
tâmes là cachés, à regarder entre les feuilles.
Dans les champs, c'était une terrible fusillade. A chaque 5
coup, je fermais les yeux, tout étourdi; puis, quand je me
décidais à les ouvrir, je voyais la plaine grande et nue,
les chiens courant, furetant dans les brins d'herbe, dans
"".A les javelles, tournant sur eux-mêmes comme des fous.
( '" Derrière eux les chasseurs juraient, appelaient; les fusils 10
brillaient au soleil. Un moment, dans un petit nuage de
fumée, je crus voir — quoiqu'il n'y eût aucun arbre alen-
tour — voler comme des feuilles éparpillées. Mais mon
vieux coq me dit que c'était des plumes; et en effet, à cent
pas devant nous, un superbe perdreau gris tombait dans 15
le sillon en renversant sa tête sanglante.
Quand le soleil fut très chaud, très haut, la fusillade
s'arrêta subitement. Les chasseurs revenaient vers la pe-
tite maison, où l'on entendait pétiller un grand feu de
sarments. Ils causaient entre eux, le fusil sur l'épaule, 20
discutaient les coups, pendant que leurs chiens venaient
derrière, harassés, la langue pendante . . ^' ' , '
«Ils vont déjeuner, me dit mon compagnon, faisons
comme eux. » :
Et nous entrâmes dans un champ de sarrasin qui est 25
tout près du bois, un grand champ blanc et noir, en fleur
et en graine, sentant l'amande. De beaux faisans au plu-
7£ / ..' mage mordoré picotaient là, eux aussi, en baissant leurs
'' crêtes rouges de peur d'être vus. Ah! ils étaient moins
fiers que d'habitude. Tout en mangeant, ils nous de- 30
mandèrent des nouvelles et si l'un des leurs était déjà
tombé. Pendant ce temps, le déjeuner des chasseurs.
4 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
d'abord silencieux, devenait de plus en plus bruyant; nous
entendions choquer les verres et partir les bouchons des
bouteilles. Le vieux trouva qu'il était temps de rejoindre
notre abri.
5 A cette heure on aurait dit que le bois dormait. La
petite mare où les chevreuils vont boire n'était troublée '
par aucun coup de langue. Pas un museau de lapin dans
j les serpolets de la garenne. On sentait seulement un
frémissement mystérieux, comme si chaque feuiUe, chaque
lo brin d'herbe abritait une vie menacée. Ces gibiers de
forêt ont tant de cachettes, les terriers, les fourrés, les •
fagots, les broussailles, et puis des fossés, ces petits fossés
de bois qui gardent l'eau si longtemps après qu'il a plu.
J'avoue que j'aurais aimé être au fond d'un de ces trous-là;
15 mais mon campagnon préférait rester à découvert, avoir
du large, voir de loin et sentir l'air ouvert devant lui. Bien
nous en prit/ car les chasseurs arrivaient sous le bois.
Oh! ce premier coup de feu en forêt, ce coup de feu qui
trouait les feuilles comme une grêle d'avril et marquait
20 les écorces, jamais je ne l'oublierai. Un lapin détala au
travers du chemin en arrachant des touffes d'herbe avec
- ses griffes tendues. Un écureuil dégringola d'un châtai-^^
gnier en faisant tomber les châtaignes encore vertes. Il y
eut deux ou trois vols lourds de gros faisans et un tumulte
25 dans les branches basses, les feuilles sèches, au vent^ de ce " ,
coup de fusil qui agita, réveilla, effraya tout ce qui vivait '
dans le bois. Des mulots se coulaient au fond de leurs .'
trous. Un cerf- volant, sorti du creux de l'arbre contre .
lequel nous étions blottis, roulait ses gros yeux bêtes, fixes
• 30 de terreiu-. Et puis des demoiselles bleues, des bourdons, -
des papillons, pauvres bestioles s 'effarant de tous côtés . . .
Jusqu'à un petit criquet aux ailes écarlates qui vint se poser
- Ay
<\f
LES ÉMOTIONS D'UN PERDREAU ROUGE 5
tout près de mon bec; mais j'étais trop effrayé moi-même
pour profiter de sa peur.
Le vieux, lui, était toujours aussi calme. Très attentif
aux aboiements et aux coups de feu, quand ils se rappro-
chaient il me faisait signe, et nous allions un peu plus loin, 5
hors de la portée des chiens et bien cachés par le feuillage.
Une fois pourtant je crus que nous étions perdus. L'allée
que nous devions traverser était gardée de chaque bout par
■^un chasseur embusqué. D'un côté un grand gaillard à
\^ favoris noirs qui faisait sonner toute une ferraille^ à chacim 10
de ses mouvements, couteau de chasse, cartouchière, boîte
à poudre, sans compter de hautes guêtres bouclées jusqu'aux ^
genoux et qui le grandissaient encore; à l'autre bout un ,
petit vieux, appuyé contre un arbre, fumait tranquillement
sa pipe, en clignant des yeux comme s'il voulait dormir. 15
Celui-là ne me faisait pas peur; mais c'était ce grand là-
bas . . .
— * Tu n'y entends rien. Rouget, » me dit mon camarade
en riant; et sans crainte, les ailes toutes grandes, il s'envola
presque dans les jambes de terrible chasseur à favoris. 20
Et le fait est que le pauvre homme était si empêtré dans
tout son attirail de chasse, si occupé à s'admirer du haut
en bas, que lorsqu'il épaula son fusil nous étions déjà hors
de portée. Ah! si les chasseurs savaient, quand ils se
croient seuls à un coin de bois, combien de petits yeux 25
fixes les guettent des buissons, combien de petits becs
pointus se retiennent de rire à leur maladresse! . . .
Nous allions, nous allions toujours. N'ayant rien de
mieux à faire qu'à suivre mon vieux compagnon, mes ailes
battaient au vent des siennes pour se replier immobiles 30
aussitôt qu'il se posait. J'ai encore dans les yeux tous les
endroits où nous avons passé: la garenne rose de bruyères,
6 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
pleine de terriers au pied des arbres jaunes, avec ce grand
rideau de chênes où il me semblait voir la mort cachée
partout, la petite allée verte où ma mère Perdrix avait pro-
mené tant de fois sa nichée au soleil de mai, où nous sautions
5 tout en piquant les foiumis rouges qui nous grimpaient aux
pattes, où nous rencontrions des petits faisans farauds, '^ .
lourds comme des poulets, et qui ne voulaient pas jouer
avec nous.
Je la vis comme dans un rêve ma petite allée, au moment
lo où une biche la traversait, haute sur ses pattes menues, les
yeux grands ouverts et prête à bondir. Puis la mare où
Ton vient en partie par quinze ou trente,^ tous du même
vol, levés de la plaine en une minute, pour boire à l'eau
de la source et s'éclabousser de gouttelettes qui roulent
15 sur le lustre des plumes ... Il y avait au milieu de cette .
mare un bouquet d'aulnettes très fourré, c'est dans cet îlot
que nous nous réfugiâmes. Il_aurait fallu que les chiens
eussent un fameux nez^ pour venir nous chercher là. Nous
y étions depuis un moment, lorsqu'un chevreuil arriva, se
20 traînant sur trois pattes et laissant une trace rouge sur les
mousses derrière lui. C'était si triste à voir que je cachai
ma tête sous les feuilles; mais j'entendais le blessé boire
dans la mare en soufflant, brûlé de fièvre . . .
Le jour tombait. Les coups de fusil s'éloignaient, de-
25 venaient plus rares. Puis tout s'éteignit . . . C'était fini.
Alors nous revînmes tout doucement vers la plaine, pour
avoir des nouvelles de notre compagnie. En passant
devant la petite maison du bois, je vis quelque chcse
d'épouvantable.
30 Au rebord d'un fossé, les lièvres au poil roux, les petits
lapins gris à queue blanche, gisaient à côté les uns des
autres. C'était des petites pattes jointes par la mort, qui
LES ÉMOTIONS D'UN PERDREAU ROUGE 7
avaient Pair de demander grâce, des yeux voilés* qui sem-
blaient pleurer; puis des perdrix rouges, des perdreaux gris,
qui avaient le fer à cheval comme mon camarade, et des
jeunes de cette année qui avaient encore comme moi du
duvet sous leurs plumes. Savez-vous rien de plus triste 5
qu'un oiseau mort? C'est si vivant, des ailes !^ De les
voir repliées et froides, ça fait frémir ... Un grand che-
vreuil superbe et calme paraissait endormi, sa petite langue
rose dépassant la bouche comme pour lécher encore.
Et les chasseurs étaient là, penchés sur cette tuerie, 10
comptant et tirant vers leurs carniers les pattes sanglantes,
les ailes déchirées, sans respect pour toutes ces blessures
fraîches. Les chiens, attachés pour la route, fronçaient
encore leurs babines en arrêt, comme s'ils s'apprêtaient à
s'élancer de nouveau dans les taillis. 15
Oh! pendant que le grand soleil se couchait là-bas et
qu'ils s'en allaient tous, harassés, allongeant leurs ombres
sur les mottes de terre et les sentiers humides de la rosée
du soir, comme je les maudissais, comme je les détestais,
hommes et bêtes, toute la bande! ... Ni mon compagnon 20
ni moi n'avions le courage de jeter comme à l'ordinaire une
petite note d'adieu à ce jour qui finissait.
Sur notre route nous rencontrions de malheureuses
petites bêtes, abattues par un plomb de hasard,' et restant
là abandonnées aux fourmis, des mulots, le museau plein de 25
poussière, des pies, des hirondelles foudroyées dans leur
vol, couchées sur le dos et tendant leurs petites pattes
raides vers la nuit qui descendait vite comme elle fait en
automne, claire, froide et mouillée. Mais le plus navrant
de tout, c'était d'entendre, à la lisière du bois, au bord 30
du pré, et là-bas dans l'oseraie de la rivière, des appels
anxieux, tristes, disséminés, auxquels rien ne répondait.
8 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
LE DERNIER LIVRE
«Il est mort! ...» me dit quelqu'un dans Pescalier.
Depuis plusieurs jours déjà, je la sentais venir, la lugubre
nouvelle. Je savais que d'un moment à l'autre^ j'allais la
trouver à cette porte; et pourtant elle me frappa comme
5 quelque chose d'inattendu. Le cœur gros, les lèvres trem-
blantes, j'entrai dans cet humble logis d'homme de lettres
où le cabinet de travail tenait la plus grande place, où
l'étude despotique avait pris tout le bien-être, toute la
clarté de la maison,
lo II était là couché sur un petit lit de fer très bas, et sa
table chargée de papiers, sa grande écriture interrompue
au milieu des pages, sa plume encore debout dans l'encrier
disaient combien la mort l'avait frappé subitement. Der-
rière le lit, une haute armoire de chêne, débordant de ma-
15 nuscrits, de paperasses, s'entr'ouvrait presque sur sa tête.
Tout autour, des livres, rien que des livres: partout, sur des
rayons, sur des chaises, sur le bureau, empilés par terre
^ ri^t dans des coins, jusque sur le pied du lit. Quand il écrivait ^ ^ ^ . .
'^^ ,i*'* là, assis à sa table, cet encombrement, ce fouillis sans pous- -
20 sière pouvait plaire aux yeux: on y sentait la vie, l'entraifi
du travail. Mais dans cette chambre de mort, c'était
lugubre. Tous ces pauvres livres, qui croulaient par
piles, avaient l'air prêts à partir, à se perdre dans cette
grande bibliothèque du hasard,^ éparse dans les ventes,
25 sur les quais,^ les étalages, feuilletée par le vent et la
flâne.*
Je venais de l'embrasser dans son lit, et j'étais debout à
le regarder, tout saisi par le contact de ce front froid et
lourd comme une pierre. Soudain la porte s'ouvrit. Un
30 commis en librairie, chargé, essoufflé, entra joyeusement et
• — '/" '
lu^ft -^^r^ LE DERNIER LIVRE ' ^^ l A**<^.^^' '^,
poussa sur la table un paquet de livres, frais sortis de la
presse.
^'''^^,u «Envoi de Bachelin,» cria-t-il; puis, voyant le lit, il re-
' '^.jS'' cula, ôta sa casquette et se retira discrètement.
Il y avait quelque chose d'effroyablement ironique dans 5
cet envoi du libraire Bachelin, retardé d'un mois, attendu
par le malade avec tant d'impatience et reçu par le mort
. . . Pauvre ami! C'était son dernier livre, celui sur lequel
il comptait le plus. Avec quel soin minutieux ses mains,
déjà tremblantes de fièvre, avaient corrigé les épreuves I 10
quelle hâte il avait de tenir le premier exemplaire! Dans
les derniers jours, quand il ne parlait plus, ses yeux restaient J^' . >-
fixés sur la porte; et si les imprimeurs, les protes, les brp- ^r''-^"-^
cheurs, tout ce monde employé à l'œuvre d'un seul, avaient
pu voir ce regard d'angoisse et d'attente, les mains se 15
seraient hâtées, les lettres se seraient bien vite mises en
pages, les pages en volumes pour arriver à temps, c'est-à-
dire un jour plus tôt, et donner au mourant la joie de re-
trouver, toute fraîche dans le parfum du livre neuf et la
netteté des caractères, cette pensée qu'il sentait déjà fuir 20
et s'obscurcir en lui.
Même en pleine vie, il y a là en effet pour l'écrivain un
bonheur dont il ne se blase jamais. Ouvrir le premier
exemplaire de son œuvre, la voir fixée, comme en relief, et
non plus dans cette grande ébullition du cerveau où elle 25
est toujours un peu confuse, quelle sensation délicieuse!
Tout jeune, cela vous cause un éblouissement: les lettres
miroitent, allongées de bleu, de jaune, comme si l'on avait
du soleil plein la tête.* Plus tard, à cette joie d'inventeur
se mêle un peu de tristesse, le regret de n'avoir pas dit tout 30
ce que l'on voulait dire. L'œuvre qu'on portait en soi
paraît toujours plus belle que celle qu'on a faite. Tant de
• >
... r^*
lO CHOIX DE CONTES DE DAUDET
choses se perdent en ce voyage de la tête à la main. A
voir^ dans les profondeurs du rêve, l'idée du livre ressemble
à ces jolies méduses de la Méditerranée qui passent dans
la mer comme des nuances flottantes; posée sur le sable^
5 ce n'est plus qu'un peu d'eau, quelques gouttes décolorées
que le vent sèche tout de suite.
Hélas! ni ces joies ni ces désillusions, le pauvre garçon
n'avait rien eu, lui, de sa dernière œuvre. C'était navrant
à voir, cette tête inerte et lourde, endormie sur l'oreiller, et
ïo à côté ce livre tout neuf, qui allait paraître aux vitrines, se
mêler aux bruits de la rue, à la vie de la journée, dont les
passants liraient le titre machinalement, l'emporteraient
dans leur mémoire, au fond de leurs yeux, avec le nom de
l'auteur, ce même nom inscrit à la page triste^ des mairies,
15 et si riant, si gai sur la couverture de couleur claire. Le
problème de l'âme et du corps semblait tenir là tout entier^
entre ce corps rigide qu'on allait ensevelir, oublier, et ce
livre qui se détachait de lui, comme une âme visible, vivante,
et peut-être immortelle . . .
to . . . *I1 m'en avait promis \m exemplaire . . .' dit tout
bas près de moi une voix larmoyante. Je me retournai, et
j'aperçus, sous des lunettes d'or, un petit œil vif et fureteur
de ma connaissance et de la vôtre aussi, vous tous mes
amis qui écrivez. C'était l'amateur de livres, celui qui
25 vient, dès qu'un volume de vous est annoncé, sonner à
votre porte deux petits coups timides et persistants qui
;,l^4ui ressemblent. Il entre, souriant, l'échiné basse, frétille
' • autour de vous, vous appelle ^ cher maître, » et ne s'en ira
pas sans emporter votre dernier livre. Rien que le dernier!
30 II a tous les autres, c'est celui-là seul qui lui manque. Et
ie moyen de refuser? Il arrive si bien ^àj/heure^^ il sait
si bien vous prendre au miheu de cette joie dont nous
LE DB^tKIER LIVRE II
parlions, dans l'abandon des envois, des dédicaces. Ah!
le terrible petit homme que rien ne rebute, ni les portes
.H "■' sourdes, ni les accueils gelés, ni le vent, ni la pluie, ni les
^ ^^'m distances. Le matin, on le rencontre dans la rue de la l^ -k c^'c'
Pompe,^ grattant au petit huis^ du patriarche de Passy;^ 5
le soir, il revient de Marly^ avec le nouveau drame de
Sardou* sous le bras. Et comme cela, toujours trottant,
toujours en quête, il remplit sa vie sans rien faire, et sa
bibliothèque sans payer.
Certes, il fallait que la passion des livres fût bien forte 10
chez cet homme pour l'amener ainsi jusqu'à ce lit de mort.
«Eh! prenez-le, votre exemplaire,* lui dis- je impatienté.
Il ne le prit pas, il l'engloutit. Puis, une fois le volume
bien approfondi dans sa poche, il resta sans bouger, sans
parler, la tête penchée sur l'épaule, essuyant ses lunettes 15
d'un air attendri . . . Qu'attendait-il? qu'est-ce qui le re-
tenait? Peut-être un peu de honte, l'embarras de partir
tout de suite, comme s'il n'était venu que pour cela ?
Eh bien, non!
Sur la table, dans le papier d'emballage à moitié enlevé, 20
il venait d'apercevoir quelques exemplaires d'amateur,® la
"^tranche épaisse, non rognés,^ avec de grandes marges, fleu- ^'-"^ot^^
' rons, culs-de-lampe; et malgré son attitude recueillie, son i^'-r---^^'
: ,j ^ regard, sa pensée, tout était là ... Il en louchait le mal-
'r\ heureux! - 25
Ce que c'est pourtant que la manie d'observer!^ Moi-
même je m'étais laissé distraire de mon émotion, et je sui-
, vais, à travers mes larmes, cette petite comédie navrante
^ -"' qui se jouait au chevet du mort. Doucement, par petites
secousses invisibles, l'amateur se rapprochait de la table. 30
Sa main se posa comme par hasard sur un des volumes; il
le retourna, l'ouvrit, palpa le feuillet. A mesure que son œil
*
^ ^ ' ' .'*' . ■ -W>-^' »,/;•' » >
12 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
s'allumait, le sang lui montait aux joues. La magie du livre
opérait en lui ... A la fin, n'y tena nt plus, il en prit un:
•C'est pour M. de Sainte-Beuve,»^ me dit-il à demi-voix,
et dans sa fièvre, son trouble, la peur qu'on ne lui le reprît,
5 peut-être aussi pour bien me convaincre que c'était pour
M. de Sainte-Beuve, il ajouta très gravement avec un
accent de componction intraduisible: *De l'Académie
française! ...» et il disparut.
/il A il' ru
(t
: ^^ ' . LA VISION DU JUGE DE COLMAR*
^^^^'^ Avant qu'il eût prêté serment à l'empereur Guillaume,*
^;. »^ iw^il n'y avait pas d'homme plus heureux que le petit juge
^ ^,. ù*'"^ DoUinger, du tribunal de Colmar, lorsqu'il arrivait à
(Ji>k''** l'audience avec sa toque sur l'oreille, son gros ventre, sa
lèvre en fleur* et ses trois mentons bien posés sur un ruban
•-> de mousseline. —
\ 1$ «Ah! Iç bon petit soinine que je vais faire,» avait-il l'air
^ de se dire en s'asseyant, et c'était plaisir de le voir allonger
ses jambes grassouillettes, s'enfoncer sur son grand fau-
teuil, sur ce rond de cuir frais et moelleux auquel il devait
d'avoir^ encore l'humeiu* égale et le teint clair, après trente
ao ans de magistrature assise."
Infortuné Dollinger!
C'est ce rond de cuir qui l'a perdu. Il se trouvait si bien
dessus, sa place était si bien faite sur ce coussinet de moles-
kine, qu'il a mieux aimé devenir Prussien que de bouger
25 de là. L'empereur Guillaume lui a dit: * Restez assis,
monsieur Dollinger!» et Dollinger est resté assis; et au-
joiu-d'hui le voilà conseiller à la cour de Colmar, rendant
bravement la justice au nom de Sa Majesté berlinoise.
LA VISION DU JUGE DE COLMAR 13
Autour de lui, rien n'est changé: c'est toujours le même .
tribunal fané et monotone, la même salle de catéchisme -^^
avec ses bancs luisants, ses murs nus, son bourdonnement
d'avocats, le même demi-jour tombant des hautes fenêtres
à rideaux de serge, le même grand christ^ poudreux qui . 5
penche la tête, les bras étendus. En passant à la Prusse,
la cour de Colmar n'a pas dérogé: il y a toujours un buste
d'empereur^ au fond du prétoire . . . Mais c'est égal! Dol-
linger se sent dépaysé. Il a beau se rouler dans son fau-
teuil, s'y enfoncer rageusement; il n'y trouve plus les bons ic
petits sommes d'autrefois, et quand par hasard il lui arrive
encore de s'endormir à l'audience, c'est pour faire des
rêves épouvantables . . .
DoUinger rêve qu'il est sur une haute montagne, quel-
que chose comme le Honeck^ ou le ballon d'Alsace ... 15
Qu'est-ce qu'il fait là, tout seul, en robe de juge, assis sur
son grand fauteuil à ces hauteurs immenses où l'on ne voit
«J^u^^plus rien que des arbres rabougris et des tourbillons de
petites mouches? . . . DoUinger ne le sait pas. Il attend,
tout frissonnant de la sueur froide et de l'angoisse du 20
cauchemar. Un grand soleil rouge se lève de l'autre côté du
Rhin, derrière les sapins de la forêt Noire,* et, à mesure que
le soleil monte, en bas, dans les vallées de Thann, de Mun-
ster,^ d'un bout à l'autre de l'Alsace, c'est un roulement
confus, un bruit de pas, de voitures en marche, et cela 25
grossit, et cela s'approche, et DoUinger a le cœur serré!
Bientôt, par la longue route tournante qui grimpe aux
flancs de la montagne, le juge de Colmar voit venir à lui un
cortège lugubre et interminable, tout le peuple d'Alsace
qui s'est donné rendez-vous à cette passe des Vosges® pour 30
émigrer solennellement.
En avant montent de longs chariots attelés de quatre
et^UCi^
14 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
bœufs, ces longs chariots à claire-voie que l'on rencontre
tout débordants de gerbes au temps des moissons, et qui
maintenant s'en vont chargés de meubles, de hardes, d'in-
'^^^ «..^ostruments de travail. Ce sont les grands lits, les hautes
i^ armoires, les garnitures d'indienne,^ les huches, les rouets,
^(^ yu'AUî^ les petites chaises des enfants, les fauteuils des ancêtres,
\'\ \ vieilles reliques entassées, tirées de leurs coins, dispersant
au vent de la route la sainte poussière des foyers. Des mai-
sons entières partent dans ces chariots. Aussi n'avancent-
lo ils qu'en gémissant, et les boeufs les tirent avec peine,
conune si le sol s'attachait aux roues, comme si ces parcelles
de terre sèche restées aux herses, aux charrues, aux pioches»
aux râteaux, rendant la charge encore plus lourde, faisaient
de ce départ un déracinement. Derrière se presse \me
15 foule silencieuse, de tout rang, de tout âge, depuis les grands
vieux à tricorne qui s'appuient en tremblant sur des bâtons,
* / jusqu'aux petits blondins frisés, vêtus d'une bretelle et
d'un pantalon de futaine, depuis l'aïeule paralytique que de
fiers garçons portent sur leurs épaules, jusqu'aux enfants
20 de lait^ que les mères serrent contre leurs poitrines; tous,
les vaillants comme les infirmes, ceux qui seront les soldats
de l'année prochaine et ceux qui ont fait la terrible cam-
pagne, des cuirassiers amputés qui se traînent sur des _
l^^ ./'^'béquilles, des artilleurs hâves, exténués, ayant encore dans
"^^ 25 leurs uniformes en loque la moisissure des casemates de
Spandau;^ tout cela défile fièrement sur la route, au bord
de laquelle le juge de Colmar est assis, et, en passant devant
lui, chaque visage se détourne avec une terrible expression
de colère et de dégoût . . .
30 Oh! le malheureux DoUinger! il voudrait se cacher,
s'enfuir; mais impossible. Son fauteuil est incrusté* dans
la montagne, son rond de cuir dans son fauteuil, et lui dans
LA VISION DU JUGE DE COLMAR 15
son rond de cuir. Alors il comprend qu'il est là comme au
pilori, et qu'on a mis le pilori aussi haut pour que sa honte
se vît de plus loin ... Et le défilé continue, village par
village, ceux de la frontière suisse menant d'immenses
troupeaux, ceux de la Saar* poussant leurs durs outils de 5
çwv fer dans des wagons à minerais. Puis les villes arrivent,
tout le peuple des filatures, les tanneurs, les tisserands, les '^
^^«^^''burdisseurs, les bourgeois, les prêtres, les rabbins, les
magistrats, des robes noires, des robes rouges^ . . . Voilà
le tribunal de Colmar, son vieux président en tête. Et 10
Dollinger, mourant de honte, essaye de cacher sa figure,
mais ses mains sont paralysées; de fermer les yeux, mais
ses paupières restent immobiles et droites. Il faut qu'il
voie et qu'on le voie, et qu'il ne perde pas un des regards
de mépris que ses collègues lui jettent en passant ... 15
Ce juge au pilori, c'est quelque chose de terrible! Mais
ce qui est plus terrible encore, c'est qu'il a tous les siens
dans cette foule, et que pas un n'a l'air de le reconnaître.
Sa femme, ses enfants passent devant lui en baissant la
tête. On dirait qu'ils ont honte, eux aussi! Jusqu'à son 20
petit Michel qu'il aime tant, et qui s'en va pour toujours
sans seulement le regarder. Seul^ son vieux président
s'est arrêté une minute pour lui dire à voix basse:
«Venez avec nous, Dollinger. Ne restez pas là, mon
ami ...» 25
Mais Dollinger ne peut pas se lever. Il s'agite, il appelle,
et le cortège défile pendant des heures; et lorsqu'il s'éloigne
au jour tombant, toutes ces belles vallées pleines de clochers
et d'usines se font silencieuses. L'Alsace entière est par-
tie. Il n'y a plus que le juge de Colmar qui reste là-haut, 30
doué sur son pilori, assis et inamovible . . ,
l6 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
. . . Soudain la scène change. Des ifs, des croix noires,
des rangées de tombes, une foule en deuil. C'est le cime-
\: ^^ tière de Colmar, un jour de grandenterrement. Toutes
les cloches de la ville sont en branle. Le conseiller Dol-
. 5 linger vient de mourir. Ce que l'honneur n'avait pas pu
faire, la mort s'en est chargée. Elle a dévissé de son rond
de cuir le magistrat inamovible, et couché tout de son long
l'homme qui s'entêtait à rester assis . . .
Rêver qu'on est mort et se pleurer soi-même, il n'y a pas
10 de sensation plus horrible. Le cœur navré, Dollinger as-
siste à ses propres funérailles; et ce qui le désespère encore
plus que sa mort, c'est que dans cette foule immense qui se
presse autour de lui, il n'a pas un ami, pas im parent. Per-
sonne de Colmar, rien que des Prussiens 1 Ce sont des
15 soldats prussiens qui ont fourni l'escorte, des magistrats
prussiens qui mènent le deuil,* et les discours qu'on pro-
nonce sur sa tombe sont des discours prussiens, et la terre
qu'on lui jette dessus et qu'il trouve si froide est de la terre
prussienne, hélas I
20 Tout à coup la foule s'écarte, respectueuse; im magni-
fique cuirassier blanc s'approche, cachant sous son man-
teau quelque chose qui a l'air d'une grande couronne
d'immortelles. Tout autour on dit:
* Voilà Bismarck* . . . voilà Bismarck . . .• Et le juge
25 de Colmar pense avec tristesse:
* C'est beaucoup d'honneur que vous me faites, monsieur
le comte, mais si j'avais là mon petit Michel . . .*
Un immense éclat de rire l'empêche d'achever, un rire
fou, scandaleux, sauvage, inextinguible.
30 * Qu'est-ce qu'ils ont donc?* se demande le juge épou-
vanté. Il se dresse, il regarde . . . C'est son rond, son
rond de cuir que M. de Bismarck vient de déposer reli-
LA PARTIE DE BILLARD I7
gieusement sur sa tombe avec cette inscription en entourage
dans la moleskine:
AU JUGE DOLLINGER
HONNEUR DE LA MAGISTRATURE ASSISE
SOUVENIRS ET REGRETS 5
. j^ , D'un bout à l'autre du cimetière, tout le monde rît, tout
^ i^^>•>'^ le monde se tord,^ et cette grosse gaieté prussienne résonne
jusqu'au .fond du caveau, où le mort pleure de honte^
écrasé sous un ridicule étemel . . .
y^l/^ax.Ut^'^ ^ i^^ PARTIE DE BILLARD
Comme on se bat depuis deux jours et qu'ils ont passé lo
la nuit sac au dos^ sous une pluie torrentielle, les soldats
sont exténués. Pourtant voilà trois mortelles heures qu'on ^
les laisse se morfondre, l'arme au pied,* dans les flaques
\ ,. â des grandes routes, dans la boue des champs détrempés.
Alourdis par la fatigue, les nuits passées,* les uniformes 15
pleins* d'eau, ils se serrent les uns contre les autres pour se
réchauffer, pour se soutenir. Il y en a qui dorment tout
debout, appuyés au sac d'un voisin, et la lassitude, les
privations se voient mieux sur ces visages détendus, aban-
donnés dans le sommeil. La pluie, la boue, pas de feu, 20
pas de soupe, un ciel bas et noir, l'ennemi qu'on sent tout
autour. C'est lugubre . . .
Qu'est-ce qu'on fait là? Qu'est-ce qui se passe?
Les canons, la gueule tournée vers le bois, ont l'air de
guetter quelque chose. Les mitrailleuses embusquées re- 25
gardent fixement l'horizon. Tout semble prêt pour une
l8 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
attaque. Pourquoi n'attaque*-t-on pas? Qu'est-ce qu'on
attend? ...
On attend des ordres, et le quartier général n'en envoie
pas.
5 II n'est pas loin cependant le quartier général. C'est ce
beau château Louis XIII^ dont les briques rouges, lavées
... ^par la pluie, luisent à mi-côte entre les massifs. Vraie de-
meure princière, bien digne de porter le fanion d'un maré-
> ' ^''^chal de France. Derrière un grand fossé et une rampe
' ^lo de pierre qui les séparent de la route, les pelouses montent! aa*:<
.' , tout droit jusqu'au perron, unies et vertes, bordées de
, vases fleuris. De l'autre côté, du côté intime de la maison, \j^,j^^j^
les chajmilles font des trouées lumineuses, la pièce d'eau <^
où nagent des cygnes s'étale comme un miroir, et sous le ^^
15 toit en pagode d'une immense volière, lançant des cris . '^j.
, aigus dans le feuillage, des paons, des faisans dorés battent^"*'*/
; * I des ailes et font la roue. Quoique les maîtres soi«it partis,
on ne sent pas là l'abandon, lé grand lâchez-tout* de la
guerre. L'oriflamme du chef de l'armée a préservé jus-
20 qu'aux moindres fleurettes des pelouses, et c'est quelque
chose de saisissant de trouver, si près du champ de bataille,
ce calme opulent qui vient de l'ordre des choses, de l'aligne-
ment correct des massifs, de la profondeur silencieuse des
avenues. .'-'c^-. ^ * ;■
25 La pluie, qui tasse là-bas de si vilaine boue sur les chemins
et creuse des ornières si profondes, n'est plus ici qu'une
ondée élégante, aristocratique, avivant la rougeur des
briques, le vert des pelouses, lustrant les feuilles des oran-
gers, les plumes blanches des cygnes. Tout reluit, tout est
30 paisible. Vraiment, sans le drapeau qui flotte à la crête
du toit, sans les deux soldats en faction devant la grille,
jamais on ne se croirait au quartier général. Les chevaux
-> Xut,
ji
-JJ.'.
J LA PARTIE DE BILLARD 19
^ ' / :'.i^ reposent dans les écuries. * Çà et là on l'encontre des br^-
^, l ^ seurs, des ordonnances en petite tenue flânant aux abords
dëTcuisines, ou quelque jardinier en pantalon rouge prome-
nant tranquillement son râteau dans le sable des grandes
cours. 5
La salle à manger, dont lès fenêtres donnent sur le perron,
laisse voir une table à înoitié desservie, des bouteilles
itl^':i/K' débouchées, des verres ternis et vides, blafards sur la .
^ nappe froissée, toute une fin de repas,^ les convives partis.
'^'"•j^ Dans la pièce à côté, on entend des éclats de voix, des lo
rires, des billes qui roulent, des verres qui se choquent. Le
maréchal est en train de faire sa partie, et voilà' pourquoi
l'armée attend des ordres. Quand le maréchal a com-
mencé sa partie, le ciel peut bien crouler, rien au monde ne
saurait Pempêcher de la finir. 15
Le billard!
C'est sa faiblesse à ce grand homme de guerre. Il est
là, sérieux comme à la bataille, en grande tenue, la poitrine
couverte de plaques, Pœil brillant, les pommettes enflam-
mées, dans l'animation du repas, du jeu, des grogs.^ Ses 20
aides de camp l'entourent, empressés, respectueux, se
pâmant d'admiration à chacun de ses coups. Quand le
,A maréchal fait im point, tous se précipitent vers la marque;
quand le maréchal a soif, tous veulent lui préparer son
grog. C'est im froissement d'épaulettes et de panaches, 25
un cliquetis de croix et d'aiguillettes, et de voir tous ces^li -^V f
jolis sourires, ces fines révérences de courtisans, tant de Vl.^^c* i
broderies et d'uniformes neufs, dans cette haute salle à
boiseries de chêne, ouverte sur des parcs, sur des cours
d'honneur, cela rappelle les automnes de Compiègne' et re- 30
pose un peu des capotes souillées qui se morfondent là-bas au
long des routes et font des groupes si sombres sous la pluie.
ao Ft*»^ CHOIX DE CONTES DE DAUDET
>r V ' "Le partenaire du maréchal est un petit capitaine d'état-
major, sanglé/ frisé, ganté de clair, qui est de première
force au billard^ et capable de rouler* tous les maréchaux
de la terre, mais il sait se tenir à une distance respectueuse
5 de son chef, et s'applique à ne pas gagner, à ne pas perdre
non plus trop facilement. C'est ce qu'on appelle un oflâ-
cier d'avenir '. . .
''^ j Attention, jeune homme, tenons-nous bien.* Le maré-
-** \ chai en a quinze, et vous dix. Il s'agit de mener la partie
- ^^'' 10 jusqu'au bout comme cela, et vous aurez plus fait pour
votre avancement que si vous étiez dehors avec les autres,
sous ces torrents d'eau qui noient l'horizon, à salir votre
bel uniforme, à ternir l'or de vos aiguillettes, attendant
des ordres qui ne viennent pas.
15 C'est une partie vraiment intéressante. Les billes
courent, se frôlent, croisent leurs couleurs.* Les bamies (îu.i Jv
^, ^ rendent bien, le tapis s'échauffe . . . Soudain la flamme
, '.y (m d'un coup de canon passe dans le ciel. Un bruit sourd fait
trembler les vitres. Tout le monde tressaille; on se re-
20 garde avec inquiétude. Seul le maréchal n'a rien vu, rien
entendu: penché sur le billard, il est en train de combiner
• '♦. i. - un magnifique effet de recul;® c'est son fort, à lui, les effets
: ' *' de recul! . . .
Mais voilà un nouvel éclair, puis un autre. Les coups de
25 canon se succèdent, se précipitent. Les aides de camp cou-
rent aux fenêtres. Est-ce que les Prussiens attaqueraient?
«Eh bien, qu'ils attaquent! dit le maréchal en mettant
du blanc^ ... A vous de jouer, capitaine. »
L'état-major frémit d'admiration. Turenne* endormi
■^o sur un affût n'est rien auprès de ce maréchal, si calme
devant son billard au moment de l'action . . . Pendant ce
temps le vacarme redouble. Aux secousses du canon se
LA PARTIE DE BILLARD 21
mêlent les déchirements des mitrailleuses, les roulements
i (t^Y^ ^gg fg^x de peloton. Une buée rouge, noire sur les bords,
monte au bout des pelouses. Tout le fond du parc est
embrasé. Les paons, les faisans effarés clament dans la
volière; les chevaux arabes, sentant la poudre, se cabrent au 5
fond des écuries. Le quartier général commence à s'émou-
voir. Dépêches sur dépêches. Les estafettes arrivent à
•^■'l\,'J b r|de ab attue. On demande le maréchal.
"^' Le maréchal est inabordable. Quand je vous disais*
que rien ne pourrait Pempêcher d'achever sa partie. 10
«A vous de jouer, capitaine.*
Mais le capitaine a des distractions. Ce que c'est pour-
tant que d'être jeune!* Le voilà qui perd la tête, oublie
son jeu et fait coup sur coup deux séries, qui lui donnent
presque partie gagnée.* Cette fois le maréchal devient 15
furieux. La surprise, l'indignation éclatent sur son mâle
visage. Juste à ce moment, un cheval lancé ventre à terre
s^abat dans la cour. Un aide de camp couvert de boue
force la consigne, franchit le perron d'un saut: * Maréchal!
maréchal! . . .* Il faut voir comme il est reçu . . . Tout 20
bouffant de colère et rouge comme un coq,* le maréchal
paraît à la fenêtre, sa queue de billard à la main:
«Qu'est-ce qu'il y a? . . . Qu'est-ce que c'est? ... Il n'y
S<^'1m ^ ^^^^ P^^ ^^ factionnaire par ici?
— Mais, maréchal ... 25
— C'est bon . . . Tout à l'heure* . . . Qu'on attende mes
ordres, nom d . . . D . . .!»*
Et la fenêtre se referme avec violence.
Qu'on attende ses ordres!
C'est bien ce qu'ils font, les pauvres gens. Le vent leur 30
chasse la pluie et la mitraille en pleine figure. Des ba-
taillons entiers sont écrasés, pendant que d'autres restent
22 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
inutiles, l'arme au bras, sans pouvoir se rendre compte de
leur inaction. Rien à faire. On attend des ordres . . .
Par exemple,^ comme on n'a pas besoin d'ordres pour
mourir, les hommes tombent par centaines derrière les
5 buissons, dans les fossés, en face du grand château silen-
cieux. Même tombés, la mitraille les déchire encore, et
par leurs blessures ouvertes coule sans bruit le sang géné-
reux de la France . . . Là-haut, dans la salle de billard,
cela chauffe^ aussi terriblement: le maréchal a repris son
lo avance; mais le petit capitaine se défend comme un lion . . .
Dix-sept! dix-huit! dix-neuf! . . .
A peine a-t-on le temps de marquer les points. Le bruit
de la bataille se rapproche. Le maréchal ne joue plus que
pour un. Déjà des obus arrivent dans le parc. En voilà
15 un qui éclate au-dessus de la pièce d'eau. Le miroir'
l s'éraille: un cygne nage, épeuré, dans un tourbillon de
, plumes sanglantes. C'est le dernier coup . . .
' Maintenant, un grand silence. Rien que la pluie qui
tombe sur les charmilles, un roulement confus au bas du
20 coteau, et, par les chemins détrempés, quelque chose
*' comme le piétinement d'un troupeau qui se hâte . . .
L'armée est en pleine déroute. Le maréchal a gagné sa
partie. . a Utc\
y .\<^.(-^"^ . , ^
'J'-->iJ ••-i^'^^^" L»ENFANT ESPION '' ^"^ '' ' '
Il s'appelait Stenne, le petit Stenne.
35 C'était un enfant de Paris, malingre et pâle, qui pouvait ^yf
avoir dix ans, peut-être quinze; avec ces moucherons-là,*^ ,.
on ne sait jamais. Sa mère était morte; son père, ancien ^
soldat de marine, gardait un square^ dans le quartier du
Temple. Les babies, les bonnes, les vieilles dames à
l'enfant espion QmM>0>^\ 23
ui....^ "^ pliants,^ les mères pauvres, tout le Paris irotte^enu^ qui
vient se mettre à l'abri des voitures dans ces parterres
bordés de trottoirs, connaissaient le père Stenne et l'ado-
raient. On savait que, sous cette rude moustache, effroi
' t> des chiens et des traîneurs de bancs, se cachait un bon 5
sourire attendri, presque maternel, et que, pour voir ce
sourire, on n'avait qu'à dire au bonhomme:
«Comment va votre petit garçon? ...»
Il l'aimait tant son garçon, le père Stenne! Il était
si heureux, le soir, après la classe,^ quand le petit venait le 10
prendre et qu'ils faisaient tous deux le tour des allées,
s'arrêtant à chaque banc pour sa,luer les habitués, répondre
à leurs bonnes manières.* . ' ' ,'?' , , .<
Avec le siège^ malheureusement tout changea. Le
square du père Stenne fut fermé, on y mit du pétrole, et le 15
y^^ pauvre homme, obligé à une surveillance incessante, passait
\ ^ . ^ sa vie dans les naassifs déserts et bouleversés, seul, sans
fumer, n'ayant plus son garçon que le soir, bien tard, à la
maison. Aussi il fallait voir sa moustache, quand il parlait
des Prussiens ... Le petit Stenne, lui, ne se plaignait pas 20
trop de cette nouvelle vie.
Un siège! C'est si amusant pour les gamins. Plus
d'école! plus de mutuelle!® Des vacances tout le temps
et la rue comme un champ de foire . . .
L'enfant restait dehors jusqu'au soir, à courir. Il ?5
accompagnait les bataillons du quartier qui' allaient au
rempart, choisissant de préférence ceux qui avaient une ' -
bonne musique;^ et là-dessus petit Stenne était très ferré.
Il vous disait fort bien que celle du g6® ne valait pas
grand'chose,* mais qu'au 55® ils en avaient une ex- 30
cellente. D'autres fois, il regardait les mobiles faire
l'exercice; puis il y avait les queues* ... ^ .^. c / i
24 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
Son panier sous le bras, il se mêlait à ces longues files
qui se formaient dans Pombre des matins d'hiver sans gaz,^
à la grille des bouchers, des boulangers. Là, les pieds dans
l'eau, on faisait des connaissances, on causait politique,
5 et comme fils de M. Stenne, chacun lui demandait son avis.
Mais le plus amusant dç tout, c'était encore les parties de
bouchon,^ ce fameux jeu de galoche que les mobiles bretons
avaient mis à la mode pendant le siège. Quand le petit
Stenne n'était pas au rempart ni aux boulangeries, vous
10 étiez sûr de le trouver à la partie de galoche de la place du
Château-d'Eau.* Lui ne jouait pas, bien entendu; il faut
trop d'argent. Il se contentait de regarder les joueurs avec
''^*^" desvÊUx!® ., . r"*"''*"
^Y Un surtout, un grand* en cotte Bleue, qui ne misait que
* 15 des pièces de cent sous,^ excitait son admiration. Quand il
courait, celui-là, on entendait les écus sonner au fond de sa
cotte . . .
Un jour, en ramassant une pièce qui avait roulé jusque
sous les pieds du petit Stenne, le grand lui dit à voi:c basse:
20 *Ça te fait loucher," hein? ... Eh bien, si tu veux, je
te dirai où on en trouve. •
La partie finie, il l'emmena dans un coin de la place et
lui. proposa de venir avec lui vendre des journaux aux
Prussiens, on avait 30 francs par voyage. D'abord Stenne
25 refusa, très indigné; et du coup,* il resta trois jours sans
retourner à la partie. Trois jours terribles. Il ne man-
geait plus, il ne dormait plus. La nuit, il voyait des tas de
galoches dressées au pied de son lit, et des pièces de cent
sous qui filaient à plat,^® toutes luisantes. La tentation
30 était trop forte. Le quatrième jour, il retourna au Châ-
teau-d'Eau, revit le grand, se laissa séduire . . .
l'enfant espion 25
Us partirent par un matin de neige, un sac de toile sur
l'épaule, des journaux cachés sous leurs blouses. Quand
ils arrivèrent à la porte de Flandres,^ il faisait à peine jour.
Le grand prit Stenne par la main, et, s'approchant du
factionnaire — un brave sédentaire^ qui avait le nez rouge 5
et l'air bon — il lui dit d'une voix de pauvre:^
*;> «Laissez-nous passer, mon bon monsieur . . . Notre mère
est malade, papa est mort. Nous allons ^oir avec mon
petit frère à ramasser des pommes de terre dans le champ. *
Il pleurait. Stenne, tout honteux, baissait la tête. Le 10
factionnaire les regarda un moment, jeta un coup d'ceil sur
la route déserte et blanche.
«Passez vite,'^ leur dit-il en s'écartant; et les voilà sur le
chemin d'Aubervilliers.* C'est le grand qui riait!®
/ .Confusément, comme dans un rêve, le petit Stenne 15
^ • ^ ^ ' voyait des usines transformées en c aserne s, des barricades
j xiésertes, de longues cheminées qui trouaient le brouillard
>^ wet montaient dans le ciel, vides, ébréchées. De loin en ^ 'f '
loin, une sentinelle, des officiers encapuchonnés qui regar- -' «^ '-
daient là-bas avec des lorgnettes, et de petites tentes trem- 2ohooS. i
pées de neige fondue devant des feux qui mouraient. Le C$-».:X
grand connaissait les chemins, prenait à travers champ
pour éviter les postes. Pourtant ils arrivèrent, sans pou-
voir y échapper, à une grand'garde de francs-tireurs. Les
francs-tireurs étaient là avec leurs petits cabans, accroupis 25^^^'!
au fond d'une fosse pleine d'eau, tout le long du chemin
de fer de Soissons.' Cette fois le grand eut beau recom-
mencer son histoire, on ne voulut pas les laisser passer.
^ Alors, pendant qu'il se lamentait, de la maison du garde-
(^^ barrière^ sortit sur la voie un vieux sergent, tout blanc, tout 30
^/- , ridé, qui ressemblait au père Stenne:
* Allons] mioches, ne pleurons plus! dit-il aux enfants.
!..''•
26 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
on VOUS y laissera aller, à vos pommes de terre; mais, avant,
entrez vous chauffer un peu ... Il a Pair gelé ce gamin-là! •
Hélas! Ce n'était pas de froid qu'il tremblait le petit
Stenne, c'était de peur, c'était de honte . . . Dans le poste,
5 ils trouvèrent quelques soldats blottis autour d'un feu
maigre, un vrai feu de veuve, à la flamme duquel ils
faisaient dégeler du biscuit au bout de leurs baïonnettes.
On se serra pour faire place aux enfants. On leur donna
la goutte, un peu de café. Pendant qu'ils buvaient, un
lo oflSicier vint sur la porte, appela le sergent, lui parla tout
bas et s'en alla bien vite.
«Garçons! dit le sergent en rentrant radieux . . . ^ aura
du tahaà cette nuit . . . On a surpris le mot des Prussiens
... je crois que cette fois nous allons le leur reprendre,
15 ce sacré Bourget!»^
Il y eut une explosion de bravos et de rires. On dansait,
' '*'^' on chantait, on asti^ait les sabres-baïonnettes; et, pro-
j- fitant de ce tumulte, les enfants disparurent.
Passé la tranchée, il n'y avait plus que la plaine, et au
20 fond un long mur blanc troué de meurtrières. C'est vers
~ce mur qu'ils se dirigèrent, s'arrêtant à chaque pas pour
faire semblant de ramasser des pommes de terre.
«Rentrons . . . N'y allons pas,* disait tout le temps le
petit Stenne.
25 L'autre levait les épaules et avançait toujours. Soudain
ils entendirent le trictrac d'un fusil qu'on armait. Ce zj\
lo- •*" «Couche-toi!* fit le grand, en se jetant par terre.
Une fois couché, il siffla. Un autre sifflet répondit sur
la neige. Ils s'avancèrent en rampant . . . Devant le mur,
30 au ras du sol, parurent deux moustaches jaunes sous un
• > béret crasseux.. Le grand sauta dans la tranchée, à côté
^ •"■?
du Prussien:
l'enfant espion »7
•C'est mon frère,* dit-il en montrant swi compagnon.
Il était si petit, ce Stenne, qu'en le voyant le Prussien '
se mit à rire et fut obligé de le prendre dans ses bras pour
le hisser jusqu'à la brèche. r ;; l ^^^jjj;^
De l'autre côté du mur, c'étaient de grands remblais de 5
terres, des arbres couchés, des trous noirs dans la neige,
et dans chaque trou le même béret crasseux, les mêmes
moustaches jaunes ^i riaient en voyant passer les enfants.
Dans un coin, une maison de jardinier casematée de
troncs d'arbres. Le bas était plein de soldats qui jouaient la
aux cartes, faisaient la soupe sur un grand feu clair. Gela
sentait bon les choux, le lard; quelle différence avec le Jâ.t^-/'t,i,
bivouac des francs-tireurs! En haut, les officiers. On les «^
entendait jouer du piano, déboucher du vin de Champagne.
Quand les Parisiens entrèrent, un hurrah de joie les accueil- 15
lit. Ils donnèrent leurs journaux; puis on leur versa à
boire et on les fit causer. Tous ces officiers avaient l'air
fier et méchant; mais le grand les amusait avec sa verve
faubourienne,* son vocabulaire de voyou. Ils riaient, ré-
pétaient ses mots après lui, se roulaient avec délice dans 20
cette boue de Paris qu'on léUr apportait.
Le petit Stenne aurait bien voulu parler, lui aussi, prouver
qu'il n'était pas une bête; mais quelques chose le gênait
En face de lui se tenait à part un Prussien plus âgé, plus
sérieux que les autres, qui lisait, ou plutôt faisait semblant, 25
car ses yeux ne le quittaient pas. Il y avait dans ce regard de
la tendresse et des reproches, comme si cet homme avait eu
au pays un enfant du même âge que Stenne, et qu'il se fût dit:
•J'aimerais mieux mourir que de voir mon fils faire un
métier pareil ... * 30
A partir de ce moment, Stenne sentit comme une main
qui se posait sur son cœur et l'empêchait de battre.
^^ . .« .*/
28 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
Pour échapper à cette angoisse, il se mit à boire. Bien-
tôt tout tourna autour de lui. Il entendait vaguement, au
milieu de gros rires, son camarade qui se moquait des
^'-U ir gardes nationaux, de leur façon de faire Pexercice, imitait .
, Y, ;^ 5 une {Mise d'annfiS.iLU Marais,^ une ajerte de nuit sur les rem^ '"^
parts. Ensuite le grand baissa la voix, les officiers se rappro-
chèrent et les figures devinrent graves. Le misérable était
en train de les prévenir de l'attaque des francs-tireurs . . .
Pour le coup, le petit Stenne se leva furieux, dégrisé:
lo •Pas cela, grand^ ... Je ne veux pas.*
Mais Pautre ne fit que rire et continua. Avant qu'il eût
fini, tous les officiers étaient debout. Un d'eux montra la
porte aux enfants:
•F ... le camp!»^ leur dit-il.
15 Et ils se mirent à causer entre eux, très vite, en allemand.
Le grand sortit, fier comme un doge, en faisant sonner son
argent. Stenne le suivit, la tête basse; et lorsqu'il passa
près du Prussien dont le regard l'avait tant gêné, il entendit
une voix triste qui disait: ^Bas chôli^ ça . , . Bas chôli.^*
£o Les larmes lui en vinrent aux yeux.
Une fois dans la plaine, les enfants se mirent à courir
et rentrèrent rapidement. Leur sac était plein de pommes
de terre que leur avaient données les Prussiens; avec cela
ils passèrent sans encombre à la tranchée des francs-tireurs.
25 On s'y préparait pour l'attaque de la nuit. Des troupes
arrivaient silencieuses, se massant derrière les murs. Le
vieux sergent était là, occupé à placer ses hommes, l'air si
heureux. Quand les enfants passèrent, il les reconnut et
leur envoya un bon sourire . . .
30 Oh! que ce sourire fit mal au petit Stenne l un moment
il eut envie de crier:
• N'allez pas là-bas . . . nous vous avons trahis. *
l'enfant espion 29
Mais Pautre lui avait dit: «Si tu parles, nous serons
fusillés, » et la peur le retint . . .
A la Courneuve,^ ils entrèrent dans une maison aban-
donnée pour partager l'argent. La vérité m'oblige à dire
que le partage fut fait honnêtement, et que d'entendre 5
sonner ces beaux écus sous sa blouse, de penser aux parties
de galoche qu'il avait là en perspective, le petit Stenne ne
trouvait plus son crime aussi affreux.
Mais, lorsqu'il fut seul, le malheureux enfant! Lorsque
après les portes le grand l'eut quitté, alors ses poches com- lo
mencèrent à devenir bien lourdes, et la main qui lui serrait
le cœur le serra plus fort que jamais. Paris ne lui sem-
blait plus le même. Les gens qui passaient le regardaient
sévèrement, comme s'ils avaient su d'où il venait. Le mot
espion, il l'entendait dans le bruit des roues, dans le batte- 15
ment des tambours qui s'exerçaient le long du canal.^ En-
fin il arriva chez lui, et, tout heureux de voir que son père
n'était pas encore rentré, il monta vite dans leur chambre
cacher sous son oreiller ces écus qui lui pesaient tant.
Jamais le père Stenne n'avait été si bon, si joyeux qu'en 20
rentrant ce soir-là. On venait de recevoir des nouvelles de
province: les affaires du pays allaient mieux. Tout en
mangeant, l'ancien soldat regardait son fusil pendu à la
muraille, et il disait à l'enfant avec son bon rire:
«Hein, garçon, comme tu irais^ aux Prussiens, si tu étais 25
grand!*
Vers huit heures, on entendit le canon.
«C'est Aubervilliers* . . . On se bat au Bourget,» fit
le bonhomme, qui connaissait tous ses forts.* Le petit
Stenne devint pâle, et, prétextant une grande fatigue, il 30
alla se coucher, mais il ne dormit pas. Le canon tonnait
toujours. Il se représentait les francs-tireurs arrivant de
30 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
nuit pour surprendre les Prussiens et tombant eux-mêmes
dans une embuscade. Il se rappelait le sergent qui hii
avait souri, le voyait étendu là-bas dans la neige, et com-
bien d^autres avec lui! ... Le prix de tout ce sang se
5 cachait là sous son oreiller, et c'était lui, k fils de M. Steime,
d'un soldat . . . Les lamaies rétouffaient. Dans la pièce à
côté, il entendait son père marcher, ouvrir la £enêtre. £ji
bas, sur la place, le rappel sonnait, im bataillon de mobiles
se nunaérotait^ pour partir. Décidément, c'était une vraie
xo bataille. Le malheureux ne put retenir xm sajiglot.
«Qu'as-tu donc?* dit le père Stenne en entrant
L'enfant n'y tint plus, sauta de son lit et vint se fêter
aux pieds de son père. Au mouvement qu'il fit, ks écits
roulèrent par terre.
15 «Qu'est-ce que cela? Tu as volé?» dit le vieux es
tremblant
Alors, tout d'une haleine, le petit Stenne raconta qit^
était allé chez les Prussiens et ce qu'il y avait fait. A
mesure qu'il parlait, il se sentait le cœur plus libre, cela
ao le soulageait de s'accuser ... Le père Stenne écoutait,
avec une figiu*e terrible. Quand ce fut fini, il cacha sa
tête dans ses mains et pleura.
«Père, père ...» voulut dire l'enfant
Le vieux le repoussa sans répondre, et ramassa l'argent.
2$ «C'est tout?» demanda-t-il.
Le petit Stenne fit signe que c'était tout. Le vieux
décrocha son fusil, sa cartouchière, et mettant l'argent
dans sa poche.
« C'est bQn,2 dit-il, je vais le leur rendre. »
30 Et, sans ajouter un mot, sans seulement retourner la
tête, il descendit se mêler aux mobiles qui partaient dans la
nuit. On ne l'a jamais revu depuis. /
LE MAUVAIS ZOUAVE 3J
LE MAUVAIS ZOUAVE
Le grand forgeron Lory de Sainte -Marie- aux -Mine^
n'était pas content ce soir-là.
D'habitude, sitôt la forge éteinte, le soleil couché, il
s'asseyait sur un banc devant sa porte pour savourer cette
bonne lassitude que donne le poids du travail et de la 5
chaude journée, et avant de renvoyer les apprentis il buvait
avec eux quelques longs coups de bière fraîche en regardant
la sortie* des fabriques. Mais, ce soir-là, le bonhomme
resta dans sa forge jusqu'au moment de se mettre à table;
e* encore y vint-il comme à regret. La vieille Lory pensait 10
eii regardant son homme:
* Qu'est-ce qu'il lui arrive? ... Il a peut-être reçu du
régiment quelque mauvaise nouvelle qu'il ne veut pas me
dire ? . . . L'aîné est peut-être malade ... *
Mais elle n'osait rien demander et s'occupait seulement 15
à faire taire trois petits blondins couleur d' épis brûlés, qui*^ ^<^a
riaient autour de la nappe en crog[uant une bonne salade, . ^«i
de radis noirs à la crème. çU-<Ajt>^. '^ *V /•
(
A la fin, le forgeron repoussa son assiette en colère: ^
*Ah! les gueux! ah! les canailles! ... 20
— 'A qui en as-tu, voyons,' Lory ?»
Il éclata:
«J'en ai, dit-il, à cinq ou six drôles qu'on voit rouler
depuis ce matin dans la ville en costume de soldats français,
bras dessus bras dessous avec les Bavarois . . . C'est encore 25
de ceux-là qui ont . . . comment disent-ils ça? . . . opté
pour la nationalité de Prusse ... Et dire que tous les jours
nous en voyons revenir de ces faux Alsaciens! . . . Qu'est-ce
qu'on leur a donc fait boire?*
La mère essaya de les défendre: 30
L»
32 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
*Que veux-tu, mon pauvre homme, ce n'est pas tout à
fait leur faute à ces enfants . . . C'est si loin cette Algérie*
d'Afrique où on les envoie! ... Ils ont le mal du pays^
là-bas; et la tentation est bien forte pour eux de revenir,
5 de n'être plus soldats. »
Lory donna un grand coup de poing sur la table:
* Tais-toi, la mère!' . . . vous autres,^ femmes, vous n'y
entendez rien. A force de vivre toujours avec les enfants
et rien que pour eux, vous rapetissez tout à la taille de vos
10 marmots . . . Eh bien, moi, je te dis que ces hommes-là
sont des gueux, des renégats, les derniers^ des lâches, et que
si par malheur notre Christian était capable d'une infamie
pareille, aussi vrai que je m'appelle Georges Lory et que
j'ai servi sept ans aux chasseurs de France," je lui passerais
15 mon sabre à travers le corps.*
Et terrible, à demi levé, le forgeron montrait sa longue
latte de chasseur pendue à la muraille au-dessous du por-
trait de son fils, un portrait de zouave fait là-bas en Afrique;
mais de voir cette honnête figure d'Alsacien, toute noire ^
20 et hâlée de soleil, dans ces blancheurs, ces effacements que
font les couleurs vives^ à la grande lumière, cela le calma
subitement, et il se mit à rire: >'• ,
« Je suis bien bon de me monter la tête® . . . Comme si
notre Christian pouvait songer à devenir Prussien, lui qui
25 en a tant descendu® pendant la guerre! . . .*
Remis en belle humeur par cette idée, le bonhomme
acheva de dîner gaiement et s'en alla sitôt après vider une
couple de chopes à la Ville de Strasbourg}^ a, .- - - «'-
Maintenant la vieille Lory est seule. Après avoir couché
30 ses trois petits blondins qu'on entend gazouiller dans la
chambre à côté, comme un nid qui s'endort, elle prend son
ouvrage et se met à repriser devant la porte, du côté des
j
LE MAUVAIS ZOUAVE 33
jardins. De temps en temps elle soupire et pense en elle-
même:
«Oui, je veux bien.^ Ce sont des lâches, des renégats
. . . mais c'est égal! Leurs mères sont bien heureuses de
les ravoir. » 5
Elle se rappelle le temps où le sien, avant de partir pour
l'armée, était là à cette même heure du jour, en train de
soigner le petit jardin. Elle regarde le puits où il ve-
nait remplir ses arrosoirs, en blouse, les cheveux longs,
ses beaux cheveux qu'on lui a coupés en entrant aux lo
zouaves ...
Soudain elle tressaille. La petite porte du fond, celle
qui donne sur les champs, s'est ouverte. Les chiens n'ont
pas aboyé; pourtant celui qui vient d'entrer longe les murs
comme un voleur, se glisse entre les ruches ... 15
— Bonjour, maman! 5=- ^ ctJ\:'.'^-^
Son Christian est debout devant elle, tout débraillé dans ,
son uniforme, honteux, troublé, la langue épaisse.^ Le
misérable est revenu au pays avec les autres, et, depuis une
heure, il rôde autour de la maison, attendant le départ du 20
père pour entrer. Elle voudrait le gronder, mais elle n'en
a pas le courage. Il y a si longtemps qu'elle ne l'a vu, em-
brassé! Puis il lui donne de si bonnes raisons, qu'il s'en-
nuyait du pays,^ de la forge, de vivre toujours loin d'eux,
avec ça la discipline devenue plus dure, et les camarades 25
qui l'appelaient «Prussien* à cause de son accent d'Alsace.
Tout ce qu'il dit, elle le croit. Elle n'a qu'à le regarder
pour le croire. Toujours causant, ils sont entrés dans la
salle basse. Les petits réveillés accourent pieds nus, en
chemise, pour embrasser le grand frère. On veut le faire 30
manger, mais il n'a pas faim. Seulement il a soif, tou-
jours soif, et il boit de grands coups d'eau par-dessus
34 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
toutes les tournées* de bîère et de vin blanc qu'il s'est
payées depuis le matin au cabaret.
Mais quelqu'un marche dans la cour. C'est le forgeron
qui rentre.
5 — * Christian, voilà ton père. Vite, cache- toi que j'aie
le temps de lui parler, de lui expliquer ...» et elle le pousse
derrière le grand poêle en faïence, puis se remet à coudre,
• "^ les mains tremblantes. Par malheur, la chéchia du zouave
est restée sur la table, et c'est la première chose que Lory
lo voit en entrant. La pâleur de la mère, son embarras . . .
Il comprend tout.
— «Christian est ici! . . .» dit-il d'une voix terrible, et,
décrochant son sabre avec un geste fou, il se précipite vers
le poêle où le zouave est blotti, blême, dégrisé, s'appuyant
15 au mur, de peur de tomber.
La mère se jette entre eux:
«Lory, Lory, ne le tue pas . . . C'est moi qui lui ai écrit
de revenir, que tu avais besoin de lui à la forge ...»
Elle se cramponne à son bras, se traîne, sanglote. Dans
20 la nuit de leur chambre, les enfants crient d'entendre ces
voix pleines de colère et de larmes, si changées qu*ils ne les
reconnaissent plus ... Le forgeron s'arrête, et regardant
sa femme:
«Ah! c'est toi qui l'as fait revenir . . . Alors, c'est bon,*
25 qu'il aille se coucher. Je verrai demain ce que j'ai à faire.»
Le lendemain Christian, en s'éveillant d'un lourd som-
meil plein de cauchemars et de terreurs sans cause, s'est
: -retrouvé dans sa chambre d'enfant. A travers les petites
vitres encadrées de plomb, traversées de houblon fleuri, le
30 soleil est déjà chaud et haut. En bas, les marteaux sonnent
sur l'enclutrie ... La mère est à son chevet; elle ne l'a pas
quitté de la nuit, tant la colère de son homme lui faisait
LE MAUVAIS ZOUAVE 35
peur. Le vieux non pltis ne s'est pas couché. jTisqti'au
matin il a marché dans la maison, pleurant, soupirant,
ouvrant et fermant des armoires, et à présent voilà qu'il
entre dans la chambre de son fils, gravement, habillé comme , . ; '
pour un voyage, avec de hautes guêtres, le large chapeau , 5
et le bâton de montagne solide et ferré au bout. Il s'avance
droit au lit: * Allons, haut! . . . lève-toi.*
Le garçon un peu confus veut prendre ses effets de
zouave.
— * Non pas ça . . . • dit le père sévèrement. 10
Et la mère toute craintive: «Mais, mon ami,* il n'en a
pas d'autres. *
— Donne-lui les miens . . . Moi je n'en ai plus besoin.
Pendant que Penfant s'habille, Lory plie soigneusement / ^ .,
l'uniforme, la petite veste, les grandes braies rouges, et, le 15
paquet fait, il se passe autour du cou l'étui de fer-blanc où
tient la f euîîle de route ... -f '^
«Maintenant descendons,* dit-il ensuite, et tous trois
descendent à la forge sans se parler ... Le soufflet ronfle; ^ :, . ;
tout le monde est au travail. En revoyant ce hangar grand 20
ouvert, auquel il pensait tant là-bas, le zouave se rappelle
son enfance et comme il a joué là longtemps entre la
» , chaleur de ia route et les étincelles de la forge toutes
-, i ^ j( brillantes dans le poijssier noir. Il lui prend un accès de
^ tendresse, un grand désir d'avoir le pardon de son père; 25
mais en levant les yeux il rencontre toujours un regard
inexorable.
Enfin le forgeron se décide à parler:
«Garçon, dit-il, voilà l'enclume, les outils . . . tout cela
est à toi . . . Et tout cela aussi ! * ajoute-t-il en lui montrant 30
le petit jardin qui s'ouvre là-bas au fond plein de soleil et
d'abeilles, dans le cadre enfumé de la porte . . . «Les
36 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
ruches, la vigne, la maison, tout t'appartient . . . Puisque
tu as sacrifié ton honneur à ces choses, c'est bien le moins^
que tu les gardes ... Te voilà maître ici . . . Moi, je pars
. . . Tu dois cinq ans^ à la France, je vais les payer pour
5 toi.»
— Lory, Lory, où vas-tu ? crie la pauvre vieille.
— Père . . . supplie Penfant . . . Mais le forgeron est
déjà parti, marchant à grands pas, sans se retourner . . .
A Sidi-bel-Abbès,' au dépôt du 3® zouaves, il y a depuis
10 quelques jours un engagé volontaire de cinquante-cinq ans.
LE SECRET DE MAÎTRE CORNILLE
tAFrancet Mamaï, un vieux joueur de fifre, qui vient de
i. V > temps en temps faire la veillée chez moi, en buvant du vin
\\^ ,v.cuit,* m'a raconté l'autre soir un petit drame de village dont
"^ mon moulin a été témoin il y a quelque vingt ans. Le
15 récit du bonhomme m'a touché, et je vais essayer de vous
le redire tel que je l'ai entendu.
Imaginez-vous pour un moment, chers lecteurs, que vous
êtes assis devant un pot de vin tout parfumé, et que c'est
un vieux joueur de fifre qui vous parle.
T
20 Notre pays,^ mon bon monsieur, n'a pas toujours été un
endroit mort comme il est aujourd'hui. Autre temps® il
. iS'Vy faisait un grand commerce de meunerie, et, dix lieues à
* "^ la ronde, les gens des mas'^ nous apportaient leur blé à
^ \j moudre . . . Tout autour du village, les collines étaient
«S couvertes de moulins à vent. De droite et de gauche on ne
voyait que des ailes qui viraient au mjstral^ par-dessus les
^^ iw LE SECRET DE MAÎTRE CORNILLE 37
.^
4'
\ pins, des ripamBelles de petits ânes chargés de sacs, mon-
tant et dévalant le long des chemins; et toute la semaine
:'était plaisir d'entendre sur la hauteur le bruit des fouets,
le craquement de la toile et le Dia hu^I^ des aides-meuniers
•vjy^ . . Le dimanche nous allions aux moulins, par bandes. 5
^^>^ jXà-haut, les meuniers payaient le^uscat.^ Les meunières r ^
/tY-^A*^étaient belles comme des reines, avec leurs fichu s de den- '^^^'^^
i^'*' telles et leurs croix d'or. Moi, j'apportais mon fifre, et
jusqu'à la noire nuit on dansait des farandoles.^ Ces
moulins-là, voyez- vous, faisaient la joie et la richesse de 10
notre pays.
Malheureusement, des Français* de Paris eurent l'idée
d'établir une minoterie à vapeur, sur la route de Tarascon.^
Tout beau, tout nouveau!® Les gens prirent l'habitude
d'envoyer leurs blés aux minotiers, et les pauvres moulins 15
à vent restèrent sans ouvrage. Pendant quelque temps ils
essayèrent de lutter, mais la vapeur fut la plus forte, et l'un
après l'autre, pécmreP ils furent tous obligés de fermer . . .
On ne vit plus venir les petits ânes . . . Les belles meu-
nières vendirent leurs croix d'or . . . Plus de muscat! plus 20
de farandole! ... Le mistral avait beau souffler, les ailes
restaient immobiles . . . Puis, un beau jour, la commune
; *À fit jeter toutes ces niasurçs à bas, et l'on sema à leur place
de la vigne et des oliviers.
Pourtant, au milieu de la débâcle, un moulin avait tenu 25
■\ b^n et continuait de virer courageusement sur sa butte, h, y\j:l
la barbe des minotiers. C'était le moulin de maître Cor- ' / ' v^
nille, celui-là même où nous sommes en train de faire la
\J^ veillée en ce moment.
\^^>.
Maître Cornille était un vieux meunier, vivant depuis 30
soixante ans dans la farine et enragé pour son ^état. L'in-
38 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
stallatîon des minoteries l'avait rendu comme fou. Pen-
dant huit jours,* on le vit courir par le village, ameutant le
monde autour de lui et criant de toutes ses forces qu'on vou-
lait empoisonner la Provence avec la farine des minotiers.
5 «N'allca; pas là-bas, disait-il; ces brigands-là, pour faire le
pain,, se servent de la vapeur, qui est une invention du
diable, tandis que moi je travaille avec le mistral et la
ri • tramontoe,^ qui sont la respiration du bon I)icu . . .• Et
il trouvait comme cela une foule de belles paroles à la
lo louange des moulins à vent, mais personne ne les écoutait.
Alors, de mâle rage,' le vieux s'enferma dans son mouHn
. J.let vécut tout seul comme une bête farouche. Il ne voulut
'"' pas même garder près de lui sa petite-fille Vivette, une
enfant de quinze ans, qui, depuis la mort de ses parents,
15 n'avait plus que son grand^ au monde. La pauvre petite
fut obligée de gagna: sa vie et de se louer un peu partout
r j ;^ dans les mas y pour la moisson, les magnans* ou les olivades.*
.. * Et pourtant son grand-père avait l'air de bien l'aimer, cette
enfant-là. Il lui arrivait souvent de faire ses' quatre lieues
20 à pied par le grand soleil pour aller la voir au mas où elle
travaillait, et quand il était près d'elle, il passait des heures
entières à la regarder en pleurant . . .
Dans le pays on pensait que le vieux meunier, en ren-
voyant Vivette avait agi par avarice; et cela ne lui faisait
2$ pas honneur de laisser sa petite-fille ainsi traîner d'une
pv '^ ^l-'^^ferme à l'autre, exposée aux brutalités des bailef^ et à toutes
I> les misères des jeunesses en condition.® On trouvait ti?s
; . y^mal aussi qu'un homme du renom de maître Cornille, et
T // qui, jusque-là, s'était respecté, s'en allât maintenant par
."30 les rues comme un vrai bohémien, pieds nus, le bonnet
troué, la taillqle*® en lambeaux ... Le fait est que le di-
manche, lorsque nous le voyions entrer à la messe, nous
L£ S£CS£T DE MAItRE CORNILLE 39
avions honte pour lui, nous autres^ les vieux; et Cornille le ^^
sentait si bien qu'il n'osait plus venir s'asseoir sur le banc ^ ^^
^d^flBUvre. Toujours il restait au fond de l'église, près du/f'^'*'^v;
bénitier, avec les pauvres. ^^^
Dans la vie de maître Cornille il y avait quelque chose 5
qui n'était pas clair. Depuis longtemps personne, au
. village, ne lui portait plus de blé, et pourtant les ailes de son -^
'*^ ^, ^^'«noulin allaient toujours leur t rain ^ comme devant ... Le ' ^
èoir, on rencontrait par les chemms le vieux meunier pous-
sant devant lui son âne chargé de gros sacs de farine. v>
— Bonnes vêpres,' maître Cornille! lui criaient les pay-
sans; ça va donc toujours, la meunerie.
— Toujours, mes enfants, répondait le vieux d'un air gail-
lard. Dieu merci, ce n'est pas l'ouvrage qui nous manque.
AIots, si on lui demandait d'où diable pouvait venir tant 15
. d'ouvrage, il se mettait un doigt sur les lèvres et répondait
, j-i*"''^' gravement: «Motus! je travaille pour l'exportation . . .•
Jamais on n'en put tirer davantage.
^ ^ Quant à mettre le nez* dans son moulin, il n'y fallait pas
I <.A songer. La petite Vivette elle-même n'y entrait pas ... 20
Lorsqu'on passait devant, on voyait la porte toujours
fermée, les grosses ailes toujours en mouvement, le vieil n .
> "^ ''^ ç. âne broutant le gazon de la pl ate-fo rme,^ et un grand chat ^
'^" \ maigre qui prenait le soleil" suï le rebord de la fenêtre et /?
• ^ VOUS regardait d'un air méchant. 'jC^.. c^e *; ^*v''^ 25 ^
Tout cela sentait le mystère et faisait beaucoup jaser le,,
monde. Chacun expliquait à sa façon le secret de maître '
Cornille, mais le bruit général était qu'il y avait dans ce •
moulin-là encore plus de sacs d'écus que de sacs de farine.
A la longue pourtant tout se découvrit; voici comment: 30
En faisant danser la jeunesse avec mon fifre, je m'aperçus
40 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
un beau jour que Taîné de mes garçons et la petite Vivette
s'étaient rendus amoureux Pun de l'autre. Au fond je n'en
fus pas fâché, parce qu'après tout le nom de Cornille était
en honneur chez nous, et puis ce joli petit passereau de
5 Vivette m'aurait fait plaisir à voir trotter dans ma maison.
Seulement, je voulus régler l'affaire tout de suite, et je
montai jusqu'au moulin pour en toucher deux mots au
grand-père ... Ah! le vieux sorcier! il faut voir de quelle
manière il me reçut! Impossible de lui faire ouvrir sa
lo porte. Je lui expliquai mes raisons tant bien que mal,*
à travers le trou de la serrure; et tout le temps que je par-
lais, il y avait ce coquin de chat maigre qui soufflait conime
..4**ih diable au-dessus de ma tête. / ^' ^ , '' '
^ Le vieux ne me donna pas le temps de finir, et me cria
15 fort malhonnêtement de retourner à ma flûte; que, si j'étais
pressé de marier mon garçon, je pouvais bien aller chercher
des filles à la minoterie . . . Pensez que^ le sang me mon-
tait d'entendre ces mauvaises paroles; mais j'eus tout de
même assez de sagesse pour me contenir, et, laissant ce
20 vieux fou à sa meule, je revins annoncer aux enfants ma
i déconvenue . . . Ces pauvres agneaux ne pouvaient pas y
.i^'croire; ils me demandèrent comme une grâce de monter
tous deux ensemble au moulin, pour parler au grand-père
... Je n'eus pas le courage de refuser, et prrrt!' voilà mes
25 amoureux partis.
Tout juste comme ils arrivaient là-haut, maître Cornille
venait de sortir. La porte était fermée à double tour;*
mais le vieux bonhomme, en partant, avait laissé son
échelle dehors, et tout de suite l'idée vint aux enfants
30 d'entrer par la fenêtre, voir un peu ce qu'il y avait dans ce
fameux moulin . . .
Chose singulière! la chambre de la meule était vide . . .
àuo
L£ SECRET DE MAÎTRE CORNILLE 4I
Pas un sac, pas un grain de blé; pas la moindre farine aux
murs ni sur les toiles d'araignée ... On ne sentait pas^^^'*^^^,^
même cette bonne odeur chaude de froment écrasé qui^c/vf^^^
embaume dans les moulins . . . L'arbre de couche, était'S'feg^
couvert de poussière, et le grand chat maigre dormait 5
dessus:
' '^ La gi^e du bas avait le même aîr de misère et d'abandon:
— un mauvais lit, quelques guenilles, un morceau de pain
sur une marche d'escalier, et puis dans un coin trois ou
quatre sacs crevés d'où coulaient des gravats et de la terre 10
blanche. \w^><\\\ ( i] j^ '^^A -- W^ '^'
C'était là le secret de maître Cornille! C'était ce plâ-
tras qu'il promenait le soir par les routes, pour sauver
l'honneur du moulin et faire croire qu'on y faisait de la
farine . . . Pauvre moulin I Pauvre Cornille I Depuis 15
longtemps les minotiers leur avaient enlevé leur dernière
r«if^ pratique» Les ailes viraient toujours, mab la meule
• ^ /*»^ tournait à vide.
Les enfants revinrent tout en larmes, me conter ce qu'ils } / ^ - f
avaient vu. J'eus le cœur crevé de les entendre . . . Sans 20;/
perdre une minute, je courus chez les voisins, je leur dis -' - . .
la chose en deux mots, et nous convînmes qu'il fallait, sur ' ' ^ ■ '
l'heure, porter au moulin Cornille tout ce qu'il y avait de < . *'| ''v
froment dans les maisons . . . Sitôt dit, sitôt fait.^ Tout ^ -- ' • /
le village se met en route, et nous arrivons là-haut avec 2^ ''.^
une procession d'ânes chargés de blé, — du vrai blé,
celui-là!
Le moulin était grand ouvert . . . Devant la porte,
maître Cornille, assis sur un sac de plâtre, pleurait, la tête
dans ses mains. Il venait de s'apercevoir, en rentrant, que 30
pendant son absence on avait pénétré chez lui et surpris
son triste secret.
r
*
42 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
— Pauvre de moi!^ disait-il. Maintenant, je n'ai pluà
qu'à mourir ... Le moulin est déshonoré.
£t il sanglotait à fendre l'âme, appelant son moulin par
toutes sortes de noms, lui. parlant comme à une personne
5 véritable.
A ce moment, les ânes arrivent sur la plate-forme, et
nous nous mettons tous à crier bien fort comme au beau
temps des meuniers:
— Ohé! du moulin! . . . Ohé! maître Cornille!
lo Et voilà les sacs qui s'entassent devant la porte et le
beau grain roux qui se répand par terre, de tous côtés . . .
Maître Cornille ouvrait de grands yeux. Il avait pris
du blé dans le creux de sa vieille main et il disait, riant et
pleurant à la fois:
ï5 — C'est du blé! . . . Seigneur Dieu! . . . Du bon blél
. . . Laissez-moi, que je le regarde.
Puis, se tournant vers nous:
— Ah! je savais bien que vous me reviendriez . . . Tous
ces minotiers sont des voleurs.
20 Nous voulions l'emporter en triomphe au village:
— Non, non, mes enfants; il faut avant tout que j'aille
donner à manger à mon moulin . . . Pensez donc!' il y a ^
longtemps qu'il ne s'est rien mis sous la dent!'
Et nous avions tous des larmes dans les yeux de voir le
". 25 pauvre vieux se dénaener de droite et de gauche, éventrant
les sacs, surveillant la meule, tandis que le grain s'écrasait
et que la fine poussière de froment s'envolait au plafond.
C'est une justice à nous rendre:* à partir de ce jour-là,
jamais nous ne laissâmes le vieux meunier manquer d'ou-
30 vrage. Puis, un matin, maître Cornille mourut, et les
ailes de notre dernier moulin cessèrent de virer, pour tou-
jours cette fois . . . Cornille mort, personne ne prit sa suite.*
» l
UN RÉVEILLON DANS LE MARAIS 43
Que voulez- VOUS, monsieur! . . . tout a une fin en ce
monde, et il faut croire que le temps des moulins à vent 7
était passé comme celui des coches^ sur le Rhône, des '
parlements et des jaquettes à grandes fleurs.
^ UN RÉVEJILLO]^ DANS LE MARAIS r . rV , 4
'. M. Majesté, fabricant d?eau de Seltz dans le Marais, 5
vient de faire un petit réveillon chez des amis de la place
Royale,' et regagne son logis en fredonnant . . . Deux /:'' ;w
heures sonnent à Saint-Paul. «Comme il est tard!* se dit
le brave homme, et il se dépêche; mais le pavé glisse, les
rues sont noires, et puis dans ce diable de vieux quartier, 10
qui date du temps où les voitures étaient rares, il y a un tas
de tournants, d^encoignures, de borne s devant les portes à '].
l'usage des cavaliers. Tout cela empêche d'aller vite, sur-
tout quand on a déjà les jambes un peu lourdes, et les yeux
embrouillés par les toasts du réveillon . . . Enfin M. Majesté 15
arrive chez lui. Il s'arrête devant un grand portail orné,
où brille au clair de lune un écusson, doré de neuf, d'an-
ciennes armoiries repeintes dont il a fait sa marque de
fabrique:
r
"1^*' 'f
HÔTEL CI-DEVANT DE NESMOND . flo
MAJESTÉ jEtT&E*
FABRICANT D'eAU DE SELTZ
Sur tous les siphons de la fabrique, sur les bordereaux,
les têtes de lettres, s'étalent ainsi et resplendissent les
vieilles armes des Nesmond. 25
Après le portail, c'est la cour, une large cour aérée et
44 CHOIX DE CONTES DE DAUDET ]^ ' ^
claire, quî dans le jour en s*ouvrant fait de la lumière à
toute la rue. Au fond de la cour, une grande bâtisse très
ancienne, des murailles noires, brodées, ouvragées, des
Jbalcons de fer arrondis, des balcons de pierre à pilastres,
\- ' 5' d'immenses fenêtres très hautes, surmontées de frontons ,
de chapiteaux qui s'élèvent aux derniers étages comme
autant de petits toits dans le toit, et enfin sur le f aîte , au"^'
' ■ ' milieu des ardoises, les lucarnes des mansardes, rondes,
coquettes, encadrées de guirlandes comme des miroirs.
10 Avec cela un grand perron de pierre, rongé et verdi par la
pluie, une vigne maigre qui s'accroche aux murs, aussi
^ \ noire, aussi tordue que la corde qui se balance là-haut à
. la poulie du grenier, je ne sais quel grand air de vétusté
' et de tristesse . . . C'est l'ancien hôtel de Nesmond.
15 En plein jour, l'aspect de l'hôtel n'est pas le même. Les
mots: Caisse f Magasin, Entrée des ateliers éclatent partout
en or sur les vieilles murailles, les font vivre, les rajeu-
nissent. Les camions des chemins de fer ébranlent le por-
tail; les commis s'avancent au perron la plume à l'oreille
20 pour recevoir les marchandises. La cour est encombrée de
caisses, de paniers, de paille, de toile d'emballage. On se
sent bien dans une fabrique . . . Mais avec la nuit, le ':
gjpand silence, cette lune d'hiver qui, dans le fouillis des ;
toits compliqués, jette et entremêle des ombres, l'antique "~
stK maison des Nesmond reprend ses allure s seigneuriales. Les
J)alcons sont en dentelle; la cour d'honneur s'agrandit, et
le vieil escalier, qu'éclairent des jours inégaux, vous^ a des
recoins de cathédrale, avec des niches vides et des marches
perdues qui ressemblent à des autels.
30 Cette nuit-là surtout, M. Majesté trouve à sa maison un
aspect singulièrement grandiose. En traversant la cour
déserte, le bruit de ses pas l'impressionne. L'escalier lui
.-• l
UN RÉVEILLON DANS LE MARAIS 4$
paraît immense, surtout très lourd à monter. C'est le
réveillon sans doute . . . Arrivé au premier étage, il s'arrête
pour respirer, et s'approche d'une fenêtre. Ce que c'est
que d'habiter^ une maison historique! M. Majesté n'est
pas poète, oh! non; et pourtant, en regardant cette belle 5
cour aristocratique, où la lune étend une nappe de lumière
bleue, ce vieux logis de grand seigneur qui a si bien l'air /
de dormir avec ses toits engourdis sous leur capuchon de ^' '*''*'
neige, il lui vient des idées de l'autre monde:
«Hein? . . . tout de même, si les Nesmond rêve- lo
naient ... *
A ce moment, un grand coup de sonnette retentit. Le
./ portail s'ouvre à deux battants,^ si vite, si brusquement,
^v que le rey^ère s'éteint; et pendant quelques minutes il se
^ fait .là-bas, dans l'ombre de la porte, un bruit confus de 15
frôlements, de chuchotements. On se dispute, on se presse
pour entrer. Voici des valets, beaucoup de valets, des
carrosses tout en glaces miroitant au clair de lune, des
chaises à porteurs balancées entre deux torches qui s'a-
vivent au courant d'air du portail. En rien de temps,' 20
la cour est encombrée. Mais au pied du perron, la confu-
sion cesse. Des gens descendent des voitures, se saluent,
entrent en causant comme s'ils connaissaient la maison. Il
y a là, sur ce perron, im froissement de soie, un cliquetis
d'épées. Rien que des chevelures blanches, alourdies et 25
niâte s de poudre; rien que des petites voix claires, un peu
tremblantes, des petits rires sans timbre,* des pas légers.
Tous ces gens ont l'air d'être vieux, vieux. Ce sont des
^ .^" yeux effacés, des bijoux endormis,^ d'anciennes soies bro-
c^ çhées, adoucies de nuances changeantes, que la lumière des 30
Ij^'-'
torches fait briller d'un éclat doux; et sur tout cela flotte un
petit nuage de poudre, qui monte des cheveux échafaudés,
46 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
roulés en boucles, à chacune de ces jolies révérences, un peu
« f guinctées par les épées et les grands paniers . . . Bientôt
toute la maison a Pair d*être hantée. Les torches brillent
de fenêtre en fenêtre, montent et descendent dans le
5 tournoiement des escaliers, jusqu'aux lucarnes des man-
sardes qui ont leur étincelle de fête et de vie. Tout
rhôtel de Nesmond s'illumine, comme si un grand coup
de soleil couchant^ avait allumé ses vitres.
«Ah! mon Dieu! ils vont mettre le feu 1^ ...» se dit M.
lo Majesté. Et, revenu de sa stupeur, il tâche de secouer
l'engourdissement de ses jambes et descend vite dans la
cour, où les laquais viennent d'allumer un grand feu clair.
M. Majesté s'approche; il leur parle. Les laquais ne lui
répondent pas, et continuent de causer tout bas entre eux,
15 sans que la moindre vapeur^ s'échappe de leurs lèvres dans
l'ombre glaciale de la nuit. M. Majesté n'est pas content,
cependant une chose le rassure, c'est que ce grand feu qui
flambe si haut et si droit est un feu singulier, une flamme
sans chaleur, qui brille et ne brûle pas. Tranquillisé de^ce
20 côté/ le bonhomme franchit le perron et entre dans ses
magasins.
Ces magasins du rez-de-chaussée devaient faire autrefois
de beaux salons de réception. Des parcelles d'or terni
brillent encore à tous les angles. Des peintures mytholo-
25 giques tournent au plafond,^ entourent les glaces, flottent cr
au-dessus des portes dans des teintes vagues, un peu ternes,
comme le souvenir des années écoulées. Malheureusement
il n'y a plus de rideaux, plus de meubles. Rien que des
paniers, de grandes caisses pleines de siphons à têtes d'étain,
30 et les branches desséchées d'un vieux lilas qui montent
toutes noires derrière les vitres. M. Majesté, en entrant,
trouve son magasin plein de lumière et de monde. Il
I .<
O :t -
UN RÉVEILLON DANS LE MARAIS 47
salue, mais, personne ne fait attention à lui. Les femmes r, ' : ^.^
aux bras de leurs cavaliers continuent à minauder céré- .,vtic
monieusement sous leurs pelisses de satin. On se promène, ^
on cause, on se disperse. Vraiment tous ces vieux marquis J
ont l'air d'être chez eux. Devant un trumeau peint, une 5
petite ombre s'arrête, toute tremblante: «Dire que c'est moi, ^ ^^
et que me voilai* et elle regarde en souriant une Diane qui
I _ se dresse dans la boiserie, — mince et rose, avec un croissant
z^ K au front.
«Nesmondj viens donc voir tes armes!» et tout le monde 10
rit en regardant le blason des Nesmond qui s'étale sur une
toile d'emballage, avec le nom de Majesté au-dessous.
«Ah! ah! ah! . . . Majesté! ... Il y en a donc encore
des Majestés^ en France?»
Et ce sont des gaietés sans fin, de petits rires à son de 15
flûte,^ des doigts en l'air, des bouches qui minaudent . . .
Tout à coup quelqu'un crie:
*Du Champagne! du Champagne!
— Mais non !* . . .
— Mais si 1^ . . . si, c'est du Champagne . . . Allons, 20
comtesse, vite un petit réveillon. »
C'est de l'eau de Seltz de M. Majesté qu'ils ont prise
pour du Champagne. On le trouve bien un peu éventé;
mais bah! on le boit tout de même, et comme ces pauvres
petites ombres n'ont pas la tête bien solide, peu à peu cette 25
mousse d'eau de Seltz les anime, les excite, leur donne
envie de danser. Des menuets s'organisent. Quatre fins
violons que Nesmond a fait venir commencent un air de
Rameau,* tout en triolets, menu et mélancolique dans sa
vivacité. Il faut voir toutes ces jolies vieilles tourner 30
lentement, saluer en mesure^ d'un air grave. Leurs atours ' \\
en sont rajeunis, et aussi les gilets d'or, les habits brochés,
48 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
•
les souliers à boucles de diamants. Les panneaux eux-
mêmes semblent revivre en entendant ces anciens airs. La
vieille glace, enfermée dans le mur depuis deux cents ans,
','^les reconnaît aussi, et tout éraflée, noircie aux angles,
5 elle s'allume doucement et renvoie aux danseurs leur
image, un peu effacée, comme attendrie d'un regret. Au
milieu de toutes ces élégances, M. Majesté se sent gêné.
Il s'est blotti derrière une caisse et regarde . . .
Petit à petit cependant le jour arrive. Par les portés
lo vitrées du magasin, on voit la cour blanchir, puis le haut
des fenêtres, puis tout un côté du salon. A mesure que la
lumière vient, les figures s'effacent, se confondent. Bien-
tôt M. Majesté ne voit plus que deux petits violons attardés
dans un coin, et que le jour évapore en les touchant. Dans
15 la cour, il aperçoit encore, mais si vague, la forme d'une
chaise à porteurs, une tête poudrée semée d'émeraudes, les
dernières étincelles d'une torche que les laquais ont jetée
, sur le pavé, et qui se mêlent avec le feu des roues d'une
voiture de roulage entrant à grand bruit par le portail
to ouvert . . .
, .- LE PAPE EST MORT
J'ai passé mon enfance dans une grande ville de province*
coupée en deux par une rivière^ très encombrée, très re-
^vjnuante, où j'ai pris de bonne heure le goût des voyages et
, ia^assion de la vie sur l'eau. Il y a surtout un coin de
25: quai, près d'une certaine passerelle Saint- Vincent, auquel
je ne pense jamais, même aujourd'hui, sans émotion. Je
revois l'écriteau cloué au bout d'une vergue: Cornet, bateaux
de louage, le petit escalier qui s'enfonçait dans l'eau, tout
LE PAPE EST MORT 49
glissant et noirci de mouillure, la flottille de petits canots
fraîchement peints de couleurs vives s'alignant au bas de
l'échelle, se balançant doucement bord à bord, comme
^^^ •'^, ^^ ^y^g^ par les jolis noms qu'ils portaient à leur arrière en
lettres blanches: V Oiseau-Mouche, V Hirondelle, 5
Puis, parmi les longs avirons reluisants de céruse qui ç
^ : ^^ Mutaient en train de sécher contre le tal\is, le père Cornet s'en
> allant avec son seau à peinture, ses grands pinceaux, sa - -
"^gure tannée, crevassée, ridée de mille petites fossettes
^^ comme la rivière un soir de vent frais . . . Oh! ce père 10
Cornet. C'a été le satan de mon enfance, ma passion
.douloureuse, mon péché, mon remords. M'en a-t-il fait
>» -«' commettre des crimes avec ses canots! Je manquais l'école,
.^' je vendais mes livres. Qu'est-ce que je n'aurais pas vendu
pour une après-midi de canotage! 15
^ Tous mes cahiers de classe au fond du bateau, la veste à '
yhdiSy le chapeau en arrière, et dans les cheveux le bon coup -
\v ^ d'éventail de la brise d'eau, je tirais ferme sur mes rames,
"^^ en fronçant les sourcils pour bien me donner la tournure
d'un vieux loup de mer.* Tant que j'étais en ville, je tenais 20
le milieu de la rivière, à égale distance des deux rives, où le
vieux loup de mer aurait pu être reconnu. Quel triomphe
de me mêler à ce grand mouvement de barques, de radeaux,
de trains de bois, de mouches à vapeur* qui se côtoyaient, , i
s'évitaient, séparés seulement par un mince liséré d'écume! 25 .
Il y avait de lourds bateaux qui tournaient pour'^endre
le courant, et cela en déplaçait une foule d'autres.
Tout à coup les roues d'un vapeur battaient l'eau près
de moi; ou bien une ombre lourde m'arrivait dessus, c'était
l'avant d'un bateau de pommes. 30
•Gare donc, moucheron!»' me criait une voix enrouée;
et je suais, je me débattais, empêtré dans le va-et-vient de
c. •. - »
50 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
cette vie du fleuve que la vie de la rue traversait incessam-
ment par tous ces ponts, toutes ces passerelles qui mettaient
des reflets d'omnibus sous la coupe des avirons. Et le
courant si dur à la pointe des arches, et. les remous, les
5 tourbillons, le fameux trou de la Mort-qui-trompel Pensez
que ce n'était pas une petite affaire de se guider là dedans
avec des bras de douze ans et personne pour tenir la barre.
Quelquefois j'avais la chance de rencontrer la chaîne} -
Vite je m'accrochais tout au bout de ces longs trains de
lo bateaux qu'elle remorquait, et, les rames immobiles, éten-
dues comme des ailes qui planent, je me laissais aller à
cette vitesse silencieuse qui coupait la rivière en longs rubans
d'écume et faisait filer des deux côtés les arbres, les maisons
du quai. Devant moi, loin, bien loin, j'entendais le batte-
15 ment monotone de l'hélice, un chien qui aboyait sur un des
bateaux de la remorque, où montait d'une cheminée basse
un petit filet de fumée; et tout cela me donnait l'illusion
d'un grand voyage, de la vraie vie de bord.
Malheureusement, ces rencontres de la chaîne étaient
20 rares. Le plus souvent il fallait ramer et ramer aux heures
de soleil. Oh! les pleins midis tombant d'aplomb sur la
rivière, il me semble qu'ils me brûlent encore. Tout
flambait, tout miroitait. Dans cette atmosphère aveuglante
et sonore qui flotte au-dessus des vagues et vibre à tous leurs
25 mouvements, les courts plongeons de mes rames, les cordes
- des haleurs soulevées de l'eau toutes ruisselantes faisaient
passer des lumières vives d'argent poli. Et je ramais en
fermant les yeux. Par momentj^à la vigueur de mes efforts,
à l'élan de l'eau sous ma barque, je me figurais que j'allais
.30 très vite; mais en relevant la tête, je voyais toujours le i\
même arbre, le même mur en face de moi sur la rive, -v
Enfin, à force de fatigues, tout moite et rouge de chaleur.
^^
t >
f ur LE PAPE EST MORT 5I
^/>' je parvenais à sortir de la ville. Le vacarme des bains
froids/ des bateaux de blanchisseuses,* des pontons d'em-
barquement diminuait. Les ponts s'espaçaient sur la rive
élargie. Quelques jardins de faubourg, une cheminée
d'usine, s'y reflétaient de loin en loin. A l'horizon trem- 5
blaient des îles vertes. Alors, n'en pouvant plus, je venais
me ranger contre la rive, au milieu des roseaux tout bour- ^j
donnants; et là, abasourdi par le soleil, la fatigue, cette "^.V,^
chaleur lourde qui montait de l'eau étoilée de larges fleurs / /, ^
jaunes, le vieux loup de mer se mettait à saigner du nez'ioJ,
pendant des heures. Jamais mes voyages n'avaient un
autre dénouement. Mais que voulez- vous? Je trouvais
. cela délicieux.
X-"-' Le terrible, par exemiple,' c'était le retour, la rentrée.
' '^ J'avajs beau revenir à toutes rames,* j'arrivais toujours 15
trop tard, longtemps après la sortie des classes. L'impres-
^^ sion du jour qui tombe, les premiers becs de gaz dans le ' ^
..^brouillard, la retraite,^ tout augmentait mes transes, mon , ,,-, .,
remords. Les gens qui passaient, rentrant chez eux bien » -
tranquilles, me faisaient envie; et je courais la tête lourde, 20
pleine de soleil et d'eau, avec des ronflements de coquillages
au fond des oreilles, et déjà sur la figure le rouge du men-
songe que j'allais dire.
Car il en fallait un chaque fois pour faire tête à Ce terrible
«d'où viens-tu?* qui m'attendait en travers de la porte. 25
C'est cet interrogatoire de l'arrivée qui m'épouvantait le
plus. Je devais répondre là, sur le palifir, au pied levé,^ !r^
^^Lvoir toujours une histoire prête, quelque chose à dire, et
de si étonnant, de si renversant,^ que la surprise coupât
court à toutes les questions. Cela me donnait le temps 30
d'entrer, de reprendre haleine; et pour en arriver là, rien
ne me coûtait.* J'inventais des sinistres, des révolutions,
7
i, ;./
52 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
des choses terribles, tout un côté de la ville qui brûlait, le
pont du chemin de fer s'écroulant dans la rivière. Mais ce
que je trouvai encore de plus fort/ le voici: /. :
Ce soir-là, j'arrivai très en retard. Ma mère, qui m'at-
5 tendait depuis une grande heure,^ guettait, debout, en haut
de l'escalier.
«D'où viens-tu?* me cria-t-elle.
Dites-moi ce qu'il peut tenir de diableries dans une tête
d'enfant. Je n'avais rien trouvé, rien préparé. J'étais
lo venu trop vite . . . Tout à coup il me passa une idée folle.
Je savais la chère femme très pieuse, catholique enragée'
comme une Romaine, et je lui répondis dans tout l'essouffle-
ment d'une grande émotion: • '• >-*•'' ''"
*0 maman ... Si vous saviez! . . .
15 — Quoi donc ? . . . Qu'est-ce qu'il y a encore ? . . .
— Le pape est mort.
— Le pape est mort! . . .• fit la pauvre mère, et elle
s'appuya toute pâle contre la muraille. Je passai vite
dans ma chambre, un peu effrayé de mon succès et de
ao l'énormité du mensonge; pourtant, j'eus le courage de le
soutenir jusqu'au bout. Je me souviens d'une soirée
funèbre et douce; le père très grave, la mère atterrée . . .
On causait bas autour de la table. Moi, je baissais les
yeux; mais mon escap)ade s'était si bien perdue dans la
25 désolation générale que personne n'y pensait plus.
Chacun citait à l'envi quelque trait de vertu de ce pauvre
' ,. Pie IX;* puis, peu à peu, la conversation s'égarait à travers
l'histoire des papes. Tante Rose parla de Pie VII,* qu'elle
se souvenait très bien d'avoir vu passer dans le Midi, au
30 fond d'une chaise de poste, entre des gendarmes. On
rappela la fameuse scène avec l'empereur: Comediantel^ . . .
tragedianie! . . . C'était bien la centième fois que je l'en-
tE PORTE-DRAPEAU 53
tendais raconter, cette terrible scène, toujours avec les
mêmes intonations, les mêmes gestes, et ce stéréotypé^ des
traditions de famille qu'on se lègue et qui restent là, puériles
et locales, comme des histoires de couvent.
C'est égal, jamais elle ne m'avait paru si intéressante. ,5
Je l'écoutais avec des soupirs hypocrites, des questions,
un air de faux intérêt, et tout le temps je me disais:
«Demain matin, en apprenant que le pape n'est pas mort,
ils seront si contents que personne n'aura le courage de me
gronder, * 10
Tout en pensant à cela, mes yeux se fermaient malgré
moi, et j'avais des visions de petits bateaux peints en bleu,
avec des coins de Saône^ alourdis par la chaleur, et de, ^/^^
grandes pattes ô^atgyronètes^ courant dans tous les sens et \-.-
rayant l'eau vitreuse, comme des pointes de diamant. 15
LE PORTE-DRAPEAU
tT Le régiment était en bataille sur un talus du chemin de
^ Ij fer, et servait de cible à toute l'armée prussienne massée
^ en face, sous le bois. On se fusillait à quatre-vingts mètres.
Les officiers criaient: * Couchez- vous t ...» mais personne
ne voulait obéir, et le fier régiment restait debout, groupé 20
autour de son drapeau. Dans ce grand horizon de so-
leil couchant, de blés en épis, de pâturages, cette masse
d*hommes, tourmentée, enveloppée d'une fumée confuse,
avait Pair d'un troupeau surpris en rase campagne dans le
premier tourbillon d'un orage formidable. 25
C'est^ qu'il en pleuvait du fer sur ce talus! On n'en-
54 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
tendait que le crépitement de la fusillade, le bruit sourd
des gamelles roulant dans l ejoss é, et les balles qui vibraient
longuement d'un bout à l'autre du champ de bataille,
comme les cordes tendues d'un instrument sinistre et reten-
5 tissant. De temps en temps le drapeau qui se dressait
au-dessus des têtes, agité au vent de la mitraille, sombrait
dans la fumée: alors une voix s'élevait grave et ôère, domi-
nant la fusillade, les râles, les jurons des blessés: •Au
drapeau, mes enfants, au drapeau! ...» Aussitôt un
10 officier s'élançait vague comme une ombre dans ce brouil-
lard rouge, et l'héroïque enseigne, redevenue vivante,
planait encore au-dessus de la bataille. ^
Vingt-deux fois elle tomba ! . . . Vingt-deux fois sa hampe
encore tiède, échappée à une main mourante, fut saisie,
15 redressée; et lorsqu'au soleil couché, ce qui restait du régi-
ment — à peine une poignée d'hommes — battit lentement
en retraite, le drapeau n'était plus qu'une guenille aux
mains du sergent Hornus, le vingt-troisième porte-drapeau
de la journée.
II
20 Ce sergent Hornus était une vieille bête à trois brisques,^
qui savait à peine signer son nom, et avait mis vingt ans
à gagner ses galons de sous-officier. Toutes les misères
^ de l'enfant trouvé, tout l'abrutissement de la caserne se
. voyaient dans ce front bas et buté, ce dos voûté par le sac,
25^ette allure inconsciente de troupier dans le rang. Avec
ôela il était un peu bègue, mais, pour être porte-drapeau,
on n'a pas besoin d'éloquence. Le soir même de la bataille,
son colonel lui dit: «Tu as le drapeau, mon brave; eh bien,
garde-le.® Et sur sa pauvre capote de campagne, déjà
.1^ ^^ ., ^"> ' Jt-^r ç'v>i^
'0
\^ ^Vl <iA^^^ PORTE-DRAPEAU 55
."\^ toute passée à la pluie et au feu, la cantinière surfila tout
^ ^ de suite un liséré d'or de sous-lieutenant» ,>- . ,l^
Ce fut le seul orgueil de cette vie d'humilité. Du c oug
la taille du vieux troupier se redressa. Ce pauvre être
habitué à marcher courbé, les yeux à terre, eut désormais 5
. une figure fière, le regard toujours levé pour voir flotter ce
^' \ ^ lambeau d' étoffe et le maintenir bien droit, bien haut, au-
dessus de la mort, de la trahison, de la déroute.
Vous n'avez jamais vu d'homme si heureux qu'Hornus
les jours de bataille, lorsqu'il tenait sa hampe à deux mains, 10
bien affermie dans son étui de cuir. Il ne parlait pas, il ne
bougeait pas. Sérieux comme un prêtre, on aurait dit
qu'il tenait quelque chose de sacré. Toute sa vie, toute sa
force était dans ses doigts crispés autour de ce beau haillon
doré sur lequel se ruaient les balles, et dans ses yeux pleins 15
de défi qui regardaient les Prussiens bien en face, d'un air
de dire: * Essayez-donc de venir me le prendre! . . .*
Personne ne l'essaya, pas même la mort. Après Borny,*
après Gravelotte, les batailles les plus meurtrières, le dra-
peau s'en allait de partout, haché, troué, transparent de blés- 20
sures; mais c'était toujoiu-s le vieil Hornus qui le portait.
III i'
/
\)^
Puis septembre arriva, l'armée sous Metz,^ le blocus,
et cette longue halte dans la boue oii les canons se rouil-
laient, où les premières troupes du monde, démoralisées
'^ par l'inaction, le manque de vivres, de nouvelles, mouraient 25
de fièvre et d'ennui au pied de leurs faisceaux. Ni chefs r
ni soldats, personne ne croyait plus; seul, Hornus avait \ '
encore confiance. Sa loque tricolore lui tenait lieu de tout,
et tant qu'il la sentait là, il lui semblait que rien n'était
/:■
S6 CHOIX DE œNTES DE DAUDET
perdu. Malheureusement, comme on ne se battait plus, le
colonel gardait le drapeau chez lui dans im des faubourgs
de Metz; et le brave Hornus était à peu près conune une
mère qui a son enfant en nourrice. Il y pensait sans cesse.
5 Alors, quand Pennui le tenait trop fort, il s'en allait à Metz
tout d'une course, et rien que de Pa voir vu toujours à la
même place, bien tranquille contre le mur, il s'en revenait
plein de courage, de patience, rapportant, sous sa tente
trempée, des rêves de bataille, de marche en avant, avec
lo les trois couleurs toutes grandes déployées flottant là-bas
sur les tranchées prussiennes.
Un ordre du jour du maréchal Bazaîne^ fit crouler ces
illusions. Un matin, Hornus, en s'éveillant, vît tout le
camp en rumeur, les soldats par groupes, très animés,
15 s'excitant, avec des cris de rage, des poings levés tous du
même côté de la ville, comme si leur colère désignait
un coupable. On criait: *Enlevons4eF . . . Qu'on le fu-
sille! . . .* Et les officiers laissaient dire ... Ils marchaient
à l'écart^ la tête basse, comme s'ils avaient eu honte de-
20 vant leurs hommes. C'était honteux, en effet. On venait
de lire à cent cinquante mille soldats, bien armés, encore
valides, l'ordre du maréchal qui les livrait à l'ennemi sans
combat.
«Et les drapeaux?» demanda Hornus en pâlissant . . . .
2$ Les drapeaux étaient livrés avec le reste, avec les fusils, ce
qui restait des équipages, tout . . .
«To . . . To . . . . Tonnerre de Dieu!* . . . bégaya k
pauvre homme. Ils n'auront toujours* pas le mien . . .*
Et il se mit à courir du côté de la ville.
LE PORTE-DRAPEAU 57
IV
Là aussi îl y avait une grande animation. Gardes
nationaux, bourgeois, mobiles criaient, s'agitaient. Des
députatîons passaient, frémissantes, se rendant chez le
maréchal. Hornus, lui, ne voyait rien, n'entendait rien.
Il parlait seul, tout en remontant la rue du Faubourg. 5
«M'enlever mon drapeau! . . . Allons donc!^ Est-ce que
c'est possible ? Est-ce qu'on a le droit ? Qu'iP donne aux
Prussiens ce qui est à lui, ses carrosses dorés, et sa belle
vaisselle plate rapportée de Mexico!^ Mais ça, c'est à
moi . . . C'est mon honneur. Je défends qu'on y touche. • 10
Tous ces bouts de phrase étaient hachés par la course et
sa parole bègue; mais au fond il avait son idée, le vieux!
Une idée bien nette, bien arrêtée, prendre le drapeau, l'em- ^^ • r ;
porter au milieu du régiment, et passer sur le ventre des
Prussiens* avec tous ceux qui voudraient le suivre. 15
Quand îl arriva là-bas, on ne le laissa pas même entrer.
LrC colonel, furieux lui aussi, ne voulait voir personne . . .
mais Hornus ne l'entendait pas ainsi.* , .
Il jurait, criait, bousculait le planton: «Mon drapeau ^' ' (
... je veux mon drapeau ...» A la fin une fenêtre 20
s'ouvrit:
•C'est toi, Hornus?
— Oui, mon colonel, je . . .
— Tous les drapeaux sont à l'Arsenal • . •, tu n'as
qu'à y aller, on te donnera un reçu ... 25
— Un reçu ? . . . Pourquoi faire ? . . .
— C'est l'ordre du maréchal ...
— Mais, colonel . . .
— *F . . .-moi" la paix! . . .* et la fenêtre se referma.
Le vieil Hornus chanc^ait comme un homme ivre. r-
l ..s
V
^ CHOIX DE CONTES DE DAUDET
«Un reçu . . ., un reçu . . .,• répétait-il machinalement
. . . Enfin il se remit à marcher, ne comprenant plus qu'une
chose, c'est que le drapeau était à TArsenal et qu'il fallait
le ravoir à tout prix.
. f.Ys . Les portes de l'Arsenal étaient toutes grandes ouvertes
pour laisser passer les f ourgo ns prussiens qui attendaient
^'•'rangés dans la cour. Hornus en entrant eut un frisson.
Tous les autres porte-drapeaux étaient là, cinquante ou
soixante officiers, navrés, silencieux; et ces voitures sombres
lo sous la pluie, ces hommes groupés derrière, la tête nue:
on aurait dit un enterrement.
Dans un coin, tous les drapeaux de l'armée de Bazaîne
^ s'entassaient, confondus sur le pavé boueux. Rien n'était
plus triste que ces lambeaux de soie voyante, ces débris de
15 franges d'or et de hampes ouvragées, tout cet attirail glo-
rieux jeté par terre, souillé de pluie et de boue. Un officier
d'administration les prenait un à un, et, à l'appel de son
régiment, chaque porte-enseigne s'avançait pour chercher
un reçu. Raides, impassibles, deux officiers prussiens sur-
20 veillaient le chargement.
£t vous vous en alliez ainsi, ô saintes loques glorieuses,
déployant vos déchirures, balayant le pavé tristement comme
des oiseaux aux ailes cassées! Vous vous en alliez avec la
honte des belles choses souillées, et chacune de vous em-
25 portait un peu de la France. Le. soleil des longues marches
restait entre vos plis passés. Dans les marques des balles
vous gardiez le souvenir des morts inconnus, tombés au
hasard sous l'étendard visé . .a**! ■\'^
«Hornus, c'est à toi^ ... On t'appelle ... va chercher
30 ton reçu ...»
Il s'agissait bien de reçu!*
Le drapeau était là devant lui. C'était biçn le sien, le
■ .• '...'■>
. / -
l
'•^
LES PETITS PÂTÉS 59
plus beau, le plus mutilé de tous ... Et en le revoyant il
croyait être encore là-haut sur le talus. Il entendait chanter
les balles, les gamelles fracassées et la voix du colonel;
•Au drapeau, mes enfants! . . .* Puis ses vingt-deux
camarades par terre, et lui vingt-troisième se précipitant à s
son tour pour relever, soutenir le pauvre drapeau qui
chancelait faute de bras. Ah! ce jour-là il avait juré de le
défendre, de le garder jusqu'à la mort. Et maintenant . . .
De penser à cela, tout le sang de son cœur lui sauta à
la tête. Ivre, éperdu, il s'élança sur Pofficîer prussien, lui lo
arracha son enseigne bien-aimée qu'il saisit^ pleines mains ;^ ^
puis il essaya de l'élever encore, bien haut, bien droit en
criant: «Au dra ...» mais sa voix s'arrêta au fond de sa
goVge. Il sentit la hampe trembler, glisser entre ses mains.
Dans cet air las, cet air de mort qui pèse si lourdement sur 15
les villes rendues, les drapeaux ne pouvaient plus flotter,
rien de fier ne pouvait plus vivre ... Et le vieil Homus
tomba foudroyé.
\^ LES PETITS PÂTÉS
c'
vX^
Ce matin-là, qui était un dimanche, le pâtissier Sureau
de la rue Turenne appela son mitron, et lui dit: 20
«Voilà les petits pâtés de M. Bonnicar ... va les porter
et reviens vite ... Il paraît que les Versaillais^ sont entrés
dans Paris.*
Le petit, qui n'entendait rien à la politique, mit les pâtés
tout chauds dans sa tourtière, la tourtière dans une ser- 25
vîette blanche. et le tout d'aplomb sur sa barrette, partit au
c:
V
-'■ vt-' >
6o CHOIX DE CONTES DE DAUDET
galop pour Pîle Saint-Louis/ où logeait M. Bonnîcar. La
matinée était magnifique, un de ces grands soleils de mai
qui emplissent les fruiteries de bottes de lilas et de cerises
en bouquets. Malgré la fusillade lointaine et les appels
5 des clairons au coin des rues, tout ce vieux quartier du Ma-
rais^ gardait sa physionomie paisible. Il y avait du di-
, manche dans Pair, des rondes d'enfants au fond des cours,
b^' ' \ , de grandes filles jouant au vokrit devant les portes, et cette
petite silhouette blanche, qui trottait au milieu de la chaus-
lo sée déserte dans un bon parfum de pâte chaude, achevait
de donner à ce matin de bataille quelque chose de naïf et
d'endimanché. Toute l'animation du quartier semblait
s'être répandue dans la rue de Rivoli.' On traînait des
canons, on travaillait aux barricades; des groupes à chaque
15 pas, des gardes nationaux qui s'affairaient. Mais le petit
pâtissier ne perdit pas la tête. Ces enfants-là sont si
habitués à marcher parmi les foules et le brouhaha de la
rue! C'est aux jours de fête et de train, dans l'ençgjnbre-
ment des premiers de l'an, des dimanches gras, qu'ils ont le
20 plus à courir; aussi les révolutions ne les étonnent guère.
Il y avait plaisir vraiment à voir la petite barrette blanche
V • se faufiler au milieu des képis et des baïonnettes, évitant
les chocs, balancée gentiment, tantôt très vite, tantôt avec
^' .' ime lenteur forcée où l'on sentait encore la grande envie
' 25 de courir. Qu'est-ce que cela lui faisait à lui, la bataille!*
L'essentiel était d'arriver chez les Bonnicar pour le coup
de midi,^ et d'emporter bien vite le petit pourboire qui
l'attendait sur la tablette de l'antichambre.
Tout à coup il se fit dans la foule une poussée terrible;
30 et des pupilles de la République défilèrent au pas de course,
en chantant. C'étaient des gamins de douze à quinze ans,
affublés de chassepots,® de ceintures rouge§, de grandes
v
LES PETITS PÂTÉS 6l
bottes, aussi fiers d'être déguisés en soldats que quand ils
courent, les mardis gras, avec des bonnets en papier et un
lambeau d'ombrelle rose grotesque dans la boue du boule-
vard. Cette fois, au milieu de la bousculade, le petit
pâtissier eut beaucoup de peine à garder son équilibre;
mais sa tourtière et lui avaient fait tant de glissades sur la
glace, tant de parties de marelle en plein trottoir, que les . ^^f • ,
petits pâtés en furent quittes pour la peur.^ • Malheureuse- ^ '
ment cet entrain, ces chants, ces ceintures rouges, l'admira-
tion, la curiosité, donnèrent au mitron l'envie de faire un lo
bout de route en si belle compagnie; et dépassant sans s'en
apercevoir l'Hôtel de ville^ et les ponts de l'île Saint-Louis,
il se trouva emporté je ne sais où, dans la poussière et le
vent de cette course folle.
II
Depuis au moins vingt-cinq ans, c'était l'usage chez les 15
Bonnicar de manger des petits pâtés le dimanche. A midi
très précis, quand toute la famille — petits et grands —
était réunie dans le salon, un coup de sonnette vif et gai
faisait dire à tout le monde:
«Ah! . . . voilà le pâtissier.* 20
Alors avec un grand remuement de chaises, un froufrou
d'endimanchement,^ une expansion d'enfants rieurs devant
la table mise, tous ces bourgeois heureux s'installaient
autour des petits pâtés s)niiétriquement empilés sur le
'-}'\ r échau d d'argent. 25
^ Ce jour-là la sonnette resta muette. Scandalisé, M.
Bonnicar regardait sa pendule, une vieille pendule sur-
montée d'un héron empaillé, et qui n'avait jamais de la vie
avancé ni retardé.* Les enfants bâillaient aux vitres.
62 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
guettant le coin de me où le mitron tournait d'ordinaire.
Les conversations languissaient; et la faim, que midi creuse*
de ses douze coups répétés, faisait paraître la salle à manger
bien grande, bien triste, malgré Tantique argenterie lui-
5 santé sur la nappe damassée, et les serviettes pliées tout
A ^^^ autour en petits cornets raides et blancs.
* ,(>- Plusieurs fois déjà la vieille bonne était venue parler à
Toreille de son maître . . . rôti brûlé . . . petits pois trop
cuits . . . Mais M. Bonnicar s'entêtait à ne pas se mettre
lo à table sans les petits pâtés; et, furieux contre Sureau, il
résolut d'aller voir lui-même ce que signifiait un retard
aussi inouï. Comme il sortait, en brandissant sa canne,
très en colère, des voisins l'avertirent:
«Prenez garde, M. Bonnicar ... on dit que les Ver-
15 saillais sont entrés dans Paris. *
Il ne voulut rien entendre, pas même la fusillade qui s'en
venait de Neuilly^ à fleur d'eau, pas même le canon d'alarme
de l'Hôtel de ville secouant toutes les vitres du quartier.
«Oh! ce Sureau ... ce Sureau! . . .•
20 Et dans l'animation de la course il parlait seu}, se voyait
déjà là-bas au milieu de la boutique, frappant les dalles
avec sa canne, faisant trembler les glaces de la vitrine et les
.' ^ ''assiettes de babas. La barricade du pont Louis-Philippe
' ^coupa sa colère en deux. Il y avait là quelques f édérés à
25 mine féroce, v autré s au soleil sur le sol dépavé.
, , . • «Où allez- vous, citoyen?»
Le citoyen s'expliqua; mais l'histoire des petits pâtés
*' "^parut suspecte, d'autant que M. Bonnicar avait sa belle
redingote des dimanches, des lunettes d'or, toute la tournure
' ■ ' ' 30 d'un vieux réactionnaire.
«C'est un mouchard, dirent les fédérés, il faut l'envoyer
àRigault.»»
. > ^ - t
LES PETITS PÂTÉS 63
Sur quoi, quatre hommes de bonne volonté, qui n'étaient
pas fâchés de quitter la barricade, poussèrent devant eux à / , T
J^. zv^ coups de crosse le pauvre homme exaspéré. /Vf^^^C
.0 Je ne sais pas comment ils firent leur compte,* mais ime ^ . ;
demi-heure après, ils étaient tous rafl^ par la ligne et s'en y .
allaient rejoindre ime longue colonne de prisonniers prête '
à se mettre en marche pour Versailles. M. Bonnicar pro-
testait de plus en plus, levait sa canne, racontait son his-
toire pour la centième fois. Par malheur cette invention
de petits pâtés paraissait si absurde, si incroyable au milieu lo
de ce grand bouleversement, que les officiers ne faisaient
qu'en rire.
•C'est bon, c'est bon, mon vieux* . . . Vous vous ex-
pliquerez à Versailles. »
Et par les" Champs-Elysées,* encore tout blancs de la 15
fiunée des coups de feu, la colonne s'ébranla entre deux
files de chasseurs.* ^f^.ff.c*fU
III
Les prisonniers marchaient cinq par cinq, en rangs
pressés et compactes. Pour empêcher le convoi de s'épar-
j5iller, on les obligeait à se donner le bras;* et le long troup>eau 20
'^'' ^ y humain faisait en piéiinant dans la poussière de la route
. •' î conune le bruit d'une grande pluie d'orage.
Le malheureux Bonnicar croyait rêver. Suant, soufflant,
r ' • *■ f ahuri de peur et de fatigue, il se traînait à la queue de la
•^^\' colonne entre deux vieilles sorcières qui sentaient le pétrole 25
et l'eau-de-vie; et d'entendre ces mots de: * Pâtissier, petits
»»^ pâtés» qui revenaient toujours dans ses imprécations, on
pensait autour de lui qu'il était devenu fou.
Le fait est que le pauvre homme n'avait plus sa tête.*
^
64 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
Aux montées, aux descentes, quand les rangs du convoi
se desserraient un peu, est-ce qu'il ne se figurait pas voir,
là-bas, dans la poussière qui remplissait les vides, la veste
blanche et la barrette du petit garçon de chez Sureau ? Et
5 cela dix fois dans la route! Ce petit éclair blanc passait
"^ devant ses yeux comme pour le n argue r, puis disparaissait
au milieu de cette houle d'uniformes, de blouses, de haillons.
' ' ' Enfin, au jour tombant, on arriva dans Versailles; et
quand la foule vit ce vieux bourgeois à lunettes, débraillé,
lo poussiéreux, hagard, tout le monde fut d'accord pour lui
trouver une tête de scélérat. On disait:
«C'est Félix Pvat^ . . . Non! c'est Delescluze.»
Les chasseurs de l'escorte eurent beaucoup de peine à
l'amener sain et sauf jusqu'à la cour de l'Orangerie.^ Là
15 seulement le pauvre troupeau put se disperser, s'allonger
sur le sol, reprendre haleine. Il y en avait qui dormaient^
d'autres qui juraient, d'autres qui toussaient, d'autres qui
pleuraient; Bonnicar lui, ne dormait pas, ne pleurait pas.
Assis au bord d'un perron, la tête dans ses mains, aux
2o trois quarts mort de faim, de honte, de fatigue, il revoyait
en esprit cette malheureuse journée, son départ de là-bas,
ses convives inquiets, ce couvert mis jusqu'au soir et qui
devait l'attendre encore, puis l'humiliation, les injures, les
coups de crosse, tout cela pour un pâtissier inexact.
25 «Monsieur Bonnicar, voilà vos petits pâtés! . . .• dit
tout à coup une voix près de lui; et le bonhomme en levant
la tête fut bien étonné de voir le petit garçon de chez Sureau,
qui s'était fait pincer avec les pupilles de la République,
découvrir et lui présenter la tourtière cachée sous son
30 tablier blanc. C'est ainsi que, malgré l'émeute et l'em-
prisonnement, ce dimanche-là comme les autres, M. Bon-
nicar mangea des petits pâtés.
hh:^
LE PHARE DES SANGUINAIRES 6$
LE PHARE DES SANGUINAIRES^
Cette nuit je n'ai pas pu dormir. Le mistral était en
colère, et les éclats de sa grande voix m'ont tenu éveillé
jusqu'au matin. Balançant lourdement ses ailes mutilées
qui sifflaient à la bise comme les agrès d'un navire, tout/"^/' '^
le moulin^ craquait. Des tuiles s'envolaient de sa toiture 5
en déroute. Au loin, les pins serrés dont la colline est
couverte s'agitaient et bruissaient dans l'ombre. On se
serait cru en pleine mer . . .
Cela m'a rappelé tout à fait mes belles insomnies' d'il y
a trois ans, quand j'habitais le phare des Sanguinaires, là- 10
bas, sur la côte corse, à l'entrée du golfe d'Ajaccio.*
Encore un joli coin que j'avais trouvé là pour rêver et
pour être seul.
Figurez-vous ime île rougeâtre et d'aspect farouche; le
phare à ime pointe, à l'autre une vieille tour génoise où, de 15
mon temps, logeait un aigle. En bas, au bord de l'eau, un
lazaret en ruine, envahi de partout par les herbes; puis,
des ravins, des maquis,^ de grandes roches, quelques chèvres
sauvages, de petits chevaux corses gambadant la crinière
au vent; enfin là-haut, tout en haut, dans im tourbillon 20
d'oiseaux de mer, la maison du phare, avec sa plate-foiine®
en maçonnerie blanche, où les gardiens se promènent de
long en large, la porte verte en ogive,^ la petite tour de fonte, ^
et au-dessus la grosse lanterne à facettes qui flambe au soleil
et fait de la lumière même pendant le jour . . . Voilà l'île 25
des Sanguinaires, comme je l'ai revue cette nuit, en en-
tendant ronfler mes pins. C'était dans cette île enchantée
qu'avant d'avoir un moulin j'allais m'enfermer quelquefois,
lorsque j'avais besoin de grand air et de solitude.
Ce que je faisais? 30
66 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
Ce que je fais ici, moins encore. Quand le mistral ou la
tramontane ne soufflaient pas trop fort, je venais me mettre
entre deux roches au ras de Peau, au milieu des goélands, ^ '
ô des merles, des hirondelles, et j'y restais presque tout le -
5 jour dans cette espèce de stupeur et d'accablement délicieux
que donne la contemplation de la mer. Vous connaissez,
^ n'est-ce pas, cette jolie griserie de l'âme? On ne pense
pas, on ne rêve pas non plus. Tout votre être vous échappe, .
s'envole, s'éparpille. On est la mouette qui plonge, la pous- ^, -"■" "
to sière d'écume qui flotte au soleil entre deux vagues, la fumée ^
blanche de ce paquebot qui s'éloigne, ce petit cor^lleur à
voile rouge, cette perle d'eau, ce flocon de brume, tout ex-
cepté soi-même . . . Oh! que j'en ai passé dans mon île de
' ces belles heures de demi-sommeil et d'éparpiUcment!* » . .
15 Les jours de grand vent, le bord de l'eau n'étant pas
, , tenable, je m'enfermais dans la cour du lazaret, une petite
cour mélancolique, toute embaimiée de romarin et d'ab-
sinthe sauvage, et là, blotti contre un pan de vieux mur, je
me laissais envahir doucement par le vague parfum d'aban- ^ , ^;
'^j' —
20 don et de tristesse qui flottait avec le soleil dans les logettes,^ y-""'-
de pierre, ouvertes tout autour conmie d'anciennes tombes. ^
De temps en temps un battement de pc»te, un bond léger
dans l'herbe . . . c'était une chèvre qui venait brouter à
l'abri du vent. En me voyant, elle s'arrêtait interdite, et
25 restait plantée devant moi, l'air vif, la corne haute, me
regardant d'un œil enfantin . . .
Vers cinq heures, le porte-voix des gardiens m'appelait
pour dîner. Je prenais alors un petit sentier dans le maquis
grimpant à pic au-dessus de la mer, et je revenais lentement
30 vers le phare, me retournant à chaque pas sur cet inunense
horizon d'eau et de lumière qui semblait s'élargir à mesure
que le montais.
-3^"'"-
LE PHARE DES SANGUINAIRES 67
j^ ' -ji"^ 'Là-haut c'était charmant. Je vois encore cette belle
/- " |salle à manger à larges dalles, à l amb ris de chêne, la bouilla-
biussie^ fumant au milieu, la porte grande ouverte sur la
terrasse blanche et tout le couchant^ qui entrait . . . Les
gardiens étaient là, m'attendant pour se mettre à table. Il 5
y en avait trois, un Marseillais et deux Corses, tous trois
petits, barbus, le même visage tanné, crevassé, le même
felone (caban) en poil de chèvre, mais d'allure et d'humeur
. » ^"^ entièrement opposées.
A la façon de vivre de ces gens, on sentait tout de suite 10
la différence des deux races. Le Marseillais, industrieux
et vif, toujours affairé, toujours en mouvement, courait
l'île du matin au soir, jardinant, péchant, ramassant des
œufs de gouailles,^ s'embusquant dans le maquis pour traire
ime chèvre au passage; et toujours quelque aïoli* ou qjiel- 15
que bouillabaisse en train.^ <i: ,». - ' ; :> > *^ *
Les Corses, eux, en dehors de leur service, ne s'occupaient
absolument de rien; ils se considéraient comme des fonction-
naires, et passaient toutes leurs journées dans la cuisine à
jouer d'interminables parties de scopa,^ ne s'interrompant ao
que pour rallumer leurs pipes d'un air grave et hacher
avec des ciseaux, dans le creux de leurs mains, de grandes
feuilles de tabac vert . . .
Du reste, Marseillais et Corses, tous trois de bonnes
gens, simples, naïfs, et pleins de prévenances pour leur 25
hôte, quoique au fond il dût leur paraître un monsieur bien
extraordinaire . . .
Pensez donc F venir s'enfermer au phare pour son plaisir!
. . . Eux qui trouvent les journées si longues, et qui sont si
heureux quand c'est leur tour d'aller à terre . . . Dans la 30
belle saison, ce grand bonheur leur arrive tous les mois.
Dix jours de terre pour trente jours de phare, voilà le règle-
68 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
ment; mais avec Thiver et les gros temps, il n'y a plus de
règlement qui tienne. Le vent souffle, la vague^ monte, les
Sanguinaires sont blanches d'écume, et les gardiens de ser-
vice restent bloqués deux ou trois mois de suite, quelquefois
5 même dans de terribles conditions.
— Voici ce qui m'est arrivé, à moi, monsieur, — me con-
tait un jour le vieux Bartoli, pendant que nous dînions, —
voici ce qui m'est arrivé il y a cinq ans, à cette même table
où nous sommes, un soir d'hiver, comme maintenant. Ce
lo soir-là, nous n'étions que deux dans le phare, moi et un
camarade qu'on appelait Tchéco . . . Les autres étaient
à terre, malades, en congé, je ne sais plus . . . Nous finis-
sions de dîner, bien tranquilles . . . Tout à coup, voilà mon
camarade qui s'arrête de manger, me regarde un moment
15 avec de drôles d'yeux, et, pouf 1^ tombe sur la table, les bras
en avant. Je vais à lui, je le secoue, je l'appelle:
«^Oh! Tché! ... Oh Tchél ...
*Rien! il était mort . . . Vous jugez quelle émotion! Je
restai plus d'une heure stupide et tremblant devant ce
20 cadavre, puis, subitement cette idée me vient: *Et le phare! *
Je n'eus que le temps de monter dans la lanj;eme' et d'al-
lumer. La nuit était déjà là . . . Quelle nuit, monsieur!
La mer, le vent, n'avaient plus leurs voix naturelles. A
tout moment il me semblait que quelqu'un m'appelait
25 dans l'escalier . . . Avec cela une fièvre, une soif! Mais
vous ne m'auriez pas fait descendre . . . j'avais trop peur
du mort. Pourtant, au petit jour, le courage me revint
un peu. Je portai mon camarade sur son lit; un drap
dessus, un bout de prière, et puis vite aux signaux d'alarme.
30 •Mallieureusement, la mer était trop grosse; j'eus beau
appeler, appeler, personne ne vint . . . Me voilà seul dans
le phare avec mon pauvre Tchéco, et Dieu sait pour com-
^.^
rt*
LE PHARE DES SANGUINAIRES 69
bien de temps . . . J'espérais pouvoir le garder près de moi
jusqu'à l'arrivée du bateau! mais au bout de trois jours ce
n'était plus possible . . . Comment faire ? le porter dehors ?
l'enterrer ? La roche était trop dure, et il y a tant de cor-
beaux dans l'île. C'était pitié de leur abandonner ce 5
chrétien. Alors je songeai à le descendre dans une des
logettes du lazaret ... Ça me prit tout une après-midi
'\ cette triste corvée-là, et je vous réponds qu'il m'en fallut,
du courage . . . Tenez !^ monsieur, encore aujourd'hui,
quand je descends ce côté de l'île par une après-midi de 10
grand vent, il me semble que j'ai toujours le mort sur les
épaules . . .
Pauvre vieux Bartoli! La sueur lui en coulait sur le
front, rien que d'y penser. ,,',u' '. ivA '^^
Nos repas se passaient ainsi à causer longuement: le 15
phare, la mer, des récits de naufrages, des histoires de ban-
dits corses . . . Puis, le jour tombant, le gardien du premier^
quart allumait sa petite lampe, prenait sa pipe, sa gourde,
^\J^ un gros Plutarque^ à tranche rouge, toute la bibliothèque des
Sanguinaires, et disparaissait par le fond. Au bout d'un 20
moment, c'était dans tout le phare un fracas de chaînes,
de pouHes, de gros poids d'horloges qu'on remontait.'
Moi, pendant ce temps, j'allais m'asseoir dehors sur la
terrasse. Le soleil déjà très bas, descendait vers l'eau de
plus en plus vite, entraînant tout l'horizon après lui. Le 25
vent fraîchissait, l'île devenait violette. Dans le ciel, près
de moi, un gros oiseau passait lourdement: c'était l'aigle
de la tour génoise qui rentrait . . . Peu à peu la brume de •
mer montait. Bientôt on ne voyait plus que l'ourlet blanc
de l'écume autour de l'île . . . Tout à coup, au-dessus 30
de ma tête, jaillissait un grand flot de lumière douce. Le
c âJ.^
;t
' \
70 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
phare était allumé. Laissant toute Pîle dans l'ombre, le
clair rayon allait tomber au large sur la mer, et j'étais là
perdu dans la nuit, sous ces grandes ondes lumineuses qui
m'éclaboussaient à peine en passant . . . Mais le vent
5 fraîchissait encore. Il fallait rentrer. A tâtons, je fermais
la grosse porte, j'assurais les barres de fer; puis, toujours
tâtonnant, je prenais im petit escalier de fonte qui tremblait
V et sonnait sous mes pas, et j'arrivais au sommet du phare.
Ici, par exemple,^ il y en avait de la lumière.
lo Imaginez une lampe CarceP gigantesque à six rangs de , .
mèches, autour de laquelle pivotent lentement les parois <.^
de la lanterne, les unes remplies par une énorme lentiUe/'
de cristal, les autres ouvertes sur un grand vitrage im-
mobile qui met la flamme à l'abri du vent ... En entrant
15 j'étais ébloui. Ces cuivres, ces étains, ces réflecteurs de
métal blanc, ces murs de cristal bombé qui tournaient avec
des grands cercles bleuâtres, tout ce miroitement, tout ce
-cliquetis de lumières, me donnait un moment de vertige.
Peu à peu, cependant, mes yeux s'y faisaient, et je venais
20 m'asseoir au pied même de la lampe, à côté du gardien qui
Usait son Plutarque à haute voix, de peur de s'endormir . . .
Au dehors, le noir, l'abîme. Sur le petit balcon qui
tourne autour du vitrage, le vent court comme un fou, en
hurlant. Le phare craque, la mer ronfle. A la pointe de
25 l'île, sur les brisants, les lames font comme des coups de
canon . . . Par moments un doigt invisible frappe aux
carreaux: quelque oiseau de nuit, que la lumière attire, et
qui vient se casser la tête contre le cristal . . . Dans la lan-
terne étincelante et chaude, rien que le crépitement de la
30 flamme, le bruit de l'huile qui s'égoutte, de la chaîne qui se
dévide; et une voix monotone psalmodiant la vie de Dé-
métrius de Phalère* ...
l'éldor du révérend père gaucher 71
A minuit, le gardien se levait, jetait un dernier coup
d'œil à ses mèches, et nous descendions. Dans Tescalier
on rencontrait le camarade du second quart qui montait
en se frottant les yeux; on lui passait la gourde, le Plu-
tarque . . , Puis, avant de gagner nas lits, nous entrions 5
un moment dans la chambre du fond, toute encombrée de
chaînes, de gros poids, de réservoirs d'étain, de cordages,
et là, à la lueur de sa petite lampe, le gardien écrivait sur
le grand livre du phare, toujours ouvert:
Minuit, Grasse mer. Tempête, Navire au large, 10
s ç>', ^' ^ { ^ ir\Al - ' — tA\<^'' ■ • ■ ' •-..'
■:;■'-. / r ^' ■•^^' -. .^ cor 5^, ^■^-'
•^ L^ÉLIXIR DU RÉVÉREND Ï>ÈRE GAUCHER 7^ ?Mi'^
\ — Buvez ceci, mon voisin; vous m'en direz des nouvelles.^ /^ '
Et, goutte à goutte, avec le soin minutieux d'un lapidaire
comptant des perles, le curé de Graveson^ me versa deux
doigts' d'une liqueur verte, dorée, chaude, étincelante,
exquise . . . J'en eus l'estomac tout ensoleillé.* 15
— C'est l'élixir du Père Gaucher, la joie et la santé de
notre Provence, me fit le brave homme d'un air triomphant;
on le fabrique au couvent des Prémontrés,* à deux lieues
de votre moulin . . . N'est-ce pas que cela vaut bien toutes
les chartreuses' du monde? ... Et si vous saviez comme 20
elle est amusante, l'histoire de cet élixir! Écoutez plu-
tôt ... ^\ '■!' ^ ' ■^' ,'...< '^ "' "'
<- Alors, tout naïvement, sans y entendre malice,^ dans
\ cette salle à manger de presbytère, si candide et si calme
,\ avec son Chemin de la croix en petits tableaux et ses jolis 25
rideaux clairs empesés comme des surplis, l'abbé me com-
mença une historiette légèrement sceptique et irrévéren-
cieuse, à la façon d'un conte d'Érasme® ou de d'Assoucy;
' j
72 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
— Il y a vingt ans, les Prémontrés, ou plutôt les Pères
blancs, comme les appellent nos Provençaux, étaient tombés
dans une grande misère. Si vous aviez vu leur maison de
ce temps-là, elle vous aurait fait peine.
5 Le grand mur, la tour Pacôme,* s*en allaient en mor-
ceaux. Tout autour du cloître rempli d'herbes, les colon-
nettes se fendaient, les saints de pierre croulaient dans
leurs niches. Pas un vitrail debout, pas une porte qui
tînt.2 Dans les préaux, dans les chapelles, le vent du
10 Rhône souflSait comme en Camargue,^ éteignant les cierges,
^^'1 v'^^ cassant le plomb des vitrages, chassant l'eau des bénitiers.
' Mais le plus triste de tout, c'était le clocher du couvent,
silencieux comme un pigeonnier vide; et les Pères, faute
d'argent pour s'acheter une cloche, obligés de sonner ma-
15 tines avec des cliquettes de bois d'amandier! . . .
Pauvres Pères blancs! Je les vois encore, à la pro-
\' , cession de la Fête-Dieu, défilant tristement dans leurs ^
. •' * capes rapiécées, pâles, maigres, nourris de citre^ et de /
pastèques, et derrière eux monseigneur l'abbé, qui venait^''* * '
20 la tête basse, tout honteux de montrer au soleil sa crosse
dédorée et sa mitre de laine blanche mangée des vers.* ■'-" •
Les dames de la confrérie en pleuraient de pitié dans les
rangs, et les gros porte-bannière ricanaient entre eux tout
bas en se montrant les pauvres moines:
25 — Les étoumeaux vont* maigres quand ils vont en
troupe.
Le fait est que les infortunés Pères blancs en étaient
arrivés eux-mêmes à se demander s'ils ne feraient pas
mieux de prendre leur vol à travers le monde et de chercher
30 pâture chacun de son côté.
Or, un jour que cette grave question se débattait dans le
rViQT)itre, on vint annoncer au prieur que le frère* Gaucher
./l
l'éldor du révérend père gaucher 73
demandait à être entendu au conseil . . . Vous saurez pour
votre gouverne que ce frère Gaucher était le bouvier du
couvent; c'est-à-dire qu'il passait ses journées à rouler
d'arcade en arcade dans le cloître, en poussant devant lui
^J deux vaches étiques qui cherchaient l'herbe aux fentes des 5
pavés. Nourri jusqu'à douze ans par une vieille folle
du pays des Baux,^ qu'on appelait tante Bégon, recueilli
depuis chez les moines, le malheureux bouvier n'avait
jamais pu rien apprendre qu'à conduire ses bêtes et à
réciter son Pater noster;^ encore le disait-il en provençal, 10
car il avait la cervelle dure et l'esprit comme une dague
.•^de plomb» Fervent chrétien du reste, quoique un peu
visionnaire, à l'aise sous le cilice et se donnant la discipline
avec une conviction robuste, et d^ bras!' . . L ^ . o . "
. ^ y - Quand on le vit entrer dans la salle du chapitre, simple 15
^ »^*^'et balourd, saluant l'assemblée la jambe en arrière, prieur,
_ . J chanoines, argentier, tout le monde se mit à rire. C'était
toujours l'effet que produisait, quand elle arrivait quelque
.. ^ '-^ part, cette bonne face grisonnante avec sa barbe de chèvre
"^ et ses yeux un peu fous; aussi le frère Gaucher ne s'en 20
émut pas,
— Mes révérends, fit-il d'un ton bonasse en tortillant son ^
. chapelet de noya ux d'olives, on a bien raison de dire que
ce sont les tonneaux vides qui chantent le mieux. Figurez-
vous qu'à force de creuser ma pauvre tête déjà si creuse, je 25
crois que j'ai trouvé le moyen de nous tirer tous de peine.
•Voici comment. Vous savez bien tante Bégon, cette
brave femme qui me gardait quand j'étais petit. (Dieu
ait son âme!) Je vous dirai donc, mes révérends pères,
que tante Bégon, de son vivant, se connaissait aux herbes 30
de montagnes autant et mieux qu'un vieux merle de Corse.
Voire, elle avait composé sur la fin de ses jours un élixir
. '
74 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
incomparable en mélangeant cinq ou six espèces de simples
que nous allions cueillir ensemble dans les AlpiUes.^ U
y a belles années de cela;* mais je pense qu'avec l'aide de
saint Augustin* et la permission de notre père abbé, je
5 pourrais — en cherchant bien — retrouver la composition
de ce mystérieux élixir. Nous n'aurions plus alors qu'à
le mettre en bouteilles, et à le vendre un peu cher, ce qui
permettrait à la communauté de s'enrichir doucettement,
comme ont fait nos frères de la Trappe* et de la Grande ...
lo II n'eut pas le temps de finir. Le prieur s'était levé
pour lui sauter au cou. Les chanoines lui prenaient les
mains. L'argentier, encore plus ému que tous les autres,
lui baisait avec respect le bord tout effrangé de sa cucule Co-j; ,
. . . Puis chacun revint à sa chaire pour déUbérer; et,
15 séance tenante,* le chapitre décida qu'on confierait les
vaches au frère Thrasybule, pour que le frère Gaucher pût
se donner tout entier à la confection de son élixir. \ %
Comment le bon frère parvint-il à retrouver la recette de
tante Bégon? au prix de quels efforts? au prix de quelle?
20 veilles? L'histoire ne le dit pas. Seulement, ce qui est
sûr, c'est qu'au bout de six mois, l'élixîr des Pères blancs
était déjà très populaire. Dans tout le Comtat,® dans tout
^ le pays d'Arles, pas un mas qui n'eût au fond de sa dépense,'' r -
entre les bouteilles de vin cuit^ et les jarres d'olives à la
|25 picholine," un petit flacon de terre brune cacheté aux armes
de Provence, avec un moine en extase sur une étiquette
d'argent. Grâce à la vogue de son élixir, la maison des
Prémontrés s'enrichit très rapidement. On releva la tour
Pacôme. • Le prieur eut une mitre neuve, l'église de jolis
30 vitraux ouvragés; et, dans la fine dentelle du clocher, toute
une compagnie de cloches et de clochettes vint s'abattre.
l'éldcir du révérend père gaucher 75
un beau matin de Pâques, tintant et carillonnant à la giande
volée. ; ;V'*'^ *^
Quant au frète Gaucher, ce pauvre frère lai dont les
rusticités égayaient tant le chapitre, il n'en fut plus question
dans le couvent. On ne connut plus désormais que le 5
Révérend Père Gaucher, homme de tête et de grand savoir,
qui vivait complètement isolé des occupations si menues
et si multiples du cloître, et s'enfermait tout le jour dans
sa distillerie, pendant que trente moines battaient la mon-
tagne pour lui chercher des herbes odorantes . . . Cette 10
distilleiie, où personne, pas même le prieur, n'avait le droit
de pénétrer, était une ancienne chapelle abandonnée, tout
au bout du jardin des chanoines. La simplicité des bons
pères en avait fait quelque chose de mystérieux et de for-
midable; et si, par aventure, un moinillon hardi et curieux, 15
s'accrochant aux vignes grimpantes, arrivait jusqu'à la ^
. rosace du portail, il en dégringolait bien vite, effaré d'avoir t
' -''" vu le Père Gaucher, avec sa barbe de nécroman, penché
^v>**^ sur ses fourneaux, le pèse-liqueur à la main; puis, tout-' *
. autour, des cornues de grè s rose, des alambics gigantes- 20
■^^-.i*'" ques, des serpentins de cristal, tout un encombrement -
bizarre qui flamboyait ensorcelé dans la lueur rouge des
vitraux . . .
Au jour tombant, quand sonnait le dernier Angélus,^ la
porte de ce lieu de mystère s'ouvrait discrètement, et le 25
révérend se rendait à l'église pour l'office du soir. Il
fallait voir quel accueil quand il traversait le monastère I
Les frères faisaient la haie sur son passage. On disait;
— Chut! ... il a le secret! . . .
— L'argentier le suivait et lui parlait la tête basse ... 30
Au milieu de ces adulations, le père s'en allait en s'épon-
geant le front, son tricorne aux larges bords pesé en arrière
» ,
^>
76 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
comme ime auréole, regardant autour de lui d'un aîr de
complaisance les grandes cours plantées d'orangers, les
toits bleus où tournaient des girouettes neuves, et, dans le
cloître éclatant de blancheur, — entre les colonnettes élé-
5 gantes et fleuries, — les chanoines habillés de^ frais qui ^^ ^,
défilaient deux par deux avec des mines reposées. . , . .i
— C'est à moi qu'ils doivent tout celai se disait le révé-
rend en lui-même; et chaque fois cette pensée lui faisait
monter des bouffées d'orgueil.
10 Le pauvre homme en fut bien pimî. Vous allez voir . . .
., .-• ^
Figurez-vous qu'un soir, pendant l'office, il arriva à
l'église dans une agitation extraordinaire*: rouge, essoufflé,
le capuchon de travers, et si troublé qu'en prenant de l'eau
bénite il y trempa ses manches jusqu'au coude. On crut
15 d'abord que c'était l'émotion d'arriver en retard; mais
quand on le vit faire de grandes révérences à l'orgue et aux
tribunes au lieu de saluer le maître-autel, traverser l'église
en coup de vent,* errer dans le chœur pendant cinq minutes
, , pour chercher sa stalle, puis une fois assis, s'incliner de
20 droite et de gauche en souriant d'un air béat, im murmure t*^""^ '
d'étonnement courut dans les trois nefs. On chuchotait
de bréviaire à bréviaire.*
— Qu'a donc notre Père Gaucher? . . . Qu'a donc notre
Père Gaucher?
25 Par* deux fois le prieur, impatienté, fit tomber sa crosse
sur les dalles pour commander le silence. . . . Là-bas, au
fond du chœur, les psaumes allaient toujours; mais les
répons manquaient d'entrain . . .
Tout à coup, au beau milieu de VAve verum,* voilà mon*
30 Père Gaucher qui se renverse dans sa stalle et entonne
d'une voix éclatante:
\- 1
l'êldor du révérend père gaucher 77
Dans Paris, il y a un Père blanc,
Patatîn, patatan, tarabin, taraban^ . . .
Consternation générale. Tout le monde se lève. On crie:
, — Emportez-le ... il est possédé!
^r^'^i^es chanoines se signent. La crosse de monseigneur se 5
r .^démène . . . Mais le Père Gaucher ne voit rien, n'écoute
rien; et deux moines vigoureux sont obligés de Pen traîner
par la petite porte du chœur, se débattant comme un exor-
dsé et continuant de plus belle ses palatin et ses taraban.
Le lendemain, au petit jour, le malheureux était à genoux 10
dans l'oratoire du prieur, et faisait sa coulpé^ Sivec un ruisseau
de larmes:
— C'est l'élixir. Monseigneur, c'est l'élixir qui m'a sur-
pris, disait-il en se frappant la poitrine. Et de le voir si
îî'f^i marri, si repentant, le bon prieur en était tout ému lui- 15
même.
— Allons, allons. Père Gaucher, calmez- vous, tout cela
séchera comme la rosée au soleil . . . Après tout, le scandale
n'a pas été aussi grand que vous pensez. Il y a bien eu
la chanson qui était un peu . . . hum! hum! . . . Enfin il 20
faut espérer que les novices ne l'auront pas entendue ... A
présent, voyons, dites-moi bien comment la chose vous est
arrivée . . . C'est en essayant l'élixir, n'est-ce pas? Vous
aurez eu la main trop lourde^ . . . Oui, oui, je comprends
. . . C'est comme le frère Schwartz,* l'inventeur de la 25
poudre: vous avez été victime de votre invention ... Et
dites-moi, mon brave ami, est-il bien nécessaire que vous
l'essayiez sur vous-même, ce terrible élixir ?
— Malheureusement, oui. Monseigneur . . . l'éprouvette ' "^
me donne bien la force et le degré de l'alcool; mais pour le 30
fini, le velouté, je ne me fie guère qu'à ma langue . . .
78 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
— Ah! très bien . . . Mais écoutez encore un peu que
je vous dise . . . Quand vous goûtez ainsi Télixir par néces-
sité, est-ce que cela vous semble bon? Y prenez-vous du
\^:,is) plaisir? ...
5 — Hélas! oui, Monseigneur, fit le malheureux Père en
^- ^ devenant tout rouge . . . Voilà deux soirs que je lui trouve
/ un bouquet, un arôme! . . . C'est pour sûr le démon qui
m*a joué ce vilain tour . . . Aussi je suis bien décidé dé-
sormais à ne plus me servir que de Péprouvette. Tant pis
lo si la liqueur n'est pas assez fine, si elle ne fait pas assez
, ./>- la perle^ . . .
'/l — Gardez- vous-en bien, interrompit le prieur avec
vivacité. Il ne faut pas s'exposer à mécontenter la clien-
tèle . . . Tout ce que vous avez à faire maintenant que
15 vous voilà prévenu, c'est de vous tenir sur vos gardes . . .
Voyons, qu'est-ce qu'il vous faut pour vous rendre compte ?
. . . Quinze ou vingt gouttes, n'est ce-pas? . . . mettons
vingt gouttes ... Le diable sera bien fin s'il vous attrape
avec vingt gouttes . . . D'ailleurs, pour prévenir tout acci-
20 dent, je vous dispense dorénavant de venir à l'église. Vous
direz l'office du soir dans la distillerie ... Et maintenant,
allez en paix, mon Révérend, et surtout . . . comptez bien
vos gouttes.
Hélas! le pauvre Révérend eut beau compter ses gouttes
25 . . . le démon le tenait, et ne le lâcha plus.
.« C'est la distillerie qui entendit de singuliers offices!
Le jour, encore, tout allait bien. Le Père était assez
' calme: il préparait ses réchauds, ses alambics, tria,it soi- '/,' , ,^
gneusement ses herbes, toutes herbes de Provence, fines,
30 grises,, dentelées, brûlées de parfums et de soleil . . . Mais,
le soir, quand les simples étaient infusés et que l'élixir
vt^^t*^*
%i
l'élixir du révérend père gaucher 79
tiédissait dans de grandes bassines de cuivre rouge,^ le
martyre du pauvre homme commençait.
— ... Dix-sept . . . dix-huit . . . dix-neuf . . . vingt! ...
Les gouttes tombaient du chalumeau dans le gobelet de ;/'
r vermeil. Ces vingt-là, le père les avalait d'un trait, presque 5
sans plaisir. Il n'y avait que la vingt et unième qui lui
[ faisait envie.^ Oh! cette vingt et unième goutte! . . . Alors,
pour échapper à la tentation, il allait s'agenouiller tout au
bout du laboratoire et s'abîmait dans ses patenôtres. Mais
de la liqueur encore chaude il montait une petite fumée 10
toute chargée d'aromates, qui venait rôder autour de lui et,
bon gré mal gré, le ramenait vers les bassines ... La
liqueur était d'un beau vert doré . . . Penché dessus, les
, narines ouvertes, le père la remuait tout doucement avec
'A
son chalumeau, et dans les petites paillettes étincelantes que 15
roulait le flot d'émeraude, il lui semblait voir les yeux de
tante Bégon qui riaient et pétillaient en le regardant . . .
— Allons! encore une goutte!
Et de goutte en goutte, l'infortuné finissait par avoir son
gobelet plein jusqu'au bord. Alors, à bout de forces, il se 20
laissait tomber dans un grand fauteuil, et, le corps aban-
donné, la paupière à demi close, il dégustait son péché par
petits coups, en se disant tout bas avec un remords délicieux:
— Ah! je me damne ... je me damne . . .
Le plus terrible, c'est qu'au fond de cet élixir diabolique, 25
'^^^ il retrouvait toujours par je ne sais quel sortilège, la fameuse
chanson des Pères blancs; Patatin patatan.
Pensez quelle confusion le lendemain, quand ses voisins
de cellule lui faisaient d'un air malin:
— Eh! eh! Père Gaucher, vous aviez des cigales en tête,' 30
hier soir en vous couchant.
Alors c'étaient des larmes, des désespoirs, et le jeûne, et
r ■
8o CHOIX DE CONTES DE DAUDET
le cilîce, et la discipline. Mais rien ne pouvait^ contre le
démon de l'élixir; et tous les soirs, à là même heure, la
possession recommençait.
Pendant ce temps, les commandes pleuvaient à Pabbaye
5 que c'était une bénédiction. Il en venait de Nîmes,^ d'Aix,
. d'Avignon, de Marseille ... De jour en jour le couvent pre-
l nait un petit air de manufacture. Il y avait des frères em-
balleurs, des frères étiqueteurs, d'autres pour les écritures,
d'autres pour le camionnage; le service de Dieu y perdait
lo bien par-ci par-là quelques coups de cloches; mais les pauvres
gens du pays n'y perdaient rien, je vous en réponds . . .
Et donc, un beau dimanche matin, pendant que l'argen-
tier lisait en plein chapitre son inventaire de fin d'année et
que les bons chanoines l'écoutaient les yeux brillants et
15 le sourire aux lèvres, voilà le Père Gaucher qui se précipite
au milieu de la conférence en criant:
— C'est fini ... Je n'en fais plus . . . Rendez-moi mes
vaches.
— Qu'est-ce qu'il y a donc, Père Gaucher? demanda le
ao prieur, qui se doutait bien un peu de ce qu'il y avait.
— Ce qu'il y a, Monseigneur ? ... Il y a que je suis en
train de me préparer une belle éternité de flammes et de
coups de fourche ... Il y a que je bois, que je bois comme
un misérable . . .
25 — Mais je vous avais dit de compter vos gouttes.
— Ah! bien oui, compter mes gouttesî c'est par gobelets
qu'il faudrait compter maintenant . . . Oui, mes Révé-
rends, j'en suis là.' Trois fioles par soirée . . . Vous com-
prenez bien que cela ne peut pas durer . . . Aussi, faîtes.
30 faire l'élîxir par qui vous voudrez . . . Que le feu de Dieu
me brûle si je m'en mêle encore!
/i '..'r-
l'élixir du révérend père gaucher 8i
C'est le chapitre qui ne riait plus.
— Mais, malheureux, vous nous ruinez! criait Pargentier
en agitant son grand-livre.
— Préférez- vous que je me damne ?
Pour lors, le prieur se leva. 5
— Mes Révérends, dit-il en étendant sa belle main
blanche où luisait l'anneau pastoral, il y a moyen de tout
arranger . . . C'est le soir, n'est-ce pas, mon cher fils, que
le démon vous tente ? . . •.
— Oui, monsieur le prieur, régulièrement tous les soirs 10
. . . Aussi, maintenant, quand je vois arriver la nuit, j'en
ai, sauf votre respect, les sueurs qui me prennent, comme
l'âne de Capitou^ quand il voyait venir le bât. . i
— Eh bien ! rassurez- vous . . . Dorénavant, tous les soirs,
à l'ojfice, nous réciterons à votre intention l'oraison de saint 15
Augustin^ à laquelle l'indulgence plénière est attachée . . .
Avec cela, quoi qu'il arrive, vous êtes à couvert' . . . C'est
l'absolution pendant le péché.
— Oh bien! alors, merci, monsieur le prieur!
Et, sans en demander davantage, le Père Gaucher re- 20
tourna à ses alambics, aussi léger qu'une alouette.
Effectivement, à partir de ce moment-là, tous les soirs,
à la fin des compiles,* l'officiant ne manquait jamais de
dire:
— Prions pour notre pauvre Père Gaucher, qui sacrifie 25
son âme aux intérêts de la communauté . . . Oremus
Domine^ . . .
Et pendant que sur toutes ces capuches blanches, pros-
ternées dans l'ombre des nefs, l'oraison courait en frémis-
sant comme une petite bise sur la neige, là-bas, tout au 30
bout du couvent, derrière le vitrage enflammé de la distil-
lerie, on entendait le père Gaucher qui chantait à tue- tête;
82 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
Dans Paris il y a un Père blanc,
Patatin, patatan, taraban, tarabîn.
... Ici le bon curé s'arrêta plein d'épouvante: ^ b -
— Miséricorde! si mes paroissiens m'entendaient I
Qp^
LE PHOTOGRAPHE
>J
5 Comme ils avaient l'air d'un tout petit ménage et que ,.
leur mobilier tenait dans une charrette A bras, on leur,/^^^^^-
avait fait payer le loyer d'avance. Un loyer d'essuyeurs
de plâtres/ car ils habitaient le cinquième^ d'une maison
• toute neuve, sur un de ces grands boulevards inachevés,
ïo pleins d'écriteaux, de gravats, de terrains vides entourés de
planches. Il y a ime odeur de peinture fraîche dans ces
trois petites pièces très éclairées d'une lumière droite, qui
rend plus saisissante la nudité des murs. Voici d'abord
l'atelier avec son vitrage grand comme une cloche à melon,'
15 sa cheminée à la prussienne sombre et froide, et un petit
feu de coke tout préparé qu'on n'allumera que s'il vient du
monde. Les photographies de la famille sont accrochées
au mur: le père, la mère, les trois enfants, assis, debout,
enlacés, séparés, dans toutes les poses possibles; puis quel-
20 ques monuments, des vues de campagne mangées de soleil.
Cela date du temps où ils étaient riches, et où le père faisait
de la photographie pour s'amuser. Maintenant la ruine
est arrivée, et n'ayant pas d'autre métier sous la main, il
essaie de s'en faire un avec son passe-temps du dimanche.
25 L'appareil, que les enfants entourent d'une admiration
craintive, occupe la place d'honneur, au milieu de l'atelier,
et dans ses cuivres flambants neufs, ses gros verres bombés Orv^^ ^^
et clairs, semble avoir absorbé tout le luxe, toute la splen-
<^^^
LE PHOTOGRAPHE 83
deur du pauvre petit logis. Les autres meubles sont vieux,
cassés, vermoulous et si rares! La mère a une méchante
.4^ ir^-obe de soie noire, fripée , un bout de dentelle sur la tête,
J^«.;^^ la tenue d*un comptoir où les chalands ne viennent guère, ^-r^^
^ . ^ ^<^ Le père, lui, par^exemple,^ s*est payé une belle togue à 5
w-rj/c l'artiste, une veste en velours pour impressionner lé bour-^<-^^
geois. Sous cette défrogue reluisante, avec son grand,,
y front lunaire,^ plein d'illusions ses yeux étonnés et bonasses, ^ ' - '-.v
^ il a Pair aussi neuf que son appareil. Et comme il s'agite, A;^ '
" - , le pauvre homme! Et comme il se prend au sérieux! Il 10^
faut l'entendre dire aux enfants: «N'entrez pas dans la
chambre noire.» La chambre noire! on croirait l'antre
d'une p)^honisse ... Au fond, le malheureux est très
troublé. Le loyer payé, le bois, le charbon, il ne reste
plus un sou en caisse. Et si les clients ne montent pas, 15
^i la vitrine d'exposition qui est en bas au coin de la porte
"^ n'accroche personne au passage, qu'est-ce que les petits
mangeront ce soir ? V^i." "Enfin, à la garde de Dieu.^ L'in- r'^^f.
stallation est terminée. H n'y a plus rien à préparer, à •
faire reluire. A présent tout dépend du passant. 20
Minutes d'attente et d'angoisse. Le père, la mère, les
enfants, tout le monde est sur le balcon, à guetter. Parmi
tant de gens qui circulent, il se trouvera bien* un amateur,
que diable! . . . Mais non. La foule va, vient, se croise
le long du trottoir. Personne ne s'arrête. Si pourtant. 25
Voilà un monsieur qui s'approche de la vitrine. Il regarde
les portraits l'un après l'autre; il a l'air content, il va mon-
ter. Les enfants enthousiasmés parlent déjà d'allumer le
poêle . . . * Attendons encore,» dit la mère prudemment.
Et comme elle a bien fait! Le monsieur continue sa route 30
en flânant. Une heure, deux heures, le jour devient moins
clair. Il y a de gros nuages qui passent. Pourtant, à
-' 1
84 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
cette hauteur, on pourrait faire encore d'excellentes épreuves.
A quoi bon, puisque personne ne vient ? A chaque instant,
ce sont des émotions, des fausses joies, des pas qu'on en-
tend dans l'escalier, qui arrivent tout près de la porte, puis
5 s'éloignent brusquement. Une fois même on a sonné.
C'est quelqu'un qui demandait l'ancien locataire. Les
figures s'allongent, les yeux s'emplissent de larmes . . .
«Ce n'est pas possible, dit le père, il faut qu'on ait dé-
croché le cadre^ ... Va donc voir, petit.* Au bout d'un
lo moment, l'enfant remonte, consterné. Le cadre est tou-
jours à sa place, mais c'est comme s'il n'y était pas. Per-
sonne n'y fait attention.
D'ailleurs, il pleut ... En effet, sur le vitrage de l'atelier,
la pluie commence à tomber avec un petit bruit narqiiois.
15 Le boulevard est noir de parapluies. On rentre, on ferme
la fenêtre. Les enfants ont froid; mais on n'ose pas alluriier
le poêle qui contient sa dernière bouchée de charbon. Con-
sternation générale. Le père marche à grands pas, les
poings crispés. Pour qu'on ne la voie pas pleurer, la mère
20 se cache dans la chambre . . . Soudain un des enfants, qui
a profité d'une éclaircie pour passer sur le balcon, tape
vivement aux carreaux: «Papa, papa ... il y a quelqu'un
en bas, à l'étalage.* Il ne s'est pas trompé. C'est une
dariie, une dame très bien, ma foi! Elle regarde un moment
25 les photographies, hésite, lève la tête ... Ah! si toutes les
paires d'yeux braqués de là-haut sur elle avaient un brin
d'aimant, comme elle grimperait l'escalier quatre à quatre
. . . Enfin la dame se décide. Elle entre. Elle monte.
La voilà. Vite l'allumette sous le feu, les petits dans la
30 pièce à côté. Et pendant que le père rajuste sa toque,
la mère se précipite pour ouvrir, émue, souriante, avec le
frou-frou modeste de sa vieille robe de soie.
r-
\
^;
/'
LE PHOTOGRAPHE 8$
*. . . Ouï, madame, c'est bien ici . . .• On s'empresse,
on la fait asseoir. C'est une personne du Midi, un peu
bavarde, mais bien complaisante, et pas avare du tout de
«on profil.* La première épreuve est manquée. Eh bien!
on la recommencera, té! pardi î* ... Et sans la moindre 5
mauvaise humeur, la dame du Midi remet son coude sur la
table et son menton dans la main.
Pendant que le photographe dispose les plis de la jupe,
les rubans du bonnet, on entend des rires étouffés, des
potassées contre la petite porte vitrée. Ce sont les enfants 10
qui se bousculent pour regarder leur père passant sa tête
sous le drap vert de l'appareil et restant là sans bouger
comme une bête de l'Apocalypse^ avec un gros œil trans-
parent. O! quand ils seront grands, ils se feront tous
photographes . . . Enfin voici une bonne épreuve que 15
l'opérateur apporte en triomphe, toute ruisselante. Dans
ce blanc et ce noir la dame se reconnaît, commande douze
cartes, les paye d'avance et sort enchantée.
Elle est partie, la porte est fermée. Vive la joie! Les
enfants délivrés dansent en rond autour de l'appareil. 20
Le père, très ému de sa première opération, s'essuie lé
front majestueusement; puis, comme la journée touche à
sa fin, la mère descend bien vite chercher le dîner, un bon
petit dîner d'extra en l'honneur de la crémaillère, et aussi
. . . car il faut de l'ordre ... un grand registre à dos vert 25
sur lequel on écrit en belle ronde le jour de la livraison, le
nom de la dame du Midi et le chiffre de l'encaisse; douze
francs! Il est vrai de dire que grâce au pâté, au saînt-
honoré avec lesquelles on a fêté la crémaillère, grâce encore
à quelques petites provisions de chauffage, de sucre, de 30
bougies, le chiffre des dépenses est juste égal à celui des
recettes.. Mais bah! si on a fait douze francs aujourd'hui,
86 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
un jour de pluie, d'installation, jugez un peu ce qu'on fera
demain. Et la soirée se passe en projets. C'est incroyable
ce qu'il peut tenir de projets dans un petit appartement de
trois pièces, au cinquième, sur le devant!^ . . .
5 Le lendemain, un temps superbe, et personne. Pas un
client de tout le jour. Qu'est-ce que vous voulez? C'est
le commerce, cela? D'ailleurs il reste un peu de pâté, et
les enfants ne se couchent pas le ventre vide. Le sur-
lendemain rien encore. Les stations sur le balcon re-
lo commencent de plus belle, mais sans succès. La dame
du Midi revient chercher sa douzaine, et c'est tout. Ce
soir-là; pour avoir du pain, on a été obligé d'engager un
des matelas . . . Deux jours, trois jours se passent ainsi.
Maintenant c'est la vraie détresse. Le malheureux photo-
15 graphe a vendu sa toque en velours, sa vareuse; il ne lui
reste plus qu'à vendre son appareil, et à entrer garçon
de magasin quelque part. La mère se désole, les en-
fants découragés ne vont même plus regarder sur le
balcon.
20 Tout à coup, un samedi matin, au moment où ils s'y
attendent le moins, voilà qu'on sonne. C'est une noce,
toute une noce, qui a monté les cinq étages pour se faire
photographier. Le marié, la mariée, la demoiselle et le
garçon d'honneur, braves gens n'ayant mis qu'une paire
25 de gants dans leur vie et tenant à en éterniser le sou-
venir. Ce jour-là on fait trente-six francs. Le lende-
main le double. C'est fini.' La photographie est installée
... Et voilà un des mille drames de petit commerce
parisien.
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^ "".
UN MEMBRE DU JOCKEY-CLUB 87
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UN MEMBRE DU JOCKEY-CLUB
-^'. . .C
Après dîner, ces braves Cévenols^ avaient tenu à me
montrer leur cercle. C'était Téternel cercle de petite ville,
^^ quatre pièces en enfilade au premier d'un vieil hôtel qui '
avait vue sur le mail, de grandes glaces passées, du carre- , .
■^ . lage sans tapis, et çà et là sur les cheminées ... où trai-''5
H'naient des journaux de Paris, datés de Pavant-veille . . .
^ des lampes de bronze, les seules de la ville qu'on ne soufflât
\ pas au coup de neuf heures.
Quand j'arrivai, il y avait encore très peu de monde.
. ,^*' '" Quelques vieux ronflaient, le nez dans leur journal, ou lo
jouaient au whist silencieusement, et sous la lumière verte
. .^ . . des abat-jour, ces crânes chauves penchés l'un vers l'autre,
les jetons entassés dans leur petite corbeille en chenille,
avaient le même ton mat, jaune, poli du vieil ivoire. De- -
hors, sur le mail, on entendait sonner la retraite,^ et le pas "^15
des promeneurs qui rentraient, dispersés par les rues en
. Dente, les marches de niveau, les rampes de cette ville
' ■ montagnarde à plusieurs étages^ . . . Après quelques der-
, ^. .^ 1 niers coups de marteau jetés aux portes dans le grand
.. d ?j^\ silence, la jeunesse délivrée des repas et promenades de 20
famille monta bruyamment l'escalier du cercle. Je vis
entrer une vingtaine de solides montagnards gantés de
" \K ^ ^ra-is* avec des gilets échancrés, des cols ouverts et des
essais de frisure à la russe,^ qui les faisaient ressembler
tous à de grosses poupées fortement coloriées. C'était ce 25
que vous pouvez imaginer de plus comique. Il me sem-
blait que j'assistais à une pièce très parisienne de Meilhac
ou de Dumas fils* jouée par des amateurs de Tarascon^ et
même plus loin. Toutes les lassitudes, les airs ennuyés,
dégoûtés, ce parler veule qui est le suprême chic du dandy 30
; -'-^
88 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
parisien, je les retrouvais à deux cents lieues de Paris,
exagérés encore par la maladresse des acteurs. Il fallait
voir ces gros garçons s'aborder d'une mine languissante:
«Comment va, mon bon?»^ s'allonger sur les divans dans
5 des poses accablées, s'étirer les bras devant les glaces et i^
' i, dire avec l'accent du cpxx *^ C'est ii^ecg^ . . C'est cre- /
,^ vant . . ,^ Chose touchante! ils appelaient leur cerclé Te '
clohy^ qu'en bons méridionaux ils prononçaient clah. On
n'entendait que cela ... Le garçon du clab, les règlements .
lo du clah ...
J'étais à me demander comment toutes ces démences
parisiennes avaient pu venir là et s'implanter dans l'air
vif et sain de la montagne, quand je vis paraître la jolie
' V tête pâlotte et toute frisée du petit duc de M*** membre
15 du Jockey-Club, du Rowîng-Club, de l'écurie Delamarre
et de plusieurs autres sociétés savantes. Ce jeune gentil-
homme que ses extravagances ont rendu célèbre sur le
' boulevard,* venait de croquer en quelques mois l'avant-
i^ dernier million de la succession paternelle, et son conseil l l
20 épouvanté l'avait envoyé se mettre au vert^ dans ce coin-
perdu des Cévennes.' Je compris alors les airs alanguis T^ ,
de cette jeunesse, ses gilets en cœur, sa prononciation pré- ^r^ -^"^
tentieuse: J'avais maintenant son modèle sous mes yeux. JK^-^"^
A peine entré, le membre du Jockey-Club fut entouré ^.^^\f^, •
25 fêté. On répétait ses mots, on imitait ses gestes, ses atti-
tudes, si bien que cette pâle image de gandin, tirée, mala- ^^"^^ t
dive, mais distinguée en dépit de tout, semblait reflétée l
tout autour dans les grossières glaces de campagne qui
exagéraient ses traits. Ce soir-là, sans doute pour me faire
30 honneur, M. le Duc parla beaucoup théâtre, littérature.
Avec quel dédain, quelle ignorance! Il fallait l'entendre
appeler Emile Augier^ «ce M'sieu! ...» et Dumas fils «le
'^L
UN MEMBRE DU JOCKEY-CLUB 89
petit Dumas. *^ C'était à propos de tout des idées très
vagues flottant dans des phrases inachevées où les machin,
chose, machin^ remplaçaient les mots qu'il ne trouvait pas,
et tenaient lieu de ces petits points dont abusent les auteurs
dramatiques qui ne savent pas écrire. En somme ce jeune 5
gentilhomme ne s'était jamais donné le peine de penser;
"'' ' seulement il avait frôlé beaucoup de monde et de chacun ,'*
-«.v^^^ emporté des expressions, des jugements gardés à fleur de
/f\ ^^ tête* et qui faisaient partie de lui-même comme les boucles •
i- ^ de frisure^ ombrant son front délicat. Ce qu'il connaissait 10
'^'^''^ à fond, par exemple,^ c'était la science héraldique, les */
livrées,' les chevaux de courses, et là-dessus les jeunes ^^
provinciaux dont il faisait l'éducation étaient devenus
presque aussi savants que lui.
La soirée se traîna ainsi dans les bavardages de ce pale - 15
'^ ' • ' frenier mélancolique. Vers dix heures, les vieux étant
' partis et les tables de whist désertées, la jeunesse à son tour
f. ^^ , -j'-s'attabla pour tailler un petit bac.^ C'était de règle depuis
l'arrivée du duc. J'avais pris place dans l'ombre sur un
coin du divan, et de là je voyais très bien tous les joueurs 20
sous la lueur abaissée et restreinte des lampes. Le membre
du Jockey trônait au milieu de la table, superbe, indifférent,
tenant ses cartes avec une grâce parfaite et s'inquiétant peu
' 1'' W de perdre ou de gagner. Ce déca vé de la vie parisienne
était encore le plus riche de la bande. Mais eux, les pau- 25
vres petits,' quel courage il leur fallait pour demeurer im-
passibles! A mesure que la partie s'échauffait, je suivais
curieusement l'expression des visages. Je voyais les lèvres
trembler, les yeux se remplir de larmes, et les doigts se
crisper rageusement sur les cartes. Pour dissimuler leur 30
émotion, les perdants jetaient au travers de leur déve ine des /
•je m'emballe, je m'embête,* mais dans ce terrible accent
'V
ÇO CHOIX DE CONTES DE DAUDET
du Midi, toujours significatif et inexorable, ces exclama-
tions parisiennes n'avaient plus le même air d'aristocratique
indifférence que sur les lèvres du petit duc.
Parmi tous les joueurs il y en avait un surtout qui m'in-
5 téressait. C'était un grand gars, très jeune, poussé trop
vite, une bonne grosse tête d'enfant à barbe, naïve, inculte,
primitive, malgré les frisiu-es Demidoff,* et où toutes les
impressions se lisaient à visage ouvert. Ce garçon-là per-
dait tout le temps. Deux ou trois fois je l'avais vu se
lo lever de la table et sortir vivement; puis, au bout de quel-
ques minutes, il revenait prendre sa place, tout rouge, tout
suant, et je me disais: «Toi, tu viens de raconter quelque
histoire à ta mère, à tes sœurs pour avoir de l'argent. • Le
fait est que chaque fois, le pauvre diable rentrait les poches
15 pleines et se remettait au jeu avec fureur. Mais la chance
s'acharnait contre lui. It perdait, il perdait toujours. Je
le sentais crispé, frémissant, n'ayant plus même la force
de faire bon visage à la mauvaise fortune. A chaque carte
qui tombait, ses ongles s'enfonçaient dans la laine du tapis;
20 c'était navrant.
Peu à peu cependant, hypnotisé par cette atmosphère
j provinciale d'ennui et de désœuvrement, très las aussi de
mon voyage, je n'aperçus plus la table de jeu que conmie
une vision lumineuse très vague, très effacée, et je finis par
25 m'endormir à ce murmure de voix et de cartes remuées.
Je fus réveillé tout à coup par un bruit de paroles irritées,
sonnant haut dans les salles vides. Tout le monde était
parti. Il ne restait plus que le menibre du Jockey-Club et
mon grand garçon de tout à l'heure, tous les deux attablés et
30 jouant. La partie était sérieuse, un écarté à dix louis; et rien "- ^- J^
qu'à voir le désespoir qui gonflait cette bonne grosse face de
bouledogue, je compris que le montagnard perdait encore.
UN MEMBRE DU JOCKEY-CLUB 9I
«Ma revanche!*^ criait-il de temps en temps avec colère.
L'autre, toujours calme, lui faisait tête; et à chaque nouveau
coup il me semblait qu'un méchant sourire dédaigneux,
presque imperceptible, plissait sa lèvre aristocratique.
J'entendis annoncer «la belle! ^^^ puis un violent coup de 5
poing sur la table; c'était fini, le malheureux avait tout
perdu.
Il resta un moment atterré, regardant ses cartes sans
rien dire, avec sa redingote en^cœui: toute remontée,^ sa
chemise froissée, mouillée comme s'il venait de se battre. 10
Puis tout à coup, voyant le duc ramasser les pièces d'or ^
dispersées sur le tapis, il se leva avec un cri terrible: *Mon •
argent, N. de D.!* rendez-moi mon argent!* et aussitôt,
comme un enfant qu'il était encore, il se mit à sangloter:
«Rendez-le-moi, . . . rendez-le-moi!* Sa voix était na- 15
vrante comme celle des êtres très forts chez qui les larmes
> arrivent par paquets^ et sont une vraie souffrance. Tou-
jours froid, toujours ironique, son partenaire le regardait
sans sourciller . . . Alors le malheureux se mit à genoux,
et tout bas, d'une voix tremblante: «Cet argent n'est pas 20
à moi ... Je l'ai volé . . . Mon père me l'avait laissé pour
payer une échéance.» La honte l'étranglait, il n'acheva
pas ... D'^ r » ,,• , . ''.
Au premier mot d'argent volé le duc s'était levé. Un
peu d'amination montait à ses joues. La tête avait pris 25
une expression de fierté qui lui allait très bien. Il vida
ses poches sur la table, et, quittant lui aussi pour une
minute son masque de gandin, il dit d'une voix naturelle
et bonne: «Reprends donc ça, imbécile . . . Est-ce que tu
crois que nous jouions sérieusement?* J'aurais voulu 30
l'embrasser, ce gentilhomme!
/^ ' **^
92 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
EN CAMARGUE^
Le Départ
Grande rumeur au château. Le messager vient d'ap-
porter un mot du garde, moitié en français, moitié en pro-
Ac.-^i\^ vençal, annonçant qu'il y a eu déjà deux ou trois beaux
i- passages de Galéjons,^ de Charlottines,^ et que les oiseaux
' 5 de pHnié^ non plus ne manquaient pas.
' V * Vous êtes des nôtres! *' m'ont écrit mes aimables voisins;
et ce matin, au petit jour de cinq heures, leur grand break*
chargé de fusils, de chiens, de victuailles, est venu me
i' ' ^ " prendre^ au bas de la côte. Nous voilà roulant sur la route
', xc d'Arles,® un peu sèche, un peu dépouillée, par ce matin de
7>décembre où la verdure pâle des oliviers est à peine visible,
et la verdure crue des chênes un peu trop hivernale et
factice. Les étables se remuent. Il y a des réveils avant
^ \\^ le jour qui allument la vitre des fermes; et dans les dé- -
15 coupures de pierre de l'abbaye de Montmajour,^ des orfra ies
encore engourdies de sommeil battent de l'aile parmMes '^ '
. ,' ruines. Pourtant nous croisons déjà le long des fossés de ^. - •
vieilles paysannes qui vont au marché au trot de leurs ^^j «
bourriquets. Elles viennent de la Ville-des-Baux.* Six
20 grandes lieues pour s'asseoir une heure sur les marches de
Saint-Trophyme® et vendre des petits paquets de simples
ramassés dans la montagne! . . ,
Maintenant voici les remparts d'Arles; des remparts bas
et crénelés, comme on en voit sur les anciennes estampes
25 où des guerriers armés de lances apparaissent en haut de
talus moins grands qu'eux. Nous traversons au galop
i'-'^j>
EN CAMARGUE 93
cette merveilleuse petite ville, une des plus pittoresques
' , de France, avec ses balcons sculptés, arrondis, s'avançant
^ j comme des moucharabiés^ jusqu'au milieu des rues étroites,
^^«, avec ses vieilles maisons noires aux petites portes, mores-
ques, ogivales et basses, qui vous reportent au temps de $
Guillaume Court-Nez^ et des Sarrasins. A cette heure, il
n'y a encore personne dehors. Le quai du Rhône seul est
animé. Le bateau à vapeur qui fait le service de la Ca-
x margue chauffe au bas dps marches, prêt à partir. Des 'j
''^ ménagers^ en veste de cad^s roux, des filles de La Roquette* loj
qui vont se louer poiu: des travaux des fermes, montent sur
le pont avec nous, causant et riant entre eux. Sous les
. . /f- î longues mantes brunes rabattues à cause de Pair vif du ma- -*
tin, la haute coiffure artésienne fait la tête élégante et petite
avec un joli grain d'effronterie, une envie de se dresser pour(i^^'
lancer le rire ou la malice plus loin ... La cloche sonne;
nous partons. Avec la triple vitesse du Rhône, de l'hélice,
du mistral, les deux rivages se déroulent. D'un côté c'est
la Crau, une plaine aride, pierreuse. De l'autre, la Ca-
margue, plus verte, qui prolonge jusqu'à la mer son herbe 20
courte et ses marais pleins de roseaux.
De temps en temps le bateau s'arrête près d'un ponton,
à gauche ou à droite, à Empire ou à Royaume, comme
on disait au moyen âge, du temps du Royaume d'Arles,*
et, comme les vieux mariniers du Rhône disent encore 25
aujourd'hui. A chaque ponton, une ferme blanche, un
bouquet d'arbres. Les travailleurs descendent chargés
d'outils, les femmes leur panier au bras, droites sur la
•' • passerelle. Vers Empire ou vers Royaume peu à peu le
^ bateau^ se vide, et quand il arrive au ponton du Mas- 3a
de-Giraud où nous descendons, il n'y a presque plus per-
sonne à bord. \ '
V
6^ -t'ul^ - ^'-"^^
94 CHOIX DE CONTES DE DAUDET ^V
Le Mas-de-Giraud est une vieille ferme des seigneurs \
de Barbentane,^ où nous entrons pour attendre le garde qui
doit venir nous chercher. Dans la haute cuisine, tous les
hommes de la ferme, laboureurs, vignerons, bergers, berge-
• 5 rots, sont attablés, graves, silencieux, mangeant lentement,
et servis par les femmes qui ne mangeront qu'après.
' \ Bientôt le garde paraît avec la capiole. Vrai type à la
^ ' \ Fenimore,^ trappeur de terre et d'eau, garde-pêche et garde-
phasse, les gens du pa)rs l'appellent lou Roudeîroù (le
lo rôdeur), parce qu'on le voit toujours, dans les brumes ^^ / . .
.^ d'aube ou de jour tombant, caché pour l'affût parmi les ^ ,.
roseaux, ou bien immobile dans son petit bateau, occupé
à surveiller ses n asse s sur les clairs (les étangs) et les
f Oléines (canaux d'irrigation). C'est peut-être ce métier
15 d'étemel guetteur qui le rend aussi silencieux, aussi con-
centré. Pourtant, pendant que la petite carriole chargée
de fusils et de paniers marche devant nous, il nous donne
des nouvelles de la chasse, le nombre des passages,' les
quartiers où les oiseaux voyageurs se sont abattus. Tout
ao en causant, on s'enfonce dans le pays.
Les terres cultivées dépassées, nous voici en pleine
Camargue sauvage.* A perte de vue, parmi les pâttirages,
' des marais, des roubines,^ luisent dans les saliconies. Des
• bouquets de tamaris et de roseaux font des îlots comme sur
25 une mer calme. Pas d'arbres hauts. L'aspect imi, im-
I , . ^( imense, de la plaine, n'est pas troublé. De loin en loin,
des paji;cs de bestiaux étendent leurs toits bas presque au
;'. ' ^^^ - ras de terre. Des troupeaux dispersés, couchés dans les
herbes salines, ou cheminant serrés autour de la cape
30 rousse du berger, n'interrompent pas la grande ligne uni-
forme, amoindris qu'ils sont par cet espace infini d'horizons
bleus et de ciel ouvert. Comme de la mer unie malgré
EN CAMARGUE 95
ses vagues, il se dégage de cette plaine un sentiment de
solitude, d'immensité, accru encore par le mistral qui
souffle sans relâche, sans obstacle, et qui, de son haleine
puissante, semble aplanir, agrandir le paysage. Tout se
courbe devant lui. Les moindres arbustes gardent Pem-- 5
preinte de son passage, en restent tordus, couchés vers le
sud dans l'attitude d'une fuite perpétuelle ...
II
La Cabane
Un toit de roseaux, des murs de roseaux desséchés et
jaunes, c'est la cabane. Ainsi s'appelle notre rendez-vous
de chasse. T)rpe de la maison camarguaise, la cabane se ic
compose d'une unique pièce, haute, vaste, sans fenêtre,
et, prenant jour par une porte vitrée qu'on ferme le soir
avec des volets pleins. Tout le long des grands murs
crépis, blanchis à la chaux, des râteliers attendent les fusils, f^ '^-
les carniers, les bottes de marais. Au fond, cinq ou six 15
•^r- berceaux* sont rangés autour d'un vrai mât planté au sol
et montant jusqu'au toit auquel il sert d'appui. La nuit,
quand le mistral souffle et que la maison craque de par-
tout, avec la mer lointaine et le vent qui la rapproche, porte
son bruit, le continue en l'enflant, on se croirait couché 20
dans la chambre d'un bateau.
Mais c'est l'après-midi surtout que la cabane est char-
mante. Par nos belles journées d'hiver méridional, j'aime
rester tout seul près de la haute cheminée où fument quel-
\-J ques pieds de tamaris. Sous les coups du mistral ou de la 25
tramontane, la porte saute,^ les roseaux crient, et toutes
Ces secousses sont un bien petit écho du grand ébranlement
96 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
de la nature autour de moi. Le soleil d'hiver fouetté par
' .' ^' rénorme courant* s'éparpille, joint ses rayons, les disperse.
^^ De grandes onibres courent sous un ciel bleu admirable.
La lumière arrive par saccades, les bruits aussi; et les son-
5 'nailles des troupeaux entendues tout à coup, puis oubliées,
perdues dans le vent, reviennent chanter sous la porte
ébranlée avec le charme d'un refrain . . . L'heure exquise,
c'est le crépuscule, un peu avant que les chasseurs n'ar-
rivent. Alors le vent s'est calmé. Je sors un moment. En
10 paix le grand soleil rouge descend, enflammé, sans chaleur.
La nuit tombe, vous frôle en passant de son aile noire tout
humide. Là-bas, au ras du sol, la lumière d'un coup de
feu passe avec l'éclat d'une étoile rouge avivée par l'ombre
environnante. Dans ce qui reste de jour, la vie se hâte.
15 Un long triangle de canards vole très bas, comme s'ils
voulaient prend^*e terre; mais tout à coup la cabane, où le
caleiï^ est allumé, les éloigne: celui qui tient la tête de la
colonne dresse le cou, remonte, et tous les autres derrière
lui s'emportent plus haut avec des cris sauvages.
20 Bientôt un piétinement immense se rapproche, pareil à
un bruit de pluie. Des milliers de moutons, rappelés par
les bergers, harcelés par les chiens, dont on entend le galop
confus et l'haleine haletante, se pressent vers les parcs,
peureux et indisciplinés. Je suis envahi, frôlé, confondu
25 dans ce tourbillon de laines frisées, de bêlements; une
houle véritable où les bergers semblent portés avec leur
ombre par des flots bondissants . . . Derrière les trou-
peaux, voici des pas connus, des voix joyeuses. La cabane
est pleine, animée, bruyante. Les sarments flambent. On
30 rit d'autant plus qu'on est plus las. C'est un étourdisse-
ment d'heureuse fatigue, les fusils dans un coin, les grandes
bottes jetées pêle-mêle, les carniers vides, et à côté les
EN CAMARGUE 97
plumages roux, dorés, verts, argentés, tout tachés de sang.
La table est mise; et dans la fumée d'une bonne soupe
d'anguilles, le silence se fait, le grand silence des appétits
robustes, interrompu seulement par les grognements féroces
des chiens qui lapent leur écuelle à tâtons devant la porte ... 5
La veillée sera courte. Déjà près du feu, clignotant lui
aussi, il ne reste plus que le garde et moi. Nous causons,
c'est-à-dire nous nous jetons de temps en temps l'un à
l'autre des demi-mots à la façon des paysans, de ces inter-
jections presque indiennes, courtes et vite éteintes comme 10
les dernières étincelles des sarments consumés. Enfin le
garde se lève, allume sa lanterne, et j'écoute son pas lourd
qui se perd dans la nuit . . .
III
,v i'' A PEspèrel (A l'Affût!)
/'[' " V. U espère! quel joli nom pour désigner l'affût, l'attente du
chasseur embusqué, et ces heures indécises^ où tout attend, 15
espère, hésite entre le jour et la nuit. L'affût du matin un
peu avant le lever du soleil, l'affût du soir au crépuscule.
C'est ce dernier que je préfère, surtout dans ces pays maré-
cageux où l'eau des clairs^ garde si longtemps la lumière . . .
Quelquefois on tient l'affût dans le negochin (le naye- 20
chien), un tout petit bateau sans quille étroit, roulant au
moindre mouvement. Abrité par les roseaux, le chasseur
guette les canards du fond de sa barque, que dépassent
, ^V seulement la visière d'une casquette, le canon du fusil et la
J^' '^ V tête du chien flairant le vent, h appant les moustiques, ou 25
bien de ses grosses pattes étendues penchant tout le bateau
d'un côté et le remplissant d'eau. Cet affût-là est trop
98 CHOIX DE CONTES DE DAUDET Jo/oWl/ ?>^tU
compliqué pour mon inexpérience. Aussi, le plus souvent,
(^(^'^'^ je vais à V es père à pied, b arbota nt en plein marécag e avec
d'énormes bottes taillées dans toute la longueur du cuir, ç- j^^ ^
Je marche lentement, prudemment, de peur de m'envaser. ^ru^i
5 J'écarte les roseaux pleins d'odeurs saum4tres et de sauts
de grenouilles . . . kr\jLuV(
Enfin, voici un îlot de tamaris, un coin de terre sèche où
je m'installe. Le garde, pour me faire honneur, a laissé
son chien avec moi; un énorme chien des Pyrénées à grande
10 toison blanche, chasseur et pêcheur de premier ordre, et
dont la présence ne laisse pas que de m'intimider un peu.*
Quand une poule d'eau passe à ma portée, il a une certaine
façon ironique de me regarder en rejetant en arrière, d'un ..,
. . • ' coup de tête à l'artiste,^ deux longues oreilles fla sque s qui ^' 'f-^ ^^\
'■ ' 15 lui pendent dans les yeux; puis des gos^ A_i'axrêt,' des '•■''* n ^
, j^/î frétillenagnts de queue, toute une mimique d'ii^patience
. X^ pour me dire: "A ^.,ro'
..» — Tire . . . tire donc! I
Je tire, je manque. Alors, allongé de tout son corps, il
20 bâille et s'étire d'un air las, découragé, et insolent . . .
Eh bien! oui, j'en conviens, je suis un mauvais chasseur.
L'affût, pour moi, c'est l'heure* qui tombe, la lumière ^ ^
diminuée, réfugiée dans l'eau, les étangs qui luisent, polis- '^^^,
l\ '^ sant jusqu'au ton de l'argent fin^ la teinte grise du ciel
25 assombri. J'aime cette odeur d'eau, ce frôlement mysté-
rieux des insectes dans les roseaux, ce petit murmure des
» longues feuilles qui frissonnent. De temps en temps, une
note triste passe et roule dans le ciel comme un ronflement > '
de conque marine. C'est le butor qui plonge au fond de ^ »,
30 l'eau son bec immense d'oiseau-pêcheur et souffle ..."
rrrououou! Des vols de grues filent sur ma tête. J'en-
tends le froissement des plumes, l'ébouriffement du duvet
. . -<.*
1
1 «
\
\,
'ji.w't - ^^ t!'^^'
^
EN CAMARGUE ç 99
dans Pair vif, et jusqu'au craquement de la petite armature*
'/'-^ ^^^ surmenée. Puis, plus rien. C'est la nuit, la nuit profonde,
-• '.'^'^ avec un peu de jour resté sur Peau . . .
, Tout à coup j'éprouve un tressaillement, une espèce de
> »w'*' j^êne nerveuse, comme si j'avais quelqu'un derrière moi. 5
, . - Je me retourne, et j'aperçois le compagnon des belles nuits,
la lune, une large lune toute ronde, qui se lève doucement,
avec un mouvement d'ascension d'abord très sensible, et se
ralentissant à mesure qu'elle s'éloigne de l'horizon.
Déjà un premier rayon est distinct près de moi, puis un 10
autre un peu plus loin . . . Maintenant tout le marécage,
est allumé. La moindre touffe d'herbe a son ombre.
L'affût est fini, les oiseaux nous voient: il faut rentrer. On
marche au milieu d'une inondation de lumière bleue, légère,
poussiéreuse; et chacun de nos pas dans les clairs ^ dans les 15
roubineSf y remue des tas d'étoiles tombées et des rayons
de lime qui traversent l'eau jusqu'au fond.
•V
IV •'. X 'î • •
V
Le Rouge et le Blanc^
Tout près de chez nous, à une portée de fusil de la cabane,
il y en a une autre qui lui ressemble, mais plus rustique.
C'est là que notre garde habite avec sa femme et ses deux 20
aînés: la fille, qui soigne le repas des hommes, raccommode
les filets de pêche; le garçon, qui aide son père à relever les ..
"^'/."r nassçs, à surveiller les martilières (vannes) des étangs. Les
deux plus jeunes sont à Arles, chez la grand'mère; et ils y !î .
resteront jusqu'à ce qu'ils aient appris à lire et qu'ils aient 25
fait leur bon jour (première communion), car ici on est trop
loin de l'église et de l'école, et puis l'air de la Camargue ne
/'
f.
r''
77 j; • -.
lOO CHOIX DE CONTES DE DAUDET
vaudrait rien pour ces petits. Le fait est que, l'été venu, . '
quand les marais sont à sec et que la ysiSQ blanche des
roubines se crevasse à la grande chaleur, Pile n'est vraiment
pas habitable.
^ 5 J'ai vu cela une fois au mois d'août, en venant tirer les
^ hallebrands, et je n'oublierai jamais l'aspect triste et féroce
^ de ce paysage embrasé. De place en place, les étangs
fumaient au soleil comme d'immenses cuves, gardant tout c>
au fond un reste de vie qui s'agitait, un grouillement de (<v
lo salamandres, d'araignées, de mouches d'eau cherchant q,,/'
des coins humides. Il y avait là un air de peste, une brume /
de miasmes lourdement flottante qu'épaississaient encore
d'innombrables tourbillons de moustiques. Chez le garde,
tout le monde grelottait, tout le monde avait la fièvre, et
15 c'était pitié de voir les visages jaunes, tirés, les yeux cerclés,*
trop grands, de ces malheureux condamnés à se traîner,
pendant trois mois, sous ce plein soleil inexorable qui brûle
les fiévreux sans les réchauffer . . . Triste et pénible vie
que celle de garde-chasse en Camargue! Encore celui-là
20 a sa femme et ses enfants près de lui; mais à deux lieues
plus loin, dans le marécage, demeure un gardien de chevaux
qui, lui, vit absolument, seul d'un bout de l'année à l'autre
et mène une véritable existence de Robinson.^ Dans sa
cabane de roseaux, qu'il a construite lui-même, pas un
25 ustensile qui ne soit son ouvrage, depuis le hamac d'osier
tressé, les trois pierres noires assemblées en foyer, les pieds
de tamaris taillés en escabeaux, jusqu'à la serrure et la
clef de bois blanc fermant cette singulière habitation.
L'homme est au moins aussi étrange que son logis.
30 C'est une espèce de philosophe silencieux comme les soli-
taires, abritant sa méfiance de paysan sous d'épais sourcils
en broussailles. Quand il n'est pas dans le pâturage, on le
y -
/
EN CAMARGUE lOI
trouve assis devant sa porte, déchiffrant lentement, avec
une application enfantine et touchante, une de ces petites
brochures roses, bleues ou jaunes, qui entourent les fioles
pharmaceutiques dont il se sert pour ses chevaux. Le
pauvre diable n'a pas d'autre distraction que la lecture, 5
ni d'autres livres que ceux-là. Quoique voisins de cabane,
notre garde et lui ne se voient pas.* Ils évitent même de se
rencontrer. Un jour que je demandais au rouddtoû^ la
raison de cette antipathie, il me répondit d'un air grave:
— C'est à cause des opinions ... Il est rouge, et moi 10
je suis blanc.
Ainsi, même dans ce désert dont la solitude aurait dû les
rapprocher, ces deux sauvages, aussi ignorants, aussi naïfs
l'un que l'autre, ces deux bouviers de Théocrite,' qui vont
à la ville à peine une fois par an et à qui les petits cafés 15
d'Arles, avec leurs dorures et leurs glaces, donnent l'éblouis-
sement du palais des Ptolémées,* ont trouvé moyen de se
haïr au nom de leurs convictions politiques!
-^ /■ Ol* '-*'i Le Vaccarès
n>^
Ce qu'il y a de plus beau en Camargue, c'est le Vaccarès.
Souvent, abandonnant la chasse, je viens m'asseoir au bord 20
de ce lac salé, une petite mer qui semble un morceau de la.
grande, enfermé dans les terres et devenu familier par sa'
captivité même. Au lieu de ce dessèchement, de cette
aridité qui attristent d'ordinaire les côtes, le Vaccarès, sur
son rivage un peu haut, tout vert d'herbe fine, veloutée, 25
étale une flore originale et charmante: des centaurées, des
trèfles d'eau, des gentianes, et ces jolies saladelles,^ bleues
I02 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
en hiver, rouges en été, qui transforment leur couleur au
changement d'atmosphère, et dans une floraison ininter-
rompue marquent les saisons de leurs tons divers.
Vers cinq heures du soir, à l'heure où le soleil décline,
5 ces trois lieues d'eau sans une barque, sans une voile pour
limiter, transformer leur étendue, ont un aspect admirable.
Ce n'est plus le charme intime des clairSy des routines,
apparaissant de distance en distance entre les plis d'un
jf, 'i [terrain marne ux sous lequel on sent l'eau filtrer partout,
lo^prête à se montrer à la moindre dépression du sol. Ici,
l'impression est grande, large.
De loin, ce rayonnement de vagues attire des troupes de
' macreuses, des hérons, des butors, des flamants au ventre
' '^ blanc, aux ailes roses, s'alignant pour pêcher tout le long
15 du rivage, de façon à disposer leurs teintes diverses en une
longue bande égale; et puis des ibis, de vrais ibis d'Egypte,
bien chez eux dans ce soleil splendide et ce paysage muet.
De ma place, en effet, je n'entends rien que l'eau qui
' ' \ ' ckpote, et la voix du gardien qui rappelle ses chevaux dis-
. ^20 perses sur le bord. Ils ont tous des noms retentissants*.
*Cifer! . . . (Lucifer) . . . L'Estello! . . . L'Estoumello! ...»
Chaque bête, en s'entendant nommer, accourt, la crinière
au vent, et vient manger l'avoine dans la main du gardien.
Plus loin, toujours sur la même rive, se trouve une grande
25 manado (troupeau) de bœufs paissant en liberté comme les
chevaux. De temps en temps, j'aperçois au-dessus d'un
bouquet de tamaris l'arête^ de leurs dos courbés, et leurs
petites cornes en croissant qui se dressent. La plupart de
ces bœufs de Camargue sont élevés pour courir^ dans les •
zo ferrades,^ les fêtes de villages; et quelques-uns ont des noms
déjà célèbres par tous les cirques de Provence et de Lan-
guedoc. C'est ainsi que la manado voisine compte entre
T
LA PENDULE DE BOUGIVAI I03
autres un terrible combattant appelé le Romain^ qui a
décousu je ne sais combien d'hommes et de chevaux aux
courses d'Arles, de Nîmes,* de Tarascon.^ Aussi ses com-
pagnons l'ont-ils pris pour chef; car dans ces étranges
troupeaux les bêtes se gouvernent elles-mêmes, groupées 5
autour d'un vieux taureau qu'elles adoptent comme con-
ducteur. Quand un ouragan tombe sur la Camargue,
terrible dans cette grande plaine où rien ne le détoiu-ne, ne
l'arrête, il faut voir la manado se serrer derrière son chef,
toutes les têtes baissées toiunant du côté du vent ces larges 10
fronts où la force du bœuf se condense. Nos bergers
provençaux appellent cette manœuvre: vira la bano au
giscle — tourner la corne au vent. Et malheur aux trou-
peaux qui ne s'y conforment pas! Aveuglée par la pluie,
entraînée par l'ouragan, la manado en déroute tourne sur 15
elle-même, s'effare, se disperse, et les bœufs éperdus,
courant devant eux pour échapper à la tempête, se pré-
cipitent dans le Rhône, dans le Vaccarès ou dans la mer.
LA PENDULE DE BOUGIVAL
De Bougival' à Munich
C'était une pendule du second Empire,* une de ces
pendilles en onyx algérien, ornées de dessins Campana,* 20
qu'on achète boulevard des Italiens® avec leur clef dorée
pendue en sautoir'' au bout d'un ruban rose. Tout ce
qu'il y a de plus mignon, de plus moderne, de plus article
Paris.* Une vraie pendule des Bouffes,' sonnant d'un joli
timbre clair, mais sans un grain de bon sens, pleine de 25
lubies, de caprices, marquant les heures à la diable,^® passant
I04 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
les demies, n'ayant jamais su bien dire que Pheure de la
Bourse à Monsieur et Pheure du spectacle Madame. Quand
la guerre éclata, elle était en villégiature à Bougival, faite
exprès pour ces palais d'été si fragiles, ces jolies cages à
5 mouches en papier découpé, ces mobiliers d'une saison,
guipure et mousseline flottant sur des transparents,^ de
soie claire. A Parrivée des Bavarois, elle fut une des
premières enlevées; et, ma foi! il faut avouer que ces gens
d'outre-Rhin sont des emballeurs bien habiles, car cette
lo pendule-joujou, guère plus grosse qu'un œuf de tourterelle,
put faire au milieu des canons Krupp et des fourgons
chargés de mitraille le voyage de Bougival à Munich,
arriver sans ime fêlure, et se montrer dés le lendemain,
Odeon-platz, à la devanture d'Augustus Cahn, le marchand
15 de curiosités, fraîche, coquette, ayant toujours ses deux fines
aiguilles, noires et recourbées comme des cils, et sa petite
clef en sautoir au bout d'un ruban neuf.
L'Illustre Docteur-Professeur Otto de Schwanthaler
Ce fut un événement dans Munich. On n'y avait pas
encore vu de pendule de Bougival, et chacun venait regarder
20 celle-là aussi curieusement que les coquilles japonaises du
musée de Siebold.^ Devant le magasin d'Augustus Cahn,
trois rangs de grosses pipes fumaient du matin au soir, et
le bon populaire de Munich se demandait avec des yeux
ronds et des ^Mein GoU^^ de stupéfaction à quoi pou-
25 vait servir cette singulière petite machine. Les journaux
illustrés donnèrent sa reproduction. Ses photographies
s'étalèrent dans toutes les vitrines; et c'est en son hon-
neur que l'illustre docteur-professeur Otto de Schwanthaler
composa son fameux Paradoxe sur les Pendules^ étude
XA PENDULE DE BQUGIVAL I05
phîlosophico-humoristique en six cents pages où il est traité
de l'inâuence des pendules sur la vie des peuples, et logique-
ment démontré qu'une nation assez folle pour régler l'em-
ploi de son temps sur des chronomètres aussi détraqués que
cette petite pendule de Bougival devait s'attendre à toutes 5
les catastrophes, ainsi qu'un navire qui s'en irait en mer
avec une boussole désorientée. (La phrase est im peu
longue, mais je la traduis textuellement.)
Les Allemands ne faisant rien à la légère, l'iUustre doc-
teur-professeur voulut, avant d'écrire son Paradoxe, avoir ic
le sxijet sous les yeux pour l'étudier à fond, l'analyser
minutieusement comme un entomologiste; il acheta donc
la pendule, et c'est ainsi qu'elle passa de la devanture
d'Augustus Cahn dans le salon de l'illustre docteur-pro-
fesseur Otto de Schwanthaler, conservateur de la Pinaco- 15
thèque,* membre de l'Académie des sciences et beaux-arts,
en son domicile privé, Ludwigstrasse, 24.
Le Salott des Schwanthaler
Ce qui frappait d'abord en entrant dans le salon des
Schwanthaler, académique et solennel comme une salle de
conférences,^ c'était une grande pendule à sujet' en marbre 20
sévère, avec une Polymnie* de bronze et des rouages très
compliqués. Le cadran principal s'entourait de cadrans
plus petits, et l'on avait là les heures, les minutes, les saisons,
les équinoxes, tout, jusqu'aux transformations de la lune
dans un nuage bleu clair au milieu du socle. Le bruit de 25
cette pmssante machine remplissait toute la maison. Du
bas de l'escalier, on entendait le lourd balancier s'en allant
d'im mouvement grave, accentué, qui semblait couper et
mesurer la vie en petits morceaux tout pareils; sous ce tic-
I06 CHOIX DE CONTES DE DAUDET
tac sonore couraient les trépidations de Taiguille se dé*
menant dans le cadre des secondes avec la fièvre laborieuse
d'une araignée qui connaît le prix du temps.
Puis l'heure sonnait, sinistre et lente comme ime horloge
5 de collège, et chaque fois que l'heure sonnait, il se passait
quelque chose dans la maison des Schwanthaler. C'était
M. Schwanthaler qui s'en allait à la Pinacothèque, chargé
de paperasses, ou la haute dame de Schwanthaler revenant
du sermon avec ses trois demoiselles, trois longues filles
lo enguirlandées^ qui avaient l'air de perches à houblon; ou
bien les leçons de cithare, de danse, de gymnastique, les
clavecins qu'on ouvrait, les métiers à broderies, les pupitres
à musique d'ensemble qu'on roulait au milieu du salon,
tout cela si bien réglé, si compassé, si méthodique, que
15 d'entendre tous ces Schwanthaler se mettre en branle* au
premier coup de timbre, entrer, sortir par les portes ouvertes
à deux battants, on songeait au défilé des apôtres dans
l'horloge de Strasbourg,' et l'on s'attendait toujours à voir
sur le dernier coup la famille Schwanthaler rentrer et dis-
20 paraître dans sa pendule.
Singulière Influence de la Pendule de Bougîval sur une
Honnête Famille de Munich
C'est à côté de ce monument qu'on avait mis la pendule
de Bougival, et vous voyez d'ici l'effet de sa petite mine
chiffonnée.* Voilà qu'un soir les dames de Schwanthaler
étaient en train de broder dans le grand salon, et l'illustre
25 docteur-professeur lisait à quelques collègues de l'Académie
des sciences les premières pages du Paradoxe, s 'interrom-
pant de temps en temps pour prendre la petite pendule et
faire pour ainsi dire des démonstrations au tableau.* • . •
LA PENDULE DE BOUGIVAL I07
Tout à coup, Éva de Schwanthaler, poussée par je ne sais
quelle curiosité maudite, dit à son père en rougissant:
* O papa, faites-la sonner. *
Le docteur dénoua la clef, donna deux tours,^ et aussitôt
on entendit un petit timbre de cristal si clair, si vif, qu'un 5
frémissement de gaieté réveilla la grave assemblée. Il y
eut des rayons dans tous les yeux:
•Que c'est joli! que c'est joli!* disaient les demoiselles
de Schwanthaler, avec un petit air animé et des frétille-
ments de nattes' qu'on ne leur connaissait pas. 10
Alors M. de Schwanthaler, d'une voix triomphante:
* Regardez-la, cette folle de française! elle sonne huit
heures, et elle en marque trois!*
Cela fit beaucoup rire tout le monde, et, malgré l'heure
avancée, ces messieurs se lancèrent à corps perdu' dans des 15
théories philosophiques et des considérations interminables
sur la légèreté du peuple français. Personne ne pensait
plus à s'en aller. On n'entendit même pas sonner au
cadran de Polymnie, ce terrible coup de dix heures, qui
dispersait d'ordinaire toute la société. La grande pendule 20
n'y comprenait rien. Elle n'avait jamais tant vu de gaieté
dans la maison Schwanthaler, ni du monde au salon si tard.
Le diable c'est que lorsque les demoiselles de Schwanthaler
furent rentrées dans leur chambre, elles se sentirent l'estomac
creusé par la veille et le rire, comme des envies de souper; 25
et la sentimentale Minna, elle-même, disait en s 'étirant les
bras:
«Ah! je mangerais bien une patte de homard.»
I0& CHOIX DE CONTES DE DAUDET
De la Gaieté,^ Mes Enfants, de la Galeiél
Une fois remontée, la pendule de Bougival reprit sa vie
déréglée, ses habitudes de dissipation. On avait commencé
par rire de ses lubies; mais peu à peu, k force d'entendre
ce joli timbre qui sonnait à tort et à travers, la grave maisojti
5 de Schwanthaler perdit le. respect du temps et prit les jours
avec une aimable insouciance. On ne songea plus qu'à
s'amuser; la vie paraissait si courte, maintenant que toute»
les heures étaient confondues! Ce fut un bouleversement
général. Plus de sermon, plus d'études I Un besoin de
lo bruit, d'agitation. Mendelssohn et Schumann' semblèrent
trop monotones; on les remplaça par la Grande Duchesse^
le Petit Fatisi, et ces demoiselles tapaient, sautaient, et
l'illustre docteur-professeur, pris lui aussi d'une sorte de
vertige, ne se lassait pas de dire: *De la gaieté, mes enfants,
15 de la gaieté! ...» Quant à la grande horloge, il n'en
fut plus question. Ces demoiselles avaient arrêté le balan^
cier, prétextant qu'il les empêchait de dormir, et la maison
s'en alla toute au caprice du cadran désheuré.
C'est alors que parut le fameux Paradoxe sur les pendules.
20 A cette occasion, les Schwanthaler donnèrent une grande
soirée, non plus une de leurs soirées académiques d'autre-
fois, sobres de lumières et de bruit, mais un magnifique
bal travesti, où madame de Schwanthaler et ses filles pa-
rurent en canotières de Bougival, les bras nus, la jupe.courte,
25 et le petit chapeau plat* à rubans éclatants. Toute la ville
en parla, mais ce n'était que le commencement. La comé-
die, les tableaux vivants, les soupers, le baccarat; voilà ce
que Munich scandalisé vit défiler tout un hiver dans le
salon de l'académicien. — «De la gaieté, mes enfants, de la
30 gaieté! ...» répétait le pauvre bonhomme de plus en plus
LA PENDULE DE BOUGIVAL IO9
affolé, et tout ce monde-là était très gai en effet. Madame
de Schwanthaler, mise en goût^ par ses succès de canotière,
passait sa vie sur Plsar^ en costumes extravagants. Ces
demoiselles, restées seules au logis, prenaient des leçons de
français avec des officiers de hussards prisonniers dans la 5
ville; et la petite pendule, qui avait toutes raisons de se
croire encore à Bougival, jetait les heures à la volée, en son-
nant toujours huit quand elle en marquait trois . . . Puis,
un matin, ce tourbillon de gaieté folle emporta la famille
Schwanthaler en Amérique, et les plus beaux Titien' de la 10
Pinacothèque suivirent dans sa fuite leur illustre conser-
vateur.
Conclusion
Après le départ des Schwanthaler, il y eut dans Munich
comme une épidémie de scandales. .On vit successivement
une chanoinesse enlever* un baryton, le doyen de ITnstitut 15
épouser une danseuse, un conseiller aulique faire sauter la
coupe ,'^ le couvent des dames nobles fermé pour tapage
nocturne . . .
O malice des choses ! Il semblait que cette petite pendule
était fée, et qu^elle avait pris à tâche d'ensorceler toute la 20
Bavière. Partout où elle passait, partout où sonnait son
joli timbre à Pévent, il affolait, détraquait les cervelles. Un
jour, d'étape en étape, elle arriva jusqu'à la résidence;® et
depuis lors, savez-vous quelle partition le roi Louis,^ ce
wagnérîen enragé, a toujours ouverte sur son piano? ... 25
— Les Maîtres chanteurs ?
— Non! ... Le Phoque à ventre blanc/ fi
Ça leur apprendra à se servir de nos pendules.
NOTES
Les Émotions d'un Perdreau Rouge
Page 1. — I. ouverture de la chasse, opening or first day of the
Uunting season.
2. fer à cheval, horseshœ; as partridges grow old, the colors of
the featheis on their breasts assume the shape of a horseshoe.
3. il y regarde à deux fois, i.e. he thinks twice.
Page 2. — I. il n'en était pas à sa première ouverture, he had
gone through more than one opening (of the hunting season),
2. rase-toi; raser ="to raze," "to level with the ground";
se raser = "10 lie flat, to squat down."
Page 4. — I. Bien nous en prit, it was well for us,
2, au vent, in the windage — "the sudden compression of the
air caused by a projectile passing close to another body."
Webster.
Page 5. — I. ferraille, hère, hunting equipment; lit., "scrap-
îron."
P4po B. — I. par quinze oa trente, "as many as fifteen or
ïhirty'* ; from fifteen to thirty at a time,
2. D aurait fallu que les chiens eussent un fameux nez, the
logs would hâve had to hâve a keen scent.
Page 7. — I. voilés, hère, dimmed,
2, c'est si vivant, des ailes, wings are such living things,
3. plomb de hasard, stnay shot.
Le Dernier Livre
Page 8. — I. d'un moment à l'autre, at any time,
2, bibliothèque du hasard, lihrary of second-hand books,
3. sur les quais; the quays along le Seine river are, in some
III
112 NOTES [P. 8-12
parts of Paris and especially near the Latin Quarter, occupied
by second-hand book dealers.
4. ââney loungersy loiUrers.
Page 9. — I. comme si Pon avait éa soleil plein la t&ts^ as if
one*s tnind was flooded with sunlight.
Page 10. — I . à voir, the EngUsh idiom requîres the past
participle; i.e. seen,
2. à la pag!e triste, a référence to a register kept in the City
Hall where ail the deaths that occur în the city are entered.
3. si bien à l'heure, so exactly at the right tinte.
Page 11. — I. rue de la Pompe, the street on whîch the back
door of Victor Huga's house opened; the front of it was on the
Avenue Victor Hugo.
2. petit huis, back door,
3. patriarche de Passy, i.e. Victor Hugo. Fassy was forûierly a
suburb of Paris, but it is now a part of the city.
4. BEarly, a village west of Paris where the waterworks that
feed the famous fountains of Versailles were built by Louis XIV.
5. Sardou, the famous dramatist» was bom în 1833.
6. exemplaires d'amateur, lit., " book-lover's copies,'' î.e,.
specially bound and illustrated copies.
7. la tranche épaisse, non rognés, wiih tktck leaves êmâ ttneiU
gdges,
8. Ce que c'est pourtant que la maine dVibserver, that, ba/Sever,
is the restdt of having a mania for taking notice.
Page 12. — I. M. de Sainte-Beuve, one of the foremost Kter-
ary critics of the nineteenth century, was born in 1804 ajid died
in 1869.
La Vision du Juge de Colmar
2. Cohnar, în Alsace, was the former capital {chef -lieu) of the
Department of Haut-Rhin, which was annexed to Germany ia
1871.
3. Piemperenr GtiîTîanme (WîHîam I), ascended the thitme of
Prussia in 1861 and was BUnperor of Germany from 1871 to hia
death in 1888.
p. 12-161 NOTES 113
4. sa lèvre en fleur, his hlooming Hps,
5. il devait d'avoir, he was indehtedfor having.
6. magistrature assise, office during good behavior; în contrat
with magistcature debout. Judges in France hold life positions,
while government attorneys, public prosecutors, etc., may be
removed from office by the Minister of Justice, and thus hold a
magistrature debout.
Page 13. — I. le même grand christ; in France, at thîs time,
one raised the right hand toward a crucifix, when taking an oath.
2. buste d'empereur, the bust of William I, Empcror of Ger-
many, replacing that of NapOleon III who was taken prisoner by
the Germans at Sedan on Sept, i, 1870.
3. Honeck . . . ballon d'Alsace; two lofty mountains in the
Vosges range; a part of the latter extends betwcen France and
Germany. Daudet probably means hère Hohenech.
4. La forêt Noire, the Black Forest, in the Duchy of Baden and
Wurtemberg, in Southern Germany.
5 . Thann, Munster, two cities in Alsace now a part of Germany.
6. Vosges, cf. note 3.
Page 14. — I . gamitiures d'indienne, trimmings; curtains of
printed calico, Caiico takes its name from Caticut, in the East
Indies, where it was first manufactured.
2. enfants de lait, nursing children,
3. Spandau, a fortified town near Berlin where many French
soldiers were kept prisoners during the Franco-German war
(1870-71).
4. incrusté, hère y fast.
Page 16. — I. Saar, a river which rises in the Vosges, flows
through Alsace and empties into the Moselle. There are exten-
sive iron and coal mines on the hillsides of the Saar.
2. des robes noires, des robes rouges; black gowns, red gowns.
In France judges seating in the lower courts wear black gowns
while those having charge of the Courts of Appeal wear red
ones.
Page 16. — I. qui mènent le deuil, who are chief mourners.
2, Bismarck (181 5-1898), the great German statesman; made
114 NOTES [P. 17-20
chancellor by William I of Prussia, he was largely responsible
for the successful issue of the Franco-German war and the
establishment of the German Empire.
Page 17. — I. se tord {tordre— to twist), «5 convulsed wUh
laughUr,
La Partie de Billard
2. sac au dos . . . Panne au pied, their knapsacks strapped on
their backs . . . their rifles resting near their feet; note use of
thèse two military expressions to describe the soldiers' long
wait.
3. passées, hère, sleepless; passed (without sleep) while on
duty.
4. pleins, hère, soaked.
Page 18. — I. Louis Xm (1601-1643), in Louis XIII style.
2. le grand lAchez-tout, the complète confusion.
Page 19. — I. toute une fin de repas, ail the features of a
meal just over,
2. des grogs, wUh glasses of grog.
3. Compiègne, a city north of Paris, in which there is a
handsome château and a state forest where Napoléon III
(1852-1870) used to hâve hunting meets.
Page 20. — I. sanglé, with a tight-fiuing coat on,
2. ganté de clair, qui est de première force au billard, wùh
light gloves on and who is a first-rate billiard player,
3. rouler, slang, beat.
4. tenons-nous bien, be very careful/ Look ont/
5. croisent leurs couleurs; billiards are played with one icd
and two white balls; in rebounding from the cushions they pass
each other at various angles. — les bandes rendent bk&n, the
cushions are quick or lively.
6. effet de recul, draw-shot.
7. en mettant du blanc, while chalking his eue.
8. Turenne, one of the most famous gênerais of France« was
bom in 1611 and killed at Salzbach (Alsace) in 1675.
p. 21-23] NOTES II5
Page 21. — I. Quand je votis disais, didnH I tell you.
2. Ce que c'est pourtant que d'être jeune, cf. page 11, note 8.
3. partie gagnée, *'the game"
4. rouge comme un coq, red as fire; red as a beet; this phrase
complète should be comme une crêie de coq, ''red as a rooster's
comb."
5. c'est bon . . . Tout à l'heure, ihat is enough, . . . waii a while,
6. nom d . . . D . . . =B nom de Dieu, a coarse f orm of swearing.
Page 22. — i. par exemple, hère, but.
2. cela chauffe, slang, things are getting exciling,
3. le miroir refers to the lake.
L* Enfant Espion
4. moucherons, lit., "gnat," hère, little feUows,
5. gardait un square, was a park policeman, — quartier du
Temple, a part of Paris, in the center of the city, mainly inhabited
by the middle class.
Page 23. — i. les vieilles dames à pliants, old ladies who
carry camp chairs,
2. le I^uis trotte-menu, lit., "those Parisians who walk with
short steps''; this expression refers to bonnes and vieilles dames à
pliants.
3. la classe, hère, school, not "the class."
4. leurs bonnes manières, their kindly ways,
5. le siège, i.e. the siège of Paris by the Germans from Sep-
tember 19, 1870, to January 28, 1871.
6. mutuelle, a school in which children teach each other under
the direction of a master.
7. musique, hère, band.
8. celle du 96^ ne valait pas grand'chose, that (the band) of
the gôth (régiment of infantry) was not goodfor much,
9. queues, people standing in Une, During the siège ail pro-
vision stores were under the control of the govemment and
objects of necessity were sold at a price fixed by the city authori-
ties. Hence the people had to stand in Une and wait their tum
to make their purchases.
Il6 NOTES [P. 24-27
Pag6 ^. — I. sans gaz, without gas-Hght. In the latter part
of the siège, the supply bî coal gave out and no gas could be
provided.
2. parties de bouchon, a game in which coins are placed on a
cork standing in the center of a circle drawn on the ground.
With another coin, the players try to knock the cork down; if
they succeed in doing so and if the coins that were on the cork
remain inside of the circle, they belong to the player, but if, on
the other hand, they roU outside of the circle, the player has to
add to the coins already on the cork an amount equal to those
which roUed outside of it.
3. galoche, the same as the jeu de bouchon.
4. la place du Chateau-d'Eau, in the central part of Paris, îs
now called Place de la République,
5. avec des yeux, with amazement,
6. gnuod, bigfellow, large boy,
7. pièces de cent ^ouSy five franc pièces — popular ter m.
8. Ça te fait loucher, slang, that amazes you; lit., '4hat makes
you squint.'*
9. et du coup, and then^ as a conséquence of il,
10. filaient à plat, shooting by^flat.
Page 26. — i. la porte de Flandres, the Flanders Cate, in the
northern part of Paris.
2. sédentaire, lit., ''sedentary".; militiaman whose duties are
confined to the guard of the city.
3. voix de pauvre, "beggar's voice," i.e. pitiftU voice.
4. Aubervilliers, a town a few miles north of Paris.
5. c'est le grand qui riait, and how the bigfellow laughedt
6. Soissons, a town northeast of Paris.
7. garde-barrière, gate-keeper. In France ail railroad crossings
are protected by a gâte.
Page 26. — i. y aura du tabac, soldier's slang; there wiU be a
hard flght,
2. ce sacré Bourget, that accursed Bourget — a village north of
Paris in which two bloody battles were fought, 28th to 30th of
October and December 21, 1870.
Page 27. — verve faubourienne, coarse Parisian wit.
p. 28^3^ NOTES ZI7
Page 28. — i. au Marais, a part o£ the third and fourth dis-
tricts of Paris, inhabited mainly by the middle class. It com-
prises the island on which the cathedral of Notre-Dame stands,
and takes its name from the former marshy condition of the soil.
2. grand . . . Cf. page 24, note 6. Little Stenne does not as
yet know the name of his companion.
3. F ... le camp! Gei away front hère! A rather coarse
expression.
4. Bas chôliy ça . . . Bas chôli'^^a^ joli ça , . , pas joli; so
spclt to render the German accent in pronouncing French.
Page 29. — i. la Coumenve, a small village north of Paris.
2. canal> the St. Martin canal, now completely vaulted over
but still In constant use, is hère mcant.
3. tu irais, y ou would fighi,
4. Aubervilliersi the Aubervilliers fort, not the town, is hère
referred to.
5. ses fortSi the forts (from cannon reports). Note use of
possessive instead of deônite article in English.
Page 30. — I . se numérotait^ were answering the roll call;
Ut., "beîng numbered."
2. c'est bon, hère, ail righty not, "it is good.'
»»■
Le Maîjvais Zouave
Page 31. — 1. Sainte-liarie-aux-Mines, a village in northern
Alsace, near Colmar (cf. page 12, note 2), and now belonging
to Germany.
2. la sortie, the coming out (of workmen), i.e. the workmen
Corning out»
3, A qui en as-tu voyonS} corne now^ ivith whom are you angry ?
Page 32. — i. Algérie, Algeria^ a very important and pros-
perous French colony on the northern coast of Africa.
2. Us ont le mal du pays, they are homestck.
3. la mère, this use of the deônite article before père^ mhre^
etc., is confined to the laboring classes and lower middle class.
4. autres, hère for emphasis, but untranslatable.
il8 NOTES tP.32-3r
5. les derniers, hère, the worst,
6. chasseurs de France, the name of a few régiments of light
cavalry. Also note chasseurs de France as opposed to chasseurs
d'Afrique, a part of the French cavalry usually garrisoned in
Algeria.
7. ces effacements que font les couleurs vives, that (''oblitéra-
tion") contrait made hy deep colors in a hright light,
8. Je suis bien bon de me monter la tète, / am very foolish to
get excited,
9. descendu, slang, killed,
10. la Ville de Strasbourg, the sign of the tavern.
Page 33. — I. je veux bien, 7 agrée to that; I admit.
2. la langue épaisse, speaking thick (from drinking).
3. qu'il s'ennuyait du pays'^il avait le mal du pays; cf. page
32, note 2.
Page 34. — i. tournées, rounds of drinks,
2. c'est bon, cf. page 30, note 2.
Page 36. — i. mon ami, hère, my dear — not "my friend."
Page 36. — i. c'est bien le moins^ it is the least y ou can do,
2. cinq ans, i.e. de service militaire; according to the law now
in force, only two years are required.
3. Sidi-bel-Abbès, a city in the southern part of Algeria.
Le Secret de Maître Cornille
4. vin cuit, hot claret punch*
5. notre pays, refers hère to the old Province of Provence,
now forming the Départements des Basses-Alpes, Bouches-du-
Rhône, Drôme, Vaucluse and Var.
6. Autre temps, a provincialism for autrefois^ "formerly."
7. mas. Provençal îot ferme ^ "farm."
8. mistral, the name given to the northwest wind in Provence;
Ht., "the master.'*
Page 37. — i. Dia hue, two expressions used by drivers in
speaking to their horses; dia means "to the right," hue means
"get up.**
p. 37-421 NOTES I IQ
2 . payaient le muscat, treated us to musccU wine,
3. farandole, a dance popular in Provence.
4. Français, hère opposed to Provençaux, the inhabitants of
Provence.
5. Tarascon, a small town near Marseilies, made celebrated
by Daudet's humorous novels: "Tartarin de Tarascon," "Tar*
tarin sur les Alpes," and "Port Tarascon."
6. Tout beau, tout nouveau, ail that is new is beautiful.
7. pécaïre, an exclamation of southern France; hère, alasf
Page 38. — i. huit jours, a week; not "eight days."
2. tramontane, north wind.
3. de mâle rage, wild with anger,
4. ffrand^ grand-père.
5. magnans, the name given in southern France to silk worms.
6. olivades, the picking of olives; a provincialism.
7. ses, note emphatic use of possessive.
8. baîles (Provençal, baile)ffarnt overseer,
9. en condition, in service»
10. taillole, coat; a provincialism.
Page 39. — i. nous autres, cf. page 32, note 4.
2. allaient toujours letu: train, kept on going,
3. Bonnes vêpres (**vespeTs")*» Bonsoir,
4. mettre le nezj to setfoot; lit., "to put one*s nose.*'
5. la plate-forme, "platform," hère, the level (pièce of ground
on which the mil! stood).
6. qui prenait le soleil, which was basking in the sun,
•
Page 40. — I. tant bien que mal, as well as I could,
2. pensez que, how.
3. prrrt, an onomatopœia cxpressîng the rapidity with which
the young people went off.
4. fermée à double tour, double locked.
Page 41. — I. sitôt dit, sitôt fait, no sooner said than done.
Page 42. — I. Pauvre de moi, poor me; an Italian and Spanish
construction.
2. Pensez donc, Think of iti or Just thinkf
WO NOTSa [F. 43-47
3. qu'il ne s'est rien mis sous la dent, ihat U has ptd nothing
hetween ils teeih»
4. C'est une justice à nous rendre, we must he given crédit for U,
5. personne ne prit sa suite, no one continued his business»
Page 43. — i. coches, lit., "stage coach"; hère muU-drawn
boots»
Un Réveillon dans le Marais
2. Réveillon, midnight repasty usually partaken of after the
midnight mass on Christmas eve, or on New Year's eve. — li-
rais, cf. page 28) note i. ^
3. Place Royale, a public square in that part of Paris called
"Le Marais."
4. Majesté jeune, Majesté Junior»
Page 44. — i. vous, the so-called "ethical dative*^ ("datîve
of interest"), untranslatable in English.
Page 46. — i. Ce que c'est que d'habiter, this is what y ou get
for living in . » »
2. Le portail s'ouvre à deux battants, both wings of the door
are thrown wide open.
3. en rien de temps, in no time,
4. sans timbre, without belMike sound, Le» flot y dulL
5. des yeux effacés, des bijoux endormis,, dim eyesy dull jewels»
Page 46. — i . un grand coup de soleil couchant, a bright ray
of the setting sun»
2- ils vont mettre le feu, they are going to set the house on fire,
3. vapeur, hère, breath»
4. de ce côté, on this point.
5. tournent au plafond, encircle the ceiling»
Page 47. — I. Majesté . . . Majestés; note the play on words.
2. à son de flûte, high pitched,
3. mais non . . . mais si, why no » » » why yes»
4. Rameau (i 683-1 764), a celebrated French composer born
in Burgundy.
5. en mesure, keeping time {with the music); according to the
tempo of the music.
p. 48-62) NOTES 121
Le Pape est Mort
Page 48. — i. grande ville de province, Nîmes în tbe De-
partment of Gard where Daudet was born in 1840 îs hère
meant. That Department is a part of the old province of Lan-
guedoc.
2. rivière, the river Gard is hère referred to. It empties into
the Rhône.
Page 49. — i. un vieux loup de mer, ''an old sea-wolf/' an
old tar, or sea-dog.
2. mouches à vapeur, smaJl steamhoats.
3. Moucheron, cf. page 22, note 4.
Page 50. — I. ia chaîne, a train of barges towed by a tug-
boat.
Page 51. — I. bains froids, "cold hd^hSy * floalîng hath houses.
2. bateaux de Uanchisseuses, laundry boats.
3. par exemple, hère, however,
4. à totttes rames, rowing as fast as I could.
5. la retraite, the retreat, the call to the barracks, played by
a bugle band marching through the streets of garrîsoned cities
in France.
6. au pied levé, lit., **with one foot up'*; trans., al once,
7. renversant, asiounding — a familîar use of thîs word.
8. rien ne me coûtait, / slopped ai ndhing; nothing daunted me.
Page 52. — i. de plus fort^ the most extraordinary; the mosl
remarkable.
2. grande heure, fuH hour.
3. catholique enragée, a very devout Roman Catholic^
4- Ke IX was pope from 1846 to 1878.
5. Pie VU, who came to Paris to crown Napoléon I and
afterwards opposed his divorce from Joséphine, was a prisoner
în the Château of Fontainebleau ncar Paris up to 1814, when he
retumed to Rome.
6. Comediante . . . tragediante (Italîan); thèse appellations
are saîd to havie becn applied to Napoléon by Pope Pius VII in
onc of the numerous quarrels he had with the French Emperor.
122 NOTES [P. 63-57
Page 63. — i. stéréotypé, hère, unchanged farm.
2. Saône (pron. Sône), a river that has its source in the Vosges
mountains in eastern France and empties into the Rhône.
3. argyronètes, water spiders.
Le Porte-Drapeau
4. c'est, hère, because.
Page 64. — i . à trois brisques, wUh three stripes on his
sleeve, showing that he had already served three terms in the
army, i.e. 21 years, according to the law prior to 1870.
Page 66. — i. Bomy . . . Gravelotte, two villages near Metz,
in Lorraine, where, on August i4th and i6th, 1870, two of the
bloodiest battles of the Franco-German war were fought.
2. Metz, a fortified town in Lorraine on the river Moselle, was
annexed to Germany in 187 1.
Page 66. — i. Bazaine, a field-marshal who was commander-
in-chief of one of the French armies and surrendered it and the
city of Metz to Germany. He was tried for treason and con-
demned to death, but this sentence was commuted into life
imprisonment. He succeeded in escaping from prison and died
in Spain in 1888. During the Mexican war (i 862-1 867) he also
was at the head of the French army and won several victories
over the Mexicans commanded by Juarez.
2. Enlevons-le, let us take him away; a colloquial and rather
common phrase.
3. Tonnerre de Dieu, do not translate; this phrase sounds mild
when translated into English, but to the French it is strong and
coarse.
4. toujours, hère, anyway.
Page 67. — i. Allons donc, équivalent to the coUoquialism :
go away!
2. il refers to Marshal Bazaine.
3. Mexico, Mexico City, not the country, the French for which
is Mexique. Also cf. page 56, note i.
4. passer sur le ventre des Prussiens, ctU through the Prussian
Unes,
p. 67-61] NOTES 123
5. ne l'entendait pas ainsi, would hâve none of ihat.
6. F . . . moi la paix, *'give me peace/' leave me alone; cf.
F , . , le camp y page 28, note 3.
Page 68. — i. c'est à toi, it is your turn.
2. n s'agissait bien d'un reçu, '^a question, indeed, of a re-
ceiptl^' What did he care aboid a receipU
Page 69. — i. à pleines mains, vnth both hands.
Les Petits Pâtés
2. Versaillais, i.e. the regular troops. Paris wa& in the hands
of the Communists from March i8th to the end of May, 1871.
The regular government and gênerai staff of the army were
located at Versailles; hence the name Versaillais given to the
regular army by the people of Paris.
Page 60. — I . l'île Saint-Louis, an island formed by two
branches of the Seine river in the center of Paris.
2. Marais, cf. page 28, note i.
3. me de Rivoli, one of the longest and most frequented streets
in Paris, where are found shops and hôtels. It takes its name
from the village of Rivoli in Italy where Bonaparte conquered
the Austrians in 17Q7.
4. Qu'est-ce que cela lui faisait la bataille, whal did he care
ahout the fight.
5. pour le coup de midi, at twelve o^clock sharp.
6. chassepot, the rifle then used in the army; it would now be
called Lebelf both words being the names of the inventors of
those arms.
Page 61. — I. en furent quitte pour la peur, got out of it
with nothing worse than fright,
2. l^otel de ville, City Hall; the building hère referred to
was burned down a few days later by the Communists. A new
structure has been erected on the same site.
3. un froufrou d'endimanchement, the rustling of Sunday
dresses,
4. n'avait jamais de la vie avancé ni retardé, had never in thé
world been fast or slow.
124 NOTES [P. 62-67
»>
Page 62. — i. creuse, hère, increases; lit., "digs.*
2. Neuilly, a city north of Paris, and likewise on the river
Seine.
3. Rigault (Raoul), a member of the Communistic govem-
ment.
Page 63. — i. ils firent leur compte, they managed it,
2. c'est bon, mpn vieux . . ., ail righty oldfellow.
3. Champs-Elysées, the most famous of Paris parks,
4. chasseurs, cf. page 32, note 6.
5. à se donner le bras, to walk arm in arm,
6. n'avait plus sa tête, was oui of his mind.
Page 64. — i. Félix Pyat . . . Delescluze, two members of
the Communistic government.
2. cour de l'Orangerie, a large court in front of a hot-house
built by Louis XIV for the cultivation of orange trees.
Le Phare des Sanguinaires
Page 65. — i. Sanguinaires, a group of islands west of
Corsica, near the entrance to the Bay of Ajaccio.
2. moulin, an imaginary wind-mill where Daudet assumes that
he wrote ^^ Lettres de Mon Moulin."
3. insomnies, hère, sleepless nights.
4. Ajaccio, the principal city of the island of Corsica in the
Mediterranean Sea.
5. maquis, the name given in Corsica to ground covered with
brush and trees.
6. plate-forme, cf. page 39, note 5.
7. en ogive, with its pointed arch.
Page 66. — I. éparpillement, "scattering," hère, musing;
aimless thinking.
Page 67. — i . bouillabaisse, fish stew; a Provençal dish.
2. couchant, rays of the setting sun; sunset.-
3. gouailles, a kind of sea fowl.
4. aïoli, a Southern dish into which garlic (Fr., ail) enters to
a large extent.
p. €7-71] NOTES 125
5 - en train, hère, being prepared; cooking,
6. scopa, an Italian game of cards.
7. pensez donc, cf. page 42, note 2.
lPag6 68. — I. la vague, in English the plural number is used.
2. pouf! hangl
3. lanterne, hère, lamp-house.
Page 69. — i. Tenez, hère, indeed,
2. Plutarque, i.e. Plutarch^s LiveSf a leamed collection of
biographies of famous Greeks and Romans, written by the
celebrated Greek historian Plutarch, who was born in the year
50 A.D. and died in 120.
3. gros poids d'horloges qu'on remontait, of big dock weightSy
that were being wound up; the light in this lighthouse was a
revolving light put in motion by clockwork.
Page 70. — I. par exemple, hère, indeed.
2. lampe Carcel, so called after the inventor's name, bumed
végétal oil and was much in use before the discovery of petroleum
in America.
3. Démétrius de Phalère (345-283 b.c.), one of the famous
men included in Plidarch*s LiveSy was a Greek orator, statesman,
and historian.
L'Élixir du Révérend Père Gaucher
Page 71. — I. Vous m'en direz des nouvelles, a very familiar
expression; trans., you will think U is fine,
2 . Graveson, a town in the Département des Bouches-du-Rhône.
3. deux doigts, the height (in a glass) of the breadth of two
fingers,
4. J'en eus l'estomac tout ensoleillé, my stomach was bathed in
sunshine.
5. Prémontrés, a monastic order founded in 1220.
6. chartreuse, a cordial made by the Carthusian monks.
Their principal monastery was, until a short time ago, located
near Grenoble in southeastern France, but they are now located
at Tarragone (Spain), where they went after the decree of expul-
sion from France.
tna9
? J
126 NOTES [P. 71-74
7. sans y entendre malice, wUhotU meaning anytking wrong;
without any mischievous intention,
8. Erasme, Erasmus^ a Dutch scientist known for his religious
scepticism (i 467-1 536). As he wrote in Latin, the French some-
times call him ** Le Voltaire latin, *^ — d'Âssoucy, a burlesque
French poet of the seventeeuth century.
Page 72. — i. la tour Pacôme, thus named after Pacome, a
hermit of the fourth century who founded différent monastic
communities. The convent hère referred to is, nevertheless,
purely imaginary,
2. pas une porte qui tint, not a door which hung; every door
was loose or unhinged.
3. Carmargue, an island formed by two branches of the
Rhône river near its mouth.
4. citre (Provençal), a kind of lemon.
5. vont, hère, hecome,
6. frère, lay-brother^ in opposition to the ordained members
of the order called pères.
Page 73. — i. pays des Baux, a small locality along the lower
part of the Rhône; this is one of numerous purely local territorial
divisions.
2. pater noster, the two first words in the Latin version of the
Lord's Prayer; trans., the Lord's Prayer,
3. et des bras, and with ail his might.
Page 74. — i. Alpilles, the lower part of the Alps; a local
expression.
2. il y a belles années de cela, it was many years ago.
3. Saint-Augustin (354-430), the most celebrated of the
Fathers of the Latin church.
4. la Trappe, a celebrated monastic order founded ip 1140, the
members of which make a cordial called ** Trappistine,*' — la
Grande . . ., supply Chartreuse, was the name of the convent
where the cordial (chartreuse) was made. Cf. page 71, note 6.
5. séance tenante, on the spot,
6. CoTDiAt = Comtat-Venaissinf now forming the Department
of Vaucluse, belonged to the Pope from 1274 to 1791.
7. dépense, pantry.
p. 74-80] NOTES 127
8. vin cuity cf. page 36, note 4.
9. olives à la picholine, pickled olives.
Page 75. — i. Angélus, the first word of a prayer in honor
of the Virgin Mary, is said three times a day by devout Catholics,
at the toUing of the church bell, at 6 a.m., noon and 6 p.m.
Page 76. — i. en coup de vent, like a gust of wind,
2. On chuchotait de bréviaire à bréviaire, they {the monks)
wkispered to eack other hehind their breviaries,
3. Par emphasizes deux fois.
4. Ave venun, the two ûrst words of a Latin anthem in honor
of Christ: Ave verum corpus natum, etc.
5. mon, notice emphatic use of possessive. -
Page 77. — i. patatin, patatan, tarabin, taraban, meaningless
words like our "tarara boum."
2. coulpe. Latin, culpa; confession^ penance,
3. Vous aurez eu la main trop lourde, you must hâve drunk
ioo much of il; lit., "your hand must hâve been too heavy'*
(while pouring the liquor in the glass).
4. Schwartz, a Bénédictine monk, lived in the fourteenth
century.
Page 78. — i . si elle ne fait pas assez la perle, if it is not
syrup-like enough.
Page 79. — i. cuivre rouge, copper, in opposition to cuivre
jaune, "brass." The word cuivre used alone usually means
"brass."
2. qui lui faisait envie, thcU he was cravingfor.
3. vous aviez des cigales eu tète, you were gay; you were
singing as if you had a head fuU of cicadce.
Page 80. — I . rien ne pouvait, nothing availed,
2. Ifimes, cf. page 48, note i. — Aix, the former capital of
the old Province of Provence is situated about seventeen miles
north of Marseilles. ^^ Avignon, the former capital of the Comtat-
Venaissin (cf. page 74, note 6), was the Pope's résidence from
1309 to 1377. — Marseille, the most important seaport of France
on the Mediterranean.
3. j'en suis là, I am that far gone.
128 NOTES [P. 81-85
TSige 81. — I. Capitou, probably an îmagînary character; un-
less '^ l'âne du Capiiou" is meant hère. — *^Capito'* is the Mar-
seilles expression to designate the chapter of a monastery.
2. l'oraison de saint Augustin, a prayer attributed to St.
Augustine and said to be the first he uttered when about to
abandon his irregular life.
3. vous êtes à couvert, y ou are safe,
4. complies, evening services in a monastery.
5. Oremus Domine, Latin, "Let us pray, O Lord." The
first words of almost every prayer said by the priest in the Catholic
service.
Le Photographe
Page 82. — i. d'essuyem: de plâtres, lit., wall wipers. Con-
trarily to what is done in this country, houses just completed
rent cheaper in Paris than they will a few years later, as it is
thought unhealthy to live in buildings the walls of which are
not thoroughly dry.
2. le cinquième, i.e. the sixth floor. In counting floors in a
house the first floor is called the ^^rez-de-chaussée" (i.e. level
with the Street) and what we call hère the second floor is termed
"Le premier"
3. cloche à melon, melon hell, a glass bell that is used to
cover melons in order to hasten their ripening. — cheminée à
la prussienne, Prussian fireplacey a stove that very much resembles
our Lady Franklin stoves.
Page 83. — t. par exemple, hère, on the other hand,
2. front Itmaire, moon-like forehead.
3. à la garde de Dieu, may God help them,
4. bien, hère expresses hope: there surely will be, — amateur,
hère, customer.
Page 84. — i • cadre, framed photographs.
Page 86. — i. pas avare du tout de son profil, lit., "not at
ail stingy with her profile," i.e. willing to sit as many times as
needed.
2. tel pardi! the first of thèse exclamations is charactcristic
p. 85-88] NOTES 129
of southern France, the second îs a mitigated form of par
Dieu; — trans., of cour se , sure enough,
3. béte de l'Apocalypse, a référence to the fantastic animais
described in St. John's Révélation.
Page 86. — i. ce qu'il peut tenir ... de trois pièces, au
ciiiquième, sur le devant, in translating construe: ce qu'un petit
appartement . . . peut tenir de projets^ and omit U and dans,
2. c'est fini, troubles are over.
Un Membre du Jockey-Clfb
Pag6 87. — I. Cévenols, înhabitants of the Cevennes moun-
tains. Cf. page 88, note 6.
2. la retraite, cf. page 51, note 5.
3. à plusieurs étages, huilt at différent heights (on the side of
the hill).
4. gantés de frais, wiih hrand-new gloves on.
5. des essais de frisure à la russe, attempts at hair curling in
Russian fashion, which was the style during the latter part of
the reign of Napolen III.
6. Meilhac . . . Dumas fils . . ., both French dramatîsts of
wide renown. The former, a writer of satirical comédies and
librettos, was born in 1832 and died in 1897. The latter, the
son of the novelist, and best known in our country as the author
of Camille (La Dame aux Camélias) , was born in 1824 and died
in 1895.
7. Tarascon, cf. page 37, note 5.
Page 88. — i. Comment va, mon bon? How goes it, old JeU
low? Note the expression mon bon, v&ry common in the south
of France.
2. C'est infect . . . C'est crevant, slang, it is disgusting, U is
very droit, oi, funny.
3. dob, club; in the south of France the letter o is pronounced
very short, and almost like a.
4. le boulevard refers hère to that part of the Paris boulevards
extending from the Porte St. Denis to the church Madeleine, and
especially the Boulevard des Italiens and Boulevard des Capu-
130 NOTES [P. 88-02
cines. Ail thèse thoroughfares extend in a somewhat crooked
Une from the Place de la Bastille to the Madeleine. Theîr
combined length is about four miles.
5. se mettre au vert, to soher down; the idiom means, ''to
turn out to grass."
6. Cévennes, cf. page 87, note i. A range of mountains
over 500 kilomcters in length and divided into two parts, the
northern and the southern. The latter is hère referred to.
7. Emile Augier, one of the foremost conte mporary play-
wrights of France, was born in 1820 at Valence (Department of
Drôme) and died in 1889. — M'siett, note elliptical form of
monsieur, implying disdain.
Page 89. — i. le petit Dumas, cf. page 87, note 6.
2. machin, chose, machin, words used when one can't remem-
ber a name.
3. à fleur de tête, readyfor use; the idiom means: ''on a level
with his head."
4. boucles de frisure, curls.
5. par exemple, hère, indeed,
6. livrées, livery, i.e. liveried uniforms worn by coachmen of
the familles of the nobility.
7. tailler un petit bac, to play baccarat — a game of cards.
8. pauvres petits, hère, poor fellows.
Page 90. — frisures Demidoff, cf. page 87, note 5.
Page 91. — I. ma revanche, supply: "give me."
2. la belle, the highest card, usually the ace of trumps.
3. toute remontée, up at the back,
4. N. de D. Cf. page 21, note 6.
5. par paquets, in a flbod.
En Camargue
Page 92. — I. Camargue, cf. page 72, note 3.
2. Galéjon (Provençal Galejoun)^ a species of héron; Char-
lottines (Provençal Charloutino), godwit; oiseaux de prime, the
first flight of migratory birds in the spring.
3. Vous êtes des nôtres, you will be with us, will y ou not?
p. 92-«81 NOTES 13I
4. break, a vehîcle the seats of which are arrangée! lengthwise.
5. est venu me prendre, came for me,
6. Arles, a city on the Rhône River famous for its Roman
arena.
7. l'abbaye de Montmajour, an abbey near Arles, founded by
Bénédictine monks.
8. Ville-des-Bauz, a town built on a rocky hill about four miles
from Arles; cf. page 73, note i.
9. Saint-Troidiynie, the cathedral of Arles.
Page 93. — I. moucharabié, a wooden grating in front of
Windows in Turkey.
2. Guillaume Court-Nez, a legendary character and the hero
of a mediaeval epic, and supposed to hâve waged war against the
Saraccns.
3. ménagers, a provincialism, small farmers,
4. la Roquette, a small town ncar Arles.
5. Royaume d'Arles, a small kingdom established in the
tenth century; it fell into the power of Charles d'Anjou in 1251,
and henceforth foUowed the fate of Provence and was made an
intégral part of France in 1487.
Page 94. — i. Barbentane, a village 18 miles from Arles.
2. Fenimore, the American writer James Fenimore Cooper
is hère meant. — à la Fenimore =looking like one of Coopères
character 5,
3. le nombre des passages, the numher offlights of birds,
4. en pleine Camargue sauvage, in the heart of the wild Ca-
margue,
5. roubines, see Une 14.
Page 96. — i. berceaux, hère, berthsy hunhs,
2. saute, shakos.
Page 96. — i. énorme courant, hère, gale,
2. caleil, hanging lamp; a local expression (Provençal calèu).
Page 97. — i. hemres indécises, twUight hours.
2. clairs, cf. page 94, Une 13.
Page 98. — i. ne laisse pas que de m'intimider un peu, is not
without frightening me somewhat.
132 NOTES [P. 98-103
2. d'un coup de tète à l'artiste, with an artist-like toss of his
head.
3. des poses à l'arrêt, he "points.'*
4. l'heure, hère, night,
5. polissant jusqu'au ton de l'argent fin, reflecting in a silver-
like hue.
Page 99. — I. armature, hère y f rame (of the body).
2. Rouge et Blanc, i.e. Republican and Royalist.
Page 100. — I . les yeux cerclés, their eyes with a dark circle
around them,
2. Robinson, i.e. Robinson Crusoe.
Page 101. — I. ne se voient pas, do not visit one another.
2. roudetroù (Provençal, roudeiroou), lit., "burden carrier,"
but hère game-keeper. Cf. Text, page 94, Une 9.
3. Théocrite, a Greek poet whose works are among the besi
in bucolic poetry (300-220 B.c.).
. 4. Ptolémées, a dynasty of Êgyptian kings.
5. saladelles, a popular name of the sea-lavender.
Page 102. — I. arête, hère, spine.
2. courir, hère, fight. The French and Spanish call a bull-
fight "a bull race": Fr. Course de taureaux^ Span. Corrida de
toros.'*
3. ferrades, lit., "branding o*f cattle or horses," but hère
merry-making connected with the branding of a large number
of animais.
Page 103. — I. Nîmes. Cf. page 48, note i.
2. Tarascon. Cf. page 37, note 5.
La Pendule de Bougival
3. Bougival, a town on the Seine a few miles west of Paris.
4. second Empire, 1852-1870, i.e. the reign of Napoléon III.
5. Campana, an Italian nobleman who sold to France his
collection of works of art and whose name was given to a style
of light, airy décoration.
6. Boulevard des Italiens, one of the most popular streets in
Paris and specially famous for its fine stores. Cf. page 88, note 4.
p. 103-109] NOTES I33
7. en sautoir, crosswise.
8. de plus article de Paris, hère, Parisian style.
9. Boufîes, a playhouse in the Passage Choiseul, mostly
devoted to burlesque opéras.
10. à la diable, at random, or ail wrong.
Page 104. — I. transparents, hère, linings.
2. musée de Siebold, a muséum of natural hîstory, in Munich,
founded by C. T. Siebold, who was made curator of it after
having been for many years professor of physiology in various
imiversities.
3. mein Gott, German équivalent of mon Dieu/
Page 106. — I. Pinacothèque, originally a hall in the Acro-
polis at Athens; hère the Art Muséum in Munich.
2. salle de conférences, lecture hall.
3. sujet, hère y figure.
4. Poljrmnie, the muse of lyric poetry.
Page 106. — I. longues filles enguirlandées, tall and slender
girls dressed up.
2. se mettre en branle, start,
3. Strasbotirg, a city in Alsace which was annexed to Germany
with the province of the same name in 1871. It is famous for
its cathedral and the great antique clock in its tower.
4. chiffonnée, hère, roguish, piquant.
5. au tableau, on the blackboard.
Page 107. — I. donna deux tours, turned the key around twice.
2. nattes, hraided hair; hraids.
3. à corps perdu, headlong.
Page 108. — I. de la gaieté, be merry.
2. Mendelssohn et Schumann, two famous German composers,
the first of whom (i 809-1 847) was born in Hamburg, and the
second (1810-1856) in Zwickau (Saxony).
3. La grande Duchesse, le Petit Faust, two burlesque opéras,
the former by J. Offenbach, the latter by Hervé.
4. chapeau plat, sailor hat.
Page 109. — I. mise en goût, with her appetite whetted;
excited.
134 NOTES [P. 109
2. Isar, a tributary of the Danube, on the banks of which
Munich is situated.
3. Titien (147 7-1 5 76), one of the most famous of the Italian
Renaissance painters, hère means pictures by him.
4. enlever, elope wUh»
5. faire sauter la coupe, to cheat at cards*
6. résidence, heré, the king's palace,
7. le roi Louis, Louis II was King of Bavaria from 1864 to
1886, when he committed suicide by drowning in the Starnberg
lake. For some time he had been confined because of insanity.
8. Le Phoque à ventre blanc, " The white-belli^d Seal/' prob-
ably an imaginary title.
VOCABULARY
fty to, at, with.
abaisser, to lower.
abandon, m., expansion, ex-
citement, abandonment, for-
saking, loneliness.
abandonné, -«, relaxed.
abandonner, to abandon, give
up.
abasourdir, to stun, stupefy.
abat-jour, m., lamp-shade.
abattre, to knock down; s* — ,
to rush down, fall down,
alight (of birds), corne down.
abbé, m., priest, abbot.
abeille,/., bee.
abime, m., abyss.
abîmer (s'), to be absorbed,
sink.
aboiement, m., barking.
abord, m., approach; aux — s,
near to.
abord (d'), at first, in the first
place.
aborder (s*), to meet one an-
other.
aboyer, to bark.
abri, m., shelter; se mettre à
V — , to protect oneself ; à 1' —
de, sheltered from.
abriter, to shelter, hide.
abrutissement, m., brutishness.
absinthe,/., absinthium, worm-
wood.
absoltunent, absolutely.
abuser, to make excessive use
of.
Accablement, m., heaviness.
accabler, to overwhelm.
accentuer, to mark, accent.
accès, m, y spell, fit, attack.
accompagner, to accompany.
accord, m,, agreement; être
d* — , to agrée.
accourir, to run forth.
accrocher, to hang, fasten,
catch, hook; s' — , to cling,
hook, fasten.
accroupi, -e, squat, cowering.
accru, -e, increased.
accueil, m., réception, welcome.
accueillir, to welcome.
acharner (s'), to be intent,
bent.
acheter, to buy; s' — , to buy
for oneself.
achever, to finish, complète,
act-eur, -rice, actor, actress,
performer.
action,/., battle.
adieu, farewell.
admirer, to admire; s' — , to
admire oneself.
adopter, to sélect, adopt.
adoucir, to soften, make soft.
aéré, -e, airy.
affaire,/., affair, task, matter;
— s, condition (of things),
business; se tirer d' — , to get
out of difficulty.
I.3S
136
VOCABULARY
affairé, -e, busy.
affairer (s'), to be busy.
affermir, to ûx ûrmly.
affoler, to madden.
affreu-z, -se, awful.
affubler, to dress up, make up.
affût, nt.f gun carnage, watch;
à P — , on the watch (for
game).
Afnque,/., Africa.
ftgé, -€, old, aged.
agenouiller (s'), to kneel down.
agir, to act; s* — , to be the
question.
agiter, to move, wave (of
flags), stir; s' — , to move
about, be excited, shake.
agneau, m., lamb.
agrandu*, to enlarge; s' — , to
become larger, widen.
agrès, m, plur.y rigging.
ahurir, to amaze, astound.
aide, m., helper, assistant.
aider, to aid, help.
aïeul, -e, grandfather, grand-
mother.
aigle, tn.j eagle.
aigu, -ë, shrill, sharp.
aiguille,/., hand (of clocks).
aiguillette,/., aiglet, point.
*ile, /., wing, windsail (of
wind mills).
ailleurs (d'), besides, moreover.
aimant, m., magnet.
aimer, to like, love.
aîné, -e, eldest.
ainsi, thus, so.
air, m., air, appearance, man-
.ner, tune, atmosphère; avoir
1* — , to look, look like, seem;
courant d* — , draft; en 1* — ,
up; grand — , fresh air.
aise, /., ease; à P — , comfort-
able.
ajouter, to add.
alambic, m., still, alembic.
alangui, -e, languid.
alentour, a round.
alerte,/., alarm.
algérien, -ne, Algerian, from
Algiérs»
alignement, m.. Une.
aligner (s'), to be in a line, get
in Une.
allée,/., walk, path.
alléger, to make lighter.
allemand, -e, German.
aller, to go, become; allons^
come; s'en — , to go away,
go-
allonger, to stretch out, length-
en, grow long; s' — , to grow
long, stretch out, Ue down.
allumer, to kindle, Ught, light
up; s' — , to brighten up,
flame.
alltunette, match.
allure, /., walk, gait, conduct,
appearance, manners.
alors, then.
alouette,/., lark.
alourdir, to make duU, heavy,
stupid.
Alsaaen, -ne, Alsatian.
amande,/., almond.
amandier, m., almond tree.
amateur, w., lover (of things).
ftme,/., soûl.
amener, to bring.
ameuter, to stir up.
ami, -e, friend.
amoindrir, to dwindle, lessen.
amoureu-x, -bc, lover,
amputer, to amputatc.
amusant, -«, amusing, funny.
amuser (s'), to amuse oneself.
an, m., year; jour de V — , New
Year's day; premier de V — ,
New Year's day.
ancêtre, m., ancestor.
ancien, -ne, former, old.
ancien, m., old fellow.
Ane, m., donkey, ass.
angoisse,/., anguish.
anguille, /., eel; soupe d»-
eel stew.
VOCABULARY
137
aubner, to animale, excite, stir
up, give life.
anneau, m., ring,
année,/., year.
annoncer, to announce.
antre, m,, den.
anzieu-x, -se, anxious.
août, m., August.
apercevoir, to perceive, see;
s' — , to notice.
aplanir, to level down.
aplomb (d^), perpendicularly,in
equiîibrium, well balanced,
plumb.
apôtre, m., apostle.
apparaître, to appear.
appareil^ m., caméra, appara-
tus.
appartenir, to belong.
appel, m,, calling, call.
appeler, to call; s' — , to be
caîled.
appliquer (s*) , to apply oneself .
apporter, to bring.
apprendre, to learn.
apprenti, nt., apprentice.
apprêter (s'), to get ready.
approcher (s'), to come near,
approach,
approfondi, -e, deep.
appui, m., support.
appuyer, to lean, rest; s* — , to
îean, rest.
après, after, aîterward.
après-midi,/, w,, aîternoon,
arabe, Arabian, Arabie.
araignée,/., spider; tofle d' — ,
cobweb.
arbre, w., tree; — de couche,
shaft.
arbuste, w,, shrub, small tree.
ardoise,/., slate.
argent, m., money, silver.
argenté, -e, silvery.
argenterie,/., silvenvare.
argentier, w., steward.
arlésien, -ne, of Arles.
arme, /., arm;
coat of
arms; P — au bras, support-
ing arm; prise d'^, call to
arms.
armée,/., army.
armer, to arm, cock (of guns).
armoire, /., closet, wardrobe.
armoiries, /. pltir.y coat of
arms.
aromate, m., aromatic.
arracher, to snatch, pull off.
arrêt, w., stop; en — {hunt)^
pointing.
arrêté, -e, decided, set.
arrêter (s'), to stop.
arrière, m., back, stern; en — ,
pushed back, thrown back.
arrivée,/, arrivai, coming.
arriver, to arrive, come, hap-
pen, occur.
arrondi, -e, rounded, round.
arrosoir, w., watcring-pot.
artilleur, m., artillery man.
assembler, to put logether,
assemble.
asseoir, to sît down; s' — , to
sit down.
assiette,/, plate.
assis, -e, seated.
assister, to assist; — à, to be
présent, attend.
assombri, -e, darkening.
assurer, to fasten.
astiquer, to polish, cleanse.
atelier, ?w., studio, shop.
atours, m. plur,, dress, woman^s
attire.
attablé, -e, seated at table,
attabler (s*), to sit down at a
table.
attacher, to fasten, tie, attach;
s* — , to stick, attach oneself,
attaquer, to attack.
attardé, -e, belated.
atteindre, to reach.
atteler, to draw, harness.
attendre, to wait, cxpect, await,
attendri, -e, moved.
attente,/., waiting, expectation.
138
VOCABULARY
Atterré, -e, overwhelmed.
attirail, m.,-paraphemalia.
attirer, to attract.
attraper, to catch,
attrister, to sadden.
aube,/., dawn, daybreak.
aucun, -e, any; ne . . . — , not
any.
au-dessous, under, below, un-
demeath.
au-dessus, above, over.
audience, /., hearing, session
of a court.
augmenter, to augment, in-
crease.
aujourd'hui, to-day, at présent.
auUque, aulic.
auinette, /., small aider tree.
auprès, near to.
auréole,/., halo.
aussi, also, therefore.
aussitôt, at once, immedîately;
— ... que, as soon ... as.
autant, as many, as much, as
well ; d* — que, so much more
so.
autel, m. y altar.
auteur, m., author.
autonme, m., fall, autumn.
autour, a round.
autre, other.
autrefois, formerly; d* — , of
former times.
avaler, to swallow.
avance,/., advance, lead: d* — ,
in ad van ce.
avancement,/., promotion, ad-
vancement.
avancer, to progress, ad van ce,
go fonR'ard; s' — » to go for-
ward, corne fort h.
avant, iw.. stem, bow.
avant, befone; en — . ahead,
forward.
avant-demi-er, -ère, the one
bt^forv the last.
avant >veille, /.. two da>-s bc-
fore»
avare, stingy.
avec, with.
avenir, w., future; d' — , with a
future.
aventure,/., adventure; par — ,
by chance, perchance.
avertir, to warn, inform.
aveuglant, -e, blinding.
aveugler, to blind.
aviron, m., oar.
avis, m.f opinion.
aviver, to orighten np; s' — , to
bum more brigbtly, brighten
up.
avocat, ntsf lawycr.
avoine,/., oats.
avoir, to hâve; y — , thcre to be.
avouer, to avow, confess, ad-
mît.
avril, m,, April.
B
baiia, M., ban with mm sauce*
balûne,/., lip (of animais).
baccarat, m., a game of cards.
bailler, to yawn.
baiser, to kiss.
baisser, to lower, bend; se — ,
to stoop, bend.
balancer, to balance, swing;
se — , to swing.
balancier, m., pendulum.
balayer, fo sweep.
balcon, m., balcony.
balle,/., bullct.
balourd, -e, dull, heavy, thick-
headed.
banc» m., bench, pew; traîneur
de — , park-bench loafer;
— d'oeuvre, wardens* pew.
bande,/., crowd, band, strip.
barbe, /., beard, whiskers; ft
la — . before one's nose, in
one's face.
barboter, to dabMe.
i baibo, -e, bearded.
VOCABULARY
139
barque,/., boat, craft, barge.
barre,/., helm, tiller, rudder.
barrette,/., cap.
bas, w., bottom, ground floor;
en — , down, down-stairs;
tout — , in a low tone; à — ,
off.
bas, -se, low; jeter à — , to pull
down.
bassine,/., deep and wide pan.
bât, m.f pack saddle.
bataille,/., battle; champ de — ,
battle-field; en — , in battle
Une.
bateau, w., boat; — x de louage,
boats to let; — à vapeur,
steamboat.
bâtisse,/., building.
bâton, m, y stick, staff; — ferré,
iron-pointed stick.
battant, w., leaf (of doors).
battement, w., beating (of
drums), revolving, révolu-
tion, slamming (of doors).
battre, to flap, beat, search;
— en retraite, to retreat; se
— , to fight.
bavard, -e, talkative.
bavardage, w., prattling, talk.
bavarois, -e, Bavarian.
Bavière, /., B avaria (south-
ern Gerraany).
béat, -e, sanctimonious.
beau, bel, -le, beautiful, fine,
good; de plus — , more and
more; avou" — , to do some-
thing in vain.
beaucoup, much, many.
bec, nt.j beak; — de gaz, gas-
jet (of streets).
bégayer, to stammer, stutter.
bègue, stammering.
bêlement, m., bleating (of
sheep) .
bénit, -c, blessed, holy; eau
— e, holy water.
bénitier, w., holy-water basin.
béquille,/., crutch.
béret, w., flat cap.
berger, w., shepherd.
bergerot, m., shepherd boy.
berlinois, -e, of Berlin, inhabi-
tant of Berlin.
besoin, w., need; avoir — , to
need.
bestiaux, m. plur.y cattle; parc
de — , cattle-pen.
bestiole,/., little animal,
béte, stupid, foolish.
bête,/., beast, animal, fool.
bibliothèque,/., library.
biche,/., female deer, roe.
bien, well, very, much, many,
really; eh — , well, very well;
OU — , or else. •
bien -aimé, -e, beloved.
bien-être, w., comfort.
bientôt, soon.
bière,/., béer.
billard, tn., billiards.
bille,/., bail (of billiards).
biscuit, m., hard-tack.
bise,/., north wind.
bizarre, odd, queer.
blafard, -e, wan, dull.
blanc, -he, white.
blancheur,/., whiteness, white
background.
blanchir, to whiten, turn white;
— à la chaux, to white-
wash.
blaser (se), to be surfeited,
tired.
blason, m., coat of arms, bla-
zon.
blé, w., wheat.
blessé, -e, wounded person.
blême, ghastly, pale,
blessure,/., wound.
bleu, -e, blue.
bleuâtre, bluish.
blocus, m. y blocade.
blondin, -e, blonde.
bloquer, to blockade.
blotti, -e, squat, cowerîng.
blottir (se), to squat, cower.
I40
VOCABULARY
bœuf, m. y ox, beef.
bohémien, -ne, Bohemian, gyp-
sy.
boire, to drink.
bois, m, y wood; train de — ,
float of wood, log raft.
boiserie,/., woodwork.
boîte, /., box; — à poudre,
powder horn, powder flask.
bombé, -e, convex.
bon, -ne, good, kind; à quoi — ,
what good would that do;
tenir — , to resist, hold one's
ground.
bonasse, simple, silly.
bond, m. y bound.
bondir, to leap, jump.
bonheur, m., happiness, good
fortune.
bonhomme, m., good man,
good fellow.
bonjour, good day, good morn-
ing.
bonne, /., nurse, servant girl.
bonnet, m., cap.
bord, m. y edge, border, board,
side, brim; de — , on board a
boat; à — , on board.
border, to edge, border.
bordereau, m., account, mémo-
randum.
borne,/., stone carriage step.
botte,/., bunch, boot.
bouche,/., mouth.
bouchée,/., mouthful.
boucher, m. y butcher.
bouchon, m. y cork.
boucle,/., curl, buckle.
boucler, to buckle.
boue,/., mud.
boueu-x, -se, muddy.
bouffant, -€, puflFed.
bouffée,/., fit, whiff.
bouger, to stir, move.
bougie,/., wax candie.
boulanger, m., baker.
boulangerie,/., bakery.
bouledo^^e, m., bulldog.
bouleversement, w., commo-
tion, upheaval.
botileverser, to upset.
bouquet, t»., bunch, thîcket,
clump, flavor (of liquors).
botirdon, m., drone.
boiurdonnement, m., murmur,
humming.
bourdonner, to buzz, hum.
bourgeois, m., citizen, middle-
class man.
boiuriquet, m., donkey.
Bourse, /., stock-exchange,
market.
bousculade,/., jostling.
bousculer, to jostle, push asîde;
se — , to jostle, push one
another.
boussole,/., compass.
bout, m. y pièce, end, bit.
bouteille, /., bottle; mettre en
— s, to bottle.
boutique,/., shop, store.
bouvier, w., ox-drover.
braies, /. plur.y trousers,
breeches.
brandir, to brandish.
, branle, w., swinging; en — , în
motion, ringing.
braquer, to aim, direct,
bras, m., arm; charrette à — ,
push-cart; l'arme au — , sup-
porting arms; — dessus —
aessous, arm in arm.
brave, good, brave.
bravement, bravely.
bretelle,/., suspenders.
breton, -ne, an inhabitant of
Brittany.
bréviaire, w., breviary.
bride,/., bridle; à — abattue,
et full speed.
briller, to shine.
brin, m. y bit.
brique,/., brick.
brisant, w., breaker.
brise, /., breeze; la — d'eau^
the river breeze.
VOCABULARY
141
broché, -e, figured.
brocheur, m,, binder (in paper).
brochure,/., booklet, brochure.
broder, to embroider, adorn.
broderie, /., embroidery; gold
lace; métier à — , embroi-
dery frame.
brosseur, m., an oflScer's ser-
vant.
brouhaha, m., uproar, hurly-
burly.
brouillard, m., fog, mist.
broussailles, /. plur.j under-
brush; en — , bushy.
brouter, to graze, browse.
bruire, to rustle, rattle, roar.
t'ruit, m. y noise, rumor.
brûler, to burn.
brume,/., haze, mist, fog.
brun, -e, brown.
brusquement, suddenly.
bruyamment, noisily.
bru3^nt, -e, noisy.
bniyère,/., heather.
buée,/., haze, vapor.
buisson, m., bush.
bureau, m., desk.
buté, -e, stubbom.
butin, m. y booty.
butor, m, y bittem.
butte,/., knoU, hill.
çâ, hère; — et là, hère and
there.
ça, that; avec — , moreover,
besides.
caban, m. y cloak with a hood.
cabane,/., hut, cabin.
cabaret, w., tavern.
cabinet, t»., study, — de tra-
vail, study.
cabrer (se), to rear.
cacher, to hide; se — , to hide
oneself, hide, be hidden.
cacheter, to seal.
cachette,/., hiding-place.
cadavre, m., corpse.
cadis, m. woolen serge.
cadran, m., dial.
cadre, m., frame, dial.
cahier, w., copy-book, note-
book,
caille,/., quail.
caisse, /., cash-box, counting-
house, box.
calme, m., calmness, stillness.
calmer, to calm, quiet down.
camarade, m., comrade.
camarguais, -e, of Camargue.
camion, m, y truck.
camionnage, m., carting.
campagne, /., country, cam-
paie;n.
canaille,/., scoundrel.
canard, m., duck.
canon, m., gun, cannon, barrel
(of shot-guns); coup de — ,
report of a gun.
canot, m. y row-boat.
canotage, m., boating, row-
ing.
canoti-er, -ère, rower.
cantinière,/., sutler woman.
capote,/., coat.
capuchon, m., cowl.
capuche,/., cowl, hood.
car, for.
caractère, w., type, character.
carillonner, to chime, ring,
camier, w., game-bag.
carreau, m. y window-pane.
carrelage, w., tiling, tiled floor.
carriole,/., jaunting cart, cov-
ered cart.
carrosse, w., carnage.
carte, /., card, photograph,
playinp:-card.
cartouchière,/., cartridge box.
casemate, -e, furnished with a
casement.
caserne,/., barra cks.
casquette,/., cap.
casser, to break.
142
VOCABULARY
catéchisme, m., catechism ; salle
de — , Sunday-school room.
cauchemar, m., nightmare.
cause, /., cause; à — de, be-
cause of.
causer, to cause, talk.
cavalier, m,, horseman, escort,
partner.
caveau, w., vault, grave.
ce, it, that.
ce, cet, -te, ces, this, that, thèse,
those.
ceci, this.
ceinture,/., sash, belt.
cela, that; avec — , moreover.
célèbre, famous, celebrated.
cellule,/., cell.
celui, celle, ceux, celles, the
one, this, that, thèse, those.
cent, m., hundred.
centaine,/., hundred.
centaurée,/., centaury.
centième, hundredth.
cependant, however, neverthe-
less.
cercle, m., club.
cérémonieusement, ceremo-
niously.
cerf -volant, fw., buU-fly. '
cerise,/., cherry.
certes, certainly.
cénise,/., white lead.
cerveau, m., brains.
cervelle,/., brains, head.
cesse,/., ceasing; sans — , with-
out ceasing.
cesser, to cease, stop.
chacun, -e, each one, every one.
chaire,/., chair, stall, pulpit.
chaise,/., chair; — à porteurs,
sedan -chair; — de poste,
stasje-coach.
chaland, iw., customer.
chaleur,/., beat, warmth.
chalumeau, m., pipe.
chambre,/., room.
champ, m., field; à travers — ,
across lots; — de bataille,
battle-field; — de foire, faîr-
grounds.
chance,/., luck.
chanceler, to stagger.
changement, m., change.
chanoine, m., canon,
chanoinesse, /., canoness.
chanson,/., song.
chant, m,, song, singing.
chanter, to sing, whiz (of bul-
lets).
chapeau, w., bat; large — ,
broad-brimmed hat.
chapelet, m., rosary, beads.
chapiteau, m., capital, crest.
chapitre, w., chapter (of relig-
ious orders).
chaque, each, every.
charbon, m., coal.
charge,/., load.
chargement, m., loading.
charger, to load; se — , to take
upon oneself, do.
chariot, m., wagon,
charmant, -e, charming, de-
lightful.
channille, /., hedge of yoke-
elm trees.
charrette, /., cart; — à bras,
push-cart.
charrue,/., plow.
chasse,/., hunt, hunting; cou-
teau de — , hunting-knife.
chasser, to drive, chase, hunt.
château, m., country-seat, cas-
tle.
chasseur, m., hunter, chasseur,
chat, m., cat.
châtaigne,/., chestnut.
chafiitgnier, m., chestnut tree.
chaud, -e, warm.
chauffage, fn., fuel.
chauffer, to beat, get stf>am up;
se — , to warm oneself up.
chaussée,/., street.
chauve, bald.
chpuz, f., lime: blanchir à la — ,
to whitewash.
VOCABULARY
143
tihechia, /., cap, Turkîsh cap.
chef, m.j chief.
chemin, t»., road, way; — de
fer, railroad; — de la croix,
the way of the Cross.
cheminée, /., fireplace, chim-
ney, mantelpiece.
cheminer, to walk.
chemise,/., shirt.
chêne, m., oak.
chenille, /., silk cord, chenille.
ch-er, -ère, dear.
chercher, to get/look for, seek;
venir — , to corne for.
cheval, m., horse; — de course,
race-horse.
chevelure, /., hair.
chevet, m., bedsîde.
cheveu, m., haïr.
chèvre,/., ÎFemale goat.
chevreuil, m., deer.
chez, in, at the house of, wîth,
among.
chic, m., style, chic.
chien, m., dog.
chifire, m., figure, amount.
choc, m.f collision, shock.
chœur, m., chancel.
choisir, to choose, sélect,
chope, /., large beer-glass.
choquer (se), to strike (of
glasses), clash.
chose, /., thing; quelque — ,
something.
chou, m., cabbage.
chrétien, -ne, Christian.
christ, m., crucifix.
chuchotement, m., whisper,
whîspering. •
chuchoter, to whisper.
chut! hush!
ci, hère; par par-lÂ, hère
and there; now and then.
cible,/., target.
ci-devant, formerly.
ciel, w., sky, heaven.
cierge, m., wax candie.
cil, m., eyelashes.
ciliée, m., haircloth.
cimetière, m., cemetery.
ciaq, five.
cinquante, fifty.
cinquième, fifth.
circuler, to circulate, pass by.
cirque, nt., arena, ring.
ciseaux, m. plur.y scissors.
citer, to quote, cite.
cithare,/., cithara.
citoyen, -ne, citizen,
clair, -e, clear, bright, sharp;
light (of colors); au — de
lune, in the moon light.
clairon, m., bugle.
clair-voie (à), with open sîdes
(of wagons, e.g., a hayrack).
clamer, to cry.
clapoter, to ripple, chop.
clarté,/., light.
classe,/., school, class.
clavecin, m., piano,
clef,/., key.
client, m.j customer, client.
clientèle,/., customers, clients.
cligpaer, to wink.
clignoter, to wink, blînk.
cliquetis, m., clanking, rattle.
cliquette,/., snappers.
cloche,/., bell-glass, bell; coup
de — , bell ringing.
clocher, m., steeple.
clochette,/., little bell.
cloître, m., cloister.
clos, -e, closed.
clouer, to nail, nail down,
cœur, m., heart; le -^ gros,
serré, with a heavy heart;
le — navré, to be broken-
hearted; en — , shaped like
a heart, open,
coiffure,/., hair dress.
coin, m. y corner, angle, out-of-
the-way place, spot.
col, w., collar.
colère,/., anger; en — , angrily.
collègue, m., coUeague.
colline,/., bill.
144
VOCABULARY
colonne,/., column.
colonnette,/., small column.
colorier, to color, paînt.
combattant, m., fighter.
combien, how, how much» how
many.
commande,/., order.
commander, to order.
comme, as, like, how.
comment, how, what.
commettre, to commit.
commis, w., clerk; — en li-
brairie, publisher's clerk.
communauté, /., community,
Society.
commune, /., commune, com-
munity.
compagnie,/., band, flight (of
birds), crowd.
compagnon, m., companion.
compasser, to regulate.
complaisance,/., complaisance,
complaisant, -e, obligîng.
complètement, completely.
compliqué, -e, complicated,
complex.
componction,/., compunction.
composer, to compound, make.
comprendre, to understand,
realize.
compte, m^ account; se rendre
— , to understand, find out,
realize.
compter, to rcly, count, count
up.
comptoir, f»., cotmtcr, store,
comtesse,/., countess.
concentré, -e, uncommunica-
tive.
condenser (se) , to be condenscd.
conduct-eur, -rice, leader.
conduire, to lead, conduct,
tend (of cattle).
confection,/., making.
confiance, /., confidence, trust,
confier, to entrust, confide.
confondre, , to mix up, con-
found; se — , to be blended.
conformer (se), to confona
oneself.
confrérie, /., congrégation, con-
fratemity.
confus, -e, confused, embar-
rassed.
confusément, confusedly, in-
distinctly.
congé, m,, furlough, leave of
absence.
connaissance,/.» acquaintance,
knowledge.
connaître, to know> be ac-
quainted with.
cozique,/., shell.
conseil, m,, advîser» lawyer,
coundly cfaapter (of con-
vents),
conseiller, m.\ councillor, jus-
tice, judge.
conservateur, m., curator (ol
muséums).
considérer, to consider; se — ,
to consider oneself.
consigne,/., order; forcer la — ,
ta break orders; force an
entrance.
consterné, -e, dismayed, dis-
heartened.
construire, to build.
consumer, to burn out.
conte, m. y taie.
contenir, ta contain; se — , to
refrain oneself.
content, -e, satisfied, glad, in
good spirits.
contenter, to satisfy; se — , to
be satisfied.
conter, to tell, relate.
contre, against.
convaincre, to convince,
convenir, ta agrée.
convive, tn., guest.
convoi, m.j column, procession,
coq, m.., rooster, cock.
coquet, -te, graceful, coquetish,
elecrant.
coquillage, m., shell.
VOCABULARY
145
coquille,/., shell.
coquin, -e, rascal.
corailleur, m., coral-fisher's
boat.
corbeau, fw., crow.
corbeille,/., basket.
corde,/., string, rope.
corne,/., horn.
cornet, m. y cornucopia.
cornue,/., retort.
corps, m., body, corps*»..
corriger, to correct.
Corse,/., Corsica.
corse, Corsican.
corvée,/., task, drudgery.
côte, /., hill, rib, seacoast,
shore.
côté, m., side, direction; à — ,
next; de l'autre — , on the-
other side; du — de, in the
direction of, towards; des
deu2 — s, on both sides.
coteau, m.j hill.
côtoyer (se), to go side by side.
cotte,/., working trousers.
cou, m, y neck; sauter au — , to
fall on some onè's neck.
couche, /., bed; arbre de — ,
shaft.
couché, -e, lying, set (of the
sun).
coucher, to lay down, put to
bed; se — , to go to bed,
retire, lie down, set (of the
sun).
coude, w., elbow.
coudre, to sew.
couler, to flow, run, come out;
se — , to creep, steal.
couleur,/., color.
coup, m. y blow, stroké, point,
shot, move, throw, draught
(of liquids), report (of fire-
arms); tout à — , suddenly;
— de canon, report of a
cannon; — d'oeil, glance;
pour le — , this time; du — ,
at once, thereupon; — de
feu, gun shot, report; —
de vent, gust of wind; par
petits — s, in small sips,
draughts.
coupable, guilty, guilty person.
coupe,/., stroke (of oars).
couper, to eut, divide.
cour, /., courtyard, court of
justice.
courageusement, courageously.
courant, m., current; — d'air,
draft.
courber, to bend, stoop; se — ,
to bend.
courir, to run, run about, race,
couronne,/., wreath, crown.
course, /., race, run, fight (of
bulls); cheval de — , race-
horse; tout d'iule — , ail in
one run, running; au pas de
— , double-quick time.
court, -e, short.
courtisan, m., courtier,
coussinet, cushion.
couteau, m., knife; — de chasse
hunting-knife.
coûter, to cost.
couvent, w., convent.
couvert, w., cover; ce — mis,
this table laid.
couvertm"e,/., cover.
couvrir, to cover.
crainte,/., fear.
crainti-i, -ve, fearful, timîd.
cramponner (se), to clîng.
crâne, m., skuU.
craquement, m. y rustling (of
cloth); cracking (of whips),
creaking.
craquer, to creak.
crasseu-x, -se, dirty.
crémaillère,/., house-warming.
crème,/., cream.
créneler, to form into battle-
ments.
crépir, to rough-plaster, parget.
crépitement, w., crackling.
crépuscule, m., twilight.
146
VOCABULARY
crête, /., crest, top, comb (of
birds).
creuser, to dig, rack.
creux, m., hollow.
creu-x, -se, hollow.
crevassé, -e, chapped.
crevasser (se), to crack, split.
crever, to burst, break.
cri, w., cry.
crier, to exclaim, cry out,
rustle.
crinière,/., mane.
criiiuet, m., locust.
crispé, -e, clenched, nervous,
contracted.
crisper (se), to grasp.
cristal, w., crystal, glass.
croire, to belle ve; se — , to
believe oneself.
croiser, to cross, meet.
croissant, w., crescent.
croix,/., cross; chemin de la — ,
the way of the cross,
croquer, to devour, eat hastily.
crosse,/., butt end (of guns),
crozier.
crouler, to fall, collapse.
cru, m.j country, province,
cru, -e, stiff (of colors).
cuculle, m.j cowl.
cueillir, to pick, gather.
cuir, m. y leather; skin; étui de
— , leather holdcr.
cuirassier, w., cuirassier (sol-
dier wearing a cuir as s , which
was formerly of leather, later
cf metaî) .
cuire, to cook.
cuisine,/., kitchen.
cuivre, w., copper, brass fix-
ture.
cul-de-lamp, w., tailpiece.
curé, w., curate, parish priest.
curieusement, curiously, with
curiosity.
curieu-x, -se, curious.
cuve,/., vat.
cygne, w., swan.
dague,/., dirk.
dalle,/., flagstone.
damassé, -e, damasked.
danmer (se), to damn oneself
dandy, w., dandy.
dans, within, in.
danser, to dan ce.
danseu-r, ^-se, dancer.
dater, to date back, date.
davantage, more, any more.
de, of, from, with, by, for, to.
débâcle,/., downfall, rout.
débattre (se), to struggle, be
debated.
déborder, to overflow, be full.
déboucher, to uncork, open.
debout, standing ; tout — %
standing up.
débraillé, -e, carelessiy dressed,
open-hearted.
débris, m., pièces, remains.
décavé, w., wreck.
déchiffrer, to decipher, make
out.
déchirure,/., tear.
déchirement, w., crackling.
déchirer, to tear up.
décidément, decidedly.
décider, to décide; se — , to
make one's mind up, décide.
décliner, to come down, décline.
décolorer, to discolor.
déconvenue, /., discomfiture,
mishap.
découdre, to rip up.
découper, to carve, eut.
découpure, /., carving, sculp-
ture.
décourager, to discourage.
découvert, -e, uncovered; à — ,
in the open air.
découvrir, to uncover, disco-
ver; se — , to be uncovered,
discovered.
décrocher, to take down.
VOCABULARY
147
dédaigneu-z, -se, disdainful.
dédain, m., disdain.
dedans, within, inside; là ,
therein.
dédicace,/., dedication.
dédoré, -e, ungilded.
défendre, to forbid, défend; se
— , to défend oneself.
défi, m.j défiance.
défilé, m., filing out or off,
passing by.
défiler, to défile, file off.
défroque,/., clothing.
dégager (se), to corne out, be
evolved.
dégeler, to thaw.
dégoût, m. y disgust.
dégoûté, -e, disgusted, blasé,
surfeited.
dégringoler, to run down, rush
down.
dégrisé, -e, sobered.
déguiser, to disguise,
déguster, to sip, relish, taste.
dehors, outside, outdoors; en
— de, outside of.
déjà, already.
déjetmer, w., breakfast.
délibérer, to deliberate, dis-
cuss.
déUcieu-x, -se, delightful, de-
licious.
délivrer, to free, deliver.
demain, to-morrow.
demander, to ask; se — , to ask
on'eself, wonder.
démence,/., folly, foolishness.
démener (se), to move rapidiy,
hustle, toil, be shaken.
demeure, /., dwellinpj, abode.
demeiurer, to remain, dwell,
live.
demi, -e, half; à demi-voix, in
a low tone.
demi-jour, m., dim light.
demi-sommeil, m., dozing,
musin^.
demoiselle,/., young lady, dra-
gon fly; — d'honneur, brides-
maid.
démon, m., de vil.
démontrer, to de mon strate.
dénouer, to untie.
dénoûment, m., ending, cH-
max.
dentelé, -e, indented, notched.
dentelle,/., lace.
départ, m., departure, leavîng.
dépasser, to stick out, go be-
yond.
dépavé, -e, unpaved.
dépaysé, -e, away from home,
out of place.
dépêche, /., despatch, tele-
gram.
dépécher (se), to hurry.
dépendre, to dépend.
dépense,/., expense,
déplacer, to displace.
déployer, to unfurl, unfold.
déposer, to place, deposit.
dépôt, m. y military station.
dépotiillé, -e, stripped (of leaves
and trees).
depuis, since, for, from.
déracinement, m., pulling up
by roots, eradication.
déréglé, -e, irrcgular.
demi-er, -ère, last; les — s, the
worst.
déroger, to derogate, degener-
ate, diminish in honor, or
considération.
dérouler (se), to open to view,
display oneself.
déroute,/., rout, defeat; en — ,
out of order, routed.
dérouter (se), to be bewildered.
derrière, bchind.
descendire, to go down, de-
scend, alight, come down,
take down.
descente, /., down grade (of
roads).
désert, -e, deserted.
déserter, to désert.
148
VOCABULARY
désespérer, to drive to despair,
make desperate.
désespoir, m., despair.
désheurer, to change the hours
of one's occupations.
désigner, to designate, point
out.
désillusion, /., disappointment,
disillusion.
désœuvrement, m., idleness.
désoler (se), to become deso-
late.
désorienté, -e, demagnetized.
désormais, henceforth.
dès que, as soon as.
desséché, -e, withered, dried
up.
dessèchement, m., dryness, dry-
ing up.
desserrer, to loosen.
desservir, to clear (of tables).
dessin, m.j design.
dessus, on, upon, over; là ,
on that subject; par — ,
above, over.
détacher (se), to corne from,
be detached.
détaler, to scamper away.
détendre, to relax, unbend.
détourner, to tum away, drive
off; se — , to turn aside.
crazy,
out of
détraqué,
order.
détraquer, to put out of order,
throw into confusion.
détrempé, -e, soaked.
détresse,/., distress.
deuil, m.f mourning.
deux, two, both.
dévaler, to descend, go down.
devant, before, in front of.
devant, w., front; sur le — , on
the Street.
devanture,/., show-window.
déveine,/., ill-luck.
devenir, to become, grow.
dévider (se), to be unwound.
dévisser, to unscrew, remove.
devoir, to owe, ought, should,
must, hâve to.
diable, w., de vil, fellow.
diablerie,/., deviltry.
diamant, m., diamond.
Dieu, m. y God; mon — , dear
me! HeavensI
digne, worthy.
dimanche, t»., Sunday; —
gras, Shrove Sunday.
diminuer, to diminish.
dîner, w., dinner.
dîner, to dine.
dire, to say, tell, speak; se — ,
to say to oneself; c'est-à ,
that is to say.
diriger, to direct; se — , to go.
discipline,/., discipline ,scourge;
se donner la — , to chastise
oneself.
discrètement, discreetly.
discuter, to discuss.
disparaître, to go off, disap-
pear.
dispenser, to excuse.
disperser, to scatter; se — , to
sépara te, scatter.
disposer, to arrange, fix.
disputer (se), to quarrel.
disséminer, to scatter.
distraction,/., absence of mînd,
diversion , récréation ; avoir
des — s, to be absent-minded.
distraire, to divert from.
dix, ten.
doigt, m. y finger.
domicile, m, y résidence,
dominer, to rule, rise above.
donc, now, therefore, then.
donner, to give; open (upon).
dont, of which, whose, of
whom, with which.
doré, -e, golden, gilt.
dorénavant, henceforth.
dormir, to sleep.
dorure,/., gilded décoration,
dos, m. y back.
doucement, slowly, gently.
VOCABULARY
149
doucettement, gently, softly.
douloureu-z, -se, sorrowful.
doute, m.j doubt; sans — ,
without doubt.
douter, to doubt; se — ^ to
suspect.
dou-x, -cty soft, sweet.
douzaine,/., dozen.
douze, twelve.
doyen, m., dean.
drap, m., cloth, bedsheet.
drapeau, m., âag.
dresser, to raise, set up; se — ,
to sit up, to stand erect, to
be raised.
droit, nt.j right.
droit, -e, direct, straight, right,
standing.
droite, /., right; de — , to the
right.
drôle, m. y rascal, wretch.
drôle, queer, odd.
duc, m. y duke.
dur, -e, hard.
durer, to last.
duvet, m. y down.
£
eau,/., water; pièce d* — , pond;
— de Seltz, Seltzer water;
brise d' — , river breeze; à
fleur d' — , along the river;
poule d' — , moor-hen; —
bénite, holy water.
eau-de-vie,/., brandy.
éblouir, to dazzle.
éblouissement, m., dazzling.
ébouriffement, w., flutterincr.
ébranlement, w., perturba-
tion.
ébranler, to shake; s' — , to
start off.
ébrécher, to notch.
ébullition,/., ebuUition, excite-
m^nt.
écarlate, scarlet.
écart, m. y step aside; â P — ,
aside.
écarté, m., écarté (a game of
cards).
écarter, to push aside; s* — , to
draw aside.
échafaudé, -e, dressed high up.
échancré, -e, eut down low.
échapper, to escape; s' — , to
corne out.
échauffer (s*), to get warm,
warmed up, exciting.
échéance,/., maturity of a note
(business).
échelle,/., ladder.
échine,/., spine, back.
éclabousser, to splash; s' — , to
splash one another.
éclair, m., flash.
éclaircie, /., clearing (of the
sky).
éclairé, -e, light.
éclairer, to light up.
éclat, m. y noise, luster, bright-
ness, uproar, shout; — de
voix, loi'd shout; — de rire,
burst o. laughter.
éclatant, - e, dazzling, brilliant,
loud.
éclater, to flash, explqde, break
out, blaze out.
école,/., school.
écorce,/., bark.
écotilé, -e, passed, elapsed.
écouter, to listen.
écraser, to crush; s' — , to be
crushed.
écrire, to write.
écriteau, m., sign.
écriture, /., hand-writîng; — s,
bookkeeping.
écrivain, fw., writer.
écrouler (s*), to collapse.
écu, m., crown.
écuelle,/., bowl.
éctmie, /., foam, froth; pous-
sière d' — , spray.
éctu'euil, m. y squirrel.
I50
VOCABULARY
écurie,/., stable, radng stable.
écusson, m., shield, escutcheon.
effacé, -e, dimmed, indistinct.
efîacer (s*), to grow dim, in-
distinct.
effaré, -e, frightened.
effarer (s'), to be frightened.
effectivement, in effect, really.
effet, m, y efifect, resuit; en — ,
in fa et, in reality; — s,
clothes.
effrangé, -e, frayed.
effrayer, to frighten.
effroi, m. y terror, fright.
effronterie,/., boldness, effron-
tery.
effroyablement, frîghtfully.
égal, -«, equal, even; c'est — ,
just the same.
égarer (s'), to wander.
égayer, to amuse, cheer up.
église,/., church.
égoutter (s'), to drip.
élan, m., start.
élancer (s*), to rush, start, run.
élargir, to make wider, widen;
s' — , to grow wider, larger.
élever, to lift, raise, breed;
s* — , to anse.
elle-même, herself, itself .
éloigner, to drive away; s' — ,
to go away, get further away.
emballage, m., packing, wrap-
ping; papier d' — , wrapping-
paper; toile d' — , packing-
cloth, buriap.
emballer (s'), to play recklessly,
be excited.
emballeu-r, -se, packer.
embarquement, m., embark-
ing.
embarras, m., embarrassment.
embatmier, to perfume.
embêter (s*), to be bored.
embrasé, -e, burning, in fiâmes,
hot.
embrasser, to kiss, embrace.
embrouillé, -e, not clear, dim.
embusqué, -e, laying in am«
buscade.
embusquer (s'), to lay in am-
buscade.
émeraude,/., emerald.
émeute,/., riot.
emmener, to take away, lead
away.
émotion,/., agitation.
émouvoir (s*), to be moved.
empaillé, -e, stuffed.
empêcher, to prevent.
empesé, -e, starched.
empêtré, -e, entangled.
empiler, to pile up.
emplir, to fill; s' — , to be fiUed.
empltuné, -e, feathered.
empoisonner, to poison.
emporter, to take away, carry
away, carry; s' — , to fly
away.
empreinte,/., mark, trace.
empressé, -«, of&cious, assid-
nous.
empresser (s*), to show polite-
ness, be attentive.
emprisonnement, m,, imprison*
ment.
ému, -e, moved, excited.
en, of it, of the m.
encadrer, to frame.
encaisse,/., cash in hand.
encapuchonné, -e, cowled.
enchanté, ^, delighted, be-
witching, enchanted.
enclume,/., an vil.
encoignure,/, corner.
encombre, w., difficulty, ob-
stacle.
encombrement, w., medley, ob-
struction, crowd.
encombrer, to fill up, ob-
struct.
encore, still, yet, again.
encrier, w., inkstand.
endimanché, -e, Sunday-like.
endormi, -e, asleep.
endormir (s*), to go to sleep.
VOCABULARY
151
endroit, w., place, spot,
enfance,/., childhood.
enfant, m., child; — trouvé,
foundling;* d' — , when a
child.
enfantin, -e, childish.
enfermer, to shut in, in close;
s* — , to shut oneself up.
enfilade, /., suite; en — , in
suite.
enfin, well, at last, finally.
enflammé, -e, red, inflamed,
blazing, lit up.
enfler, to swell.
enfoncer, to sink; s* — , to sink,
be buried, advancci go fur-
ther.
enfuir (s*), to run away.
enfumé, -e, smoked up, smoky.
engagé, -e, m., enlisted man;
— volontaire, volunteer.
engager, to pawn.
engloutir, to swallow up, en-
gulf.
engourdir, to benumb.
engotirdissement, m., numb-
ness.
enlacer, to clasp, entwine.
enlever, to remove, take away;
s' — , to fly away.
ennui, m., weariness, lone-
someness.
ennuyé, -e, bored.
énorme, enormous.
enragé, -e, eager, fanatical.
enrichir (s*), to grow rich.
enroué, -e, hoarse.
enseigne,/., flag, cnsîgn.
ensemble, together.
ensevelir, to bury.
ensorceler, to bewitch.
ensuite, then, afterwards.
entasser, to pile up; s' — , to be
piled up.
entendre, to hear, understand;
s' — , to hear oneself.
entendu, -e, heard; bien — , of
course.
enterrement, m., funeral; grand
— , solemn funeral.
enterrer, to bury.
entêter (s»), to be obstinatc,
stubborn.
enthousiasmé, -e, enthusiastic.
enti-er, -ère, en tire, whole.
entièrement, entirely.
entonner, to intone, begin to
sing.
entourage, m., frame; en —
around, in a circle.
entourer, to surround; s' — , be
surrounded.
entrain, m., spirit, excite ment,
entraîner, to lead away, carry
away.
entre, between, among.
entrée, /., entrance, edge (of
woods).
entremêler, to intermingle, in-
termix.
entrer, to enter.
entrouvrir (s'), to be partly
open.
envahir, to invade.
envaser (s'), to sink in the
mud.
envelopper, to surround, en-
velop.
envi (a P), in émulation of one
another.
envie,/., désire, envy; avoir — ,
to feel like; donner — , to
make one feel like.
environnant, -e, surrounding.
envoi, m., parcel, package,
sending (of books).
envoler (s'), to fly away, fly
up, be blown away.
envoyer, to send.
épais, -se, thick.
épaissir, to thicken.
éparpiller, to scatter; s' — , to
be scattered, scatter.
épars, -e, scattered.
épaule, /., shoulder; lever les
— s, to shrug ône's shoulders.
152
VOCABULARY
épauler, to press to the shoul-
der (of guns).
cpée, /., sword.
éperdu, -e, distracted.
épeuré, -e, frightened.
épi, m. y ear (of grains).
éponger, to wîpe, sponge.
épouser, to marry.
épouvantable, frightful.
épouvante,/., fright.
épouvanter, to frighten.
épreuve,/., proof.
éprouver, to feel.
éprouvette, /., gauge.
éqtiilibre, m., balance, equî-
librium.
équipage, m., equipment, équi-
page.
équiper, to equîp.
éraillé, -e, scratched, frayed.
érailler (s*), to be frayed, dis-
turbed.
errer, to wander.
escabeau, m., stool.
escalier, m., stairway.
escapade,/., prank, lark, frolic.
espacer (s*), to be further
apart.
espèce,/., sort, kind.
espérer, to hope.
espion, m., spy.
esprit, tn.f mind.
essayer, to try, taste.
essentiel, m., principal thing.
essoufflé, -e, breathless.
essoufflement, m,, breathless-
ness.
essuyer, to wipe.
essuyeu-r, -se, one who wipes.
estampe,/., engraving.
étable,/., stable.
établir, to establish, settle.
étage, m.j flight of steps, fîoor;
premier — , second Ûoor.
étain, m., tin, pewter.
étalage, show-window, dîsplay,
^oods exposed for sale.
étaler, to display; s' — , to
stretch out, be displayed,
be shown. ^
étang, m., pond.
étape, /., a day's' march, re-
lay.
état, w., state^ trade, profes-
sion; ^major, staff.
été, m., summer.
éteindre (s'), to be extinguished,
go out, die out, become
quiet, put out.
éteint, -e, put out, extinguîshed,
finished.
étendard, m., standard, âag.
étendre, to extend, stretch out,
spread.
étendue,/., surface, area.
éterniser, to etemize.
étincelant, ~e, sparkling, bril-
liant.
étincelle,/., spark.
étique, lank, emaciated.
étiqueteu-r, -se, la bêler,
étiquette,/., label.
étirer (s'), to stretch (out).
étoffe,/., cloth, stuff.
étoile,/., star.
étoile, -e, studded.
étonnement, m., astonishment.
étonner, to astonish.
étouffer, to stifle, choke.
étourdir, to stun, deafen, make
dizzy.
étourdissement, m., gîddiness,
dîzziness.
étoumeau, m., starling.
étrange, strange, queer.
étrangler, to choke.
être, m., being.
être, to be; — à, to be on the
point of.
étroit, -e, narrow.
étude,/., study.
étui, m., holder, case; — de
Ctiir, leather holder.
eux, them, to them, they; chez
— , at home.
eux-mêmes, themsclves.
VOCABULARY
153
évaporer, to cause to vanîsh.
éveillé, -e, awake.
éveiller (s'), to awake.
événement, th., event.
évent, w., vapîdness; à P — ,
thoughtless.
éventail, m., fan; bon coup
d' — , strong fanning.
éventé, -e, tasteless, flat.
éventrer, to burst open.
éviter, to avoid; s' — , to avoîd
each other.
exagérer, to exaggerate, carry
too far.
exciter, excite, make lively;
s* — , to excite each other.
exemplaire, m., copy (of books).
exercer (s*), to practise.
exercice, m., exercise; faire
r— , to driii.
exorcisé, -€, exorcîsed person.
expliquer, to explain; s' — , to
explaîn oneself.
exposer (s*), to nin the risk.
exprès, on purpose.
exquis, -e, exquisite, deiightf ul.
exâise,/., ecstasy.
exténué, -e, exhausted.
extravagance, /., foUy, wîld-
ness»
fabricant, m., manufactuTer.
fabrique, /., factory; marque
de — ;, trademark.
fabriquer, to make, manufac-
ture.
face, /., face; en — , opposite,
in front cf; regarda* qu^-
qu'un en — , to look at some
onc straîght in the eyes-
facette,/., facet, face.
fftchê, -e, sorry, angry.
facilement, easily.
façon,/., way, manner; à la — ,
in the mannerj de — â, in a
way to.
factice, factitious, artificial.
faction,/., sentry; être en — , to
be on duty.
factionnaire, m., sentry.
fagot, w., faggot.
faiblesse, /., weak point,
foible.
faïence,/., china, earthen.
faim, /., hunger; avoir — , to
be hungry.
faire, to do, make, say; se — ,
to make for oneself, be
made, become, happen, oc-
cur; ne — que, to do nothing
but; s'y — , to get used; —
— , to hâve made, done.
faisan, m., pheasant.
faisceau, m., stack of arms.
fait, m., fact.
faîte, w., top.
falloir, to be necessary, must,
ought, should, take.
fameu-x, -se, famous.
famili-er, -%re, famîliar.
famille,/., family.
fané, -e, faded.
fanion, m., pennon.
faraud, snobbish; noun, a
swell.
farine,/., flour.
faroudhe, wild, fierce.
faubourg, m., suburb.
faufiler (se), to steal through,
get through.
faiïbe,/., fault; — de, for want
of.
fauteuil, m., armchaîr.
fau-x, -sse, fabe.
favoris, m. plur., whiskers.
fédéré, m., communiste revo-
lutionist.
fée,/, faîry.
fêlure,/., crack,
femme,/., wife, woman.
fendre (se), to split, crack,
fenêtre,/., window.
fente, /., crack.
fer, m.j iron, shot, bullet; lit
154
VOCABULARY
de — , iron bedstead; chemin
de — , railroad.
fer -blanc, m., tin.
ferme, hard, firm.
ferme,/., farm-house, farm.
fermer, to close, shut; se — , to
close oneself, be closed.
féroce, fierce, ferocious.
ferraille, m., iron, old iron.
ferré, -e, informed, versed in,
metalled; bâton — , iron-
pointed stick.
fête, /., merry-making, festiv-
ity, holiday, festival.
Fête-Bieu, w.. Corpus Christi.
fêter, to celebrate, feast, lionize,
fête.
feu, m. y fire; — de peloton,
platoon fire ; coup de — , gun
shot, report.
feuillage, m., foliage.
feuille, /., leaf; — de route,
route,
feuillet, w., leaf (of books).
feuilleter, to turn over (of the
leaves of a book).
fichu, m.j neckerchief.
fier (se), to trust.
fi-er, -ère, proud.
fièrement, proudly.
fierté,/., pride.
fièvre,/., fever.
fiévreu-x, -se, fever patient,
feverish.
fifre, m., fife.
figure, /., face; en pleine — ,
right in the face,
figurer (se), to fancy, imag-
ine,
filature,/., spinning mill.
fîle, w., line.
filer, to shoot by, move, file by.
filet, m., streak, net; — de
pêche, fishing-net.
file,/., girl, daughter.
fis, m. y son.
filtrer, to percolate, filter.
fin,/., end; toucher à la — , to
be nearly ended; à la — ,.
finally, at last.
fin, -e, fine beautiful, shrewd.
fini, m, y finish, high finish.
finir, to finish, complète, do.
fiole, /., vial; — pharmaceu-
tique, drug bottle.
fixe, fixed, settled, steady, star-
ing.
fixement, fixed ly.
fiacon, m. y bottle, flagon.
flairer, to sniff, scent.
flamant, m., fiamingo.
flambant, -e, flaming, bright;
— neiif, brand new.
flamber, to fia me, shine.
flamboyer, to flame, shine.
flamme,/., flame, fire.
flanc, m. y flank, side.
flâne, /., idleness, loitering,
lounging.
flâner, to stroll, loiter.
flaque,/., puddie.
flasque, flabby, lank.
fleur, /., flower; en — , in
bloom; à — d'eau (on a
level with), along the river.
fleurette,/., little flower.
fleuri, -e, fuU of flowers, in
bloom.
fleiux>n, m. y flowers (illustra-
tions).
fleuve, m. y river.
flocon, f»., flake.
floraison,/., blooming.
flore,/., flora.
flot, m. y fiood, wave, sea.
flotter, to float, wave.
foi,/., faith; ma — , upon my
faith, indeed.
foire, /., fair; champ de — ,
fair-grounds.
fois,/., time; une — , once; à
la — , at the same time.
fonctionnaire, w., officiai.
fond, m. y bottom, back part,
background; au — , at beart;
à — , thoroughly; du — ,
VOCABULARY
155
back ; par le fond — , through
the back door.
fondre, to melt.
fonte,/., cast iron.
force, /., strength, force; à —
de, by dint cf.
forcer, to force, compel, oblige;
— la consigne, to break
orders, force an entrance.
forge, /., forge, blacksmith
shop.
fors^eron, m., blacksmith.
former, to form; se — , to be
formed, form.
fort, m. y strong point.
fort, tightly, strongly, much,
loudly.
fort, -e, strong.
fortement, gaudily, exceeding-
ly.
fosse,/., ditch.
fossé, m., moat, ditck.
fossette,/., dimple.
fou, fol, -le, mad, crazy, in-
sane; excessive.
foudroyer, to strike with light-
ning, fall dead, shoot dead.
fouet, m., whip.
fouetter, to whip.
fouillis, m. y confusion, entan-
glement.
foule,/., crowd.
fourche,/., pitchfork.
fourgon, m.j army van.
fourmi,/., ant.
fotumeau, w., furnace.
fournir, to provide, supply,
furnish.
fourré, m.j thicket.
fourré, -e, thick.
foyer, m., home, fireplace.
fracas, m., noise.
fracasser, \o break tb pièces.
fraîchement, freshly, newly.
fraîchir, to blow fresh, fresh-
en.
fra-is, -îche, fresh, cool; de — ,
newly, freshly.
franchir, to cross, pass over,
clear.
franc-tireur, m., irregular
sharpshooter.
frange,/., fringe.
frapper, to strike, hit; se — , to
strike oneself.
fredonner, to hum a tune.
frémir, to tremble, quiver,
shake, shudder.
frémissement, m., shudder.
frère, m., brother, friar.
frétillement, m., wagging, frisk-
insî, wriggling.
frétiller, to frisk, wriggle.
fripé, -e, worn out.
friser, to curl.
frisson, m,, shiver.
frissonner, to shiver, tremble.
froid, -e, cold; avoir — , to be
cold.
froissement, w., rustling.
froisser, to ru m pie, bruise.
frôlement, m., rustling noise.
frôler, to corne in contact,
touch slightly; se — , to
touch one another slightly,
pass close to one another.
froment, w., wheat.
froncer, to contra et; — les
sotu'cils, to frown, knit one's
eyebrows.
front, m., forehead.
fronton, m., pediment.
frotter (se), to rub.
frou-frou, m., rustling.
fruiterie,/., fruit store.
fuir, to flpo, run away.
fuite,/., flight.
fumée,/., smoke, steam.
fumer, to smoke, steam.
funèbre, moumful.
funérailles, /. plur., funeraî.
fureter, to search, ferret out.
fureteur, m., searching.
fureur,/,, fury.
furieu-x, -se, furious.
fusil, m., shot-gun, rifle; coup
iS^
VOCABULARY
de — , gun shot; à une portés
de — , within gun shot.
fusiller, to shoot to death,
shoot.
futaie, /., forest of high trees.
futaine,/., fustian.
gagner, to win, gain, earn,
reach, go to.
gai, -e, cheerful, gay.
gaiement, gayly, cheerfully.
gaieté,/., gaiety, mirth.
gaillard, m., fellow.
gaillard, -e, joyfui, jolly, lively.
galon, w., petty officer's stripe.
galop, m., gallop; au — , rap-
idly, on a gallop.
galoper, to gallop, run.
gambader, to gambol.
gamelle,/., tin pan, can.
gamin, m., urchin, lad, boy.
gandin, m., dude, dandy,
gant, m., glove.
ganter, to glove.
garçon, m., boy, son, man,
waiter; — de magasin, clerk,
salesman ; — d'honneur, best
man.
garde, m., guardsman, game-
keeper; — S nationaux, mili-
tia.
garde, /., guard, keeping;
grand' — , advanced guard;
prendre — , to take care; se
tenir sur ses — s, to be on
one's guard.
garde-chasse, m., game-keeper.
garde-pèche, w., river-keeper.
garder, to keep, guard, watch;
se — , to watch oneself; —
de, to be careful not to do
something.
gardien, m., watchman, keeper.
gare, look out.
garenne^/., warren.
gars, If»., boy, young man.
gauche,/., left; de — , to the left.
gaz, m., gas; bec de — , gas
lamp (of streets).
gazon, m.f grass.
gazouiller, to prattle, chat.
geler, to freeze.
gémir, to moan, groan.
gêne,/., uneasiness, trouble.
gêner, to hinder, embarrass.
génois, -e, Genoese.
genou, m.f knee; à — x, on one's
knees.
gens, m./, plur.y people, men.
gentiane,/., gentian.
gentilhomme, m,, nobleman.
gentiment, gracefully.
gerbe,/., sheaf.
gésir, to lie.
geste, w., gesture.
gibier, m., game.
gio^antesque, gigantic.
gilet, w., vest.
girouette,/., weather-vane.
glace, /., mirror, plate-glass,
glass, ice.
glissade,/., slîde, sliding; faire
une -^, to go sliding.
glissant, -e, slippery.
glisser, to slide down, slip, be
slippery; se — , to steal in.
glorieu-x, -se, glorious.
goéland, m., gull.
golfe, m. y gulf.
gonfler, to puff up.
gorge,/., throat.
gourde,/., cantcen, gourd,
goût, m. y taste, liking.
goûter, to taste.
goutte, /., small quantity of
liquor, drop; — à — , drop
bv drop.
gouttelette,/., Httle drop,
gouverne,/., guidance.
gouverner (se), to govem one-
self.
grâce, /., grâce, mercy, favor;
— à, thanks to.
VOCABULARY
157
grain, w., grain, bean, bit; —
de plomb, shot.
graine,/., seed, grain.
grand, -e, large, great, wide;
tall, grown (up).
grandiose, imposing, grand,
grandir, to make one look
taller.
grand'mère,/., grandmother.
grand-père, m. y grandfather.
gras, -se, fat; dimanche — ,
Shrove Sunday; mardi — ,
Shrove Tuesday.
grassouillet, -te, plump.
gratter, to scratch.
gravats, m. plur., rubbîsh (of
plaster).
gravement, ^ravely.
gré, m. y will, wish; bon — ,
mal — , willing or unwilling.
grêle,/., bail.
grelotter, to shiver,
grenier, m., attic.
grenouille,/., frog.
grès, m. y sandstone.
griffe,/., claw.
grille, /., wrought-iron gâte.
grimper, to climb, climb up.
gris, ^, gray.
griserie,/., intoxication.
grisonnant, -e, turning gray.
grognement, m., growling.
gronder, to scold.
gros, -se, big, large, coarse,
hçarty, heavy (of the sea).
grossi-er, -ère, coarse, com-
mon.
grossir, to p:row larger.
grouillement, m., swarming,
crawling.
grouper, to group, gather.
grue,/., crâne.
guenille,/., rag, tatter.
guère, hardly, scarcely; ne . . .
— , only.
guerre,/., war.
guerrier, m. y warrior.
guêtre,/., legging, gaiter.
guetter, to watch, spy.
guetteur, m., watcher, watch-
man.
gueule,/., muzzle (of cannons),
g^eux, m. y rascal.
guider, to guide; se — , to
guide oneself, make one's
way.
guindé, -€, stiff, unnaturaL
guirlande,/., garland.
[' indicates an aspirate initial h]
habile, skilful.
habiller, to dress; s' — , to dress
oneself.
habit, m. y swallow-tail coat.
habitable, inhabitable.
habiter, to inhabit, dwell, live.
habitude, /., habit, custom;
d' — , usually.
habitué, -e, regular fréquenter,
habitué.
habituer, to use, accustom.
'hacher, to eut up.
*haie,/., hedge, line.
'haillon, w., rag, tatter.
'haïr (se), to hâte each other.
haleine,/., breath; tout d'tme
— , ail in one breath.
'hâler, to burn (by the sun).
'haletant, -e, panting.
'haleur, w., tracker.
'hallebrand, w., young wild
duck.
'halte,/., hait, stop,
'hamac, m., hammock.
'hampe,/., strff (of flags).
'hangar, m., shed.
'hanter, to haunt.
'happer, to snap up, catch.
'harassé, -e, tired out, ex*
hausted.
'harceler, to harass, torment.
'hardes,/. plur.y clothes.
'hardi, -e, bold.
iS8
VOCABULARY
'hasard, m., chance, hazard;
par, au, — , by chance, by
accident.
fhâte, /., haste, impatience,
eagerness.
'hâter (se), to hasten, hurry.
'haut, m, y top; en — , at the
top; du — en bas, from top
to bottom; tout en — , very
high.
'haut, -e, high, tall, lofty,
loudly; haut! up!; là ,
up there, above, up-*tairs;
en — , up-stairs.
4iauteiu:, /., height, altitude,
top.
'hâve, wan, emacîated.
hein, hey!
hélas, alas.
hélice, /., screw (of boats),
propeller.
herbe, /., grass, herb, weed.
'herse, /., harrow,
hésiter, to hésita te.
heure,/., hour, o'clock; tout à
V — , after a while, a while
ago; de bonne — , early; sur
P — , at once.
heureusement, fortunately , hap-
pily.
heureu-z, -«e, happy, cheer-
ful.
hier, yesterday; — soir, last
night.
hirondelle,/., swallow.
'hisser, to lift, hoist.
histoire,/., fib, story, history.
historiette,/., short story, taie.
hiver, m., winter.
hivernal, -e, wintn*.
'homard, m., lobster.
homme, m., man, husband; —
de lettres, literary man,
writer.
honnête, honest.
honnêtement, honest ly.
honneur, m., honor; garçon
d' — , best man.
'honte, /., shame; avoir — , to
be ashamed.
'honteu-z, -se, ashamed,
shameful.
horloge,/., clock
'hors, out; — de, out of.
hôte, m. y guest.
hôtel, m., mansion, hôtel.
^houblon, m.j hop vine; perche
à — , hop pôle.
'houle,/., sea.
'huche, /., kneading-trough.
huile,/., oil.
huis, m. y door.
'huit, eight.
humoristique, humorous.
'hurler, to howl.
hypocrite, hypocritical.
ici, hère; c'est bien — , thîs î*
the place,
if, m., yew tree.
île,/., island.
illtuniner (s'), to be illumi^
nated.
îlot, tn.y islet.
imaginer to imagine, fancyj
s' — , to fancy, imagine,
imbécile, m., fool.
immobile, motionlcss, immov-
ablc.
immortelle, /., everlasting,
immortelle.
impatienté, -e, out of patience,
impatient.
implanter (s'), to be fixed, take
root.
impressionner, to make an im-
pression upon, impress.
imorimeur, m., printer.
inabordable, unaporoachable.
inachevé, -e, unfinished, un-
complotcd.
inamovible, irremovable.
inattendu, -e, unezpccted.
VOCABULARY
159
incessamment, incessantly.
incliner (s*), to bow, incline,
bend.
inconnu, -e, unknown.
inconscient, -e, unconscious,
mechanical.
incroyable, in crédible.
inculte, uncultivated, unpol-
ished, rude.
indigné, -e, indignant.
indiscipliné, -e, in disorder,
undisciplined.
industrieu-z, -se, industrious.
inégal, -e, unequal, uneven.
inextinguible, inextinguishable.
infortuné, -e, unfortunate, un-
happy.
infuser, to steep, infuse.
ininterrompu, -e, unbroken,
uninterrupted.
injure,/., insuit.
innombrable, innumerable.
inondation, /., flood, inunda-
tion.
inouï, -e, unheard of.
inqui-et, -ète, anxious, dis-
quieted.
inquiéter, to disturb, make
anxious; s' — , to care.
inquiétude,/., anxiety.
inscrire, to inscribe.
insomnie, /., sleeplessness, in-
somnia.
insouciance, carelessness.
installer (s'), to sit down, install
oneself.
institut, m., instîtute.
interdit, -e, abashed, confused.
intéressant, -e, interesting.
intéresser, to interest.
intérêt, tn., interest.
interrogatoire, m., question-
ing.
interrompre, to interrupt, stop,
break; s' — , to stop, inter-
rupt oneself.
intime, intimate; secret, re-
tired.
intraduisible, inexpressible, un-
translatable.
inutile, useless, unused.
inventaire, m., inventory.
inventer, to in vent.
ironique, ironical.
irréverencieu-x, Hse, irreverent,
disrespectful.
irrité, -e, angry, irritated.
isolé, -e, separated, isolated.
ivoire, m., ivory.
ivre, intoxicated, drunk.
jaillir, to burst out, spring.
jamais, never, ever.
jambe,/., leg.
japonais, -e, Japanese.
jaquette,/., coat, jacket.
jardin, m., garden.
jardiner, to garden.
jardinier, w., gardener.
jarre,/., jar.
jaser, to possip, talk.
jaune, yellow, sallow.
javelle,/., sheaf (of wheat).
jeter, to cast, throw, exclaim,
utter; — à bas, to pull down;
se — , to throw oneself, throw
to one another.
jeton, m., chip.
jeu, m. y game.
jeûne, m., fast, fastîng.
jeune, young.
jetmesse, /., young people,
youth.
joie,/., joy.
joindre, to join, get together.
joli, -e, pretty, charming, de-
lightful.
joue,/., cheek.
jouer, to play, gamble; se — ,
to be played, acted.
joueu-r, -se, gambler, player,
^joujou, w., tov.
jour, w., dayiight, day, open-
i6o
VOCABULARY
in g, gap, lîght; au — tom-
bant, at nightfall, dusk; faire
— , to be daylight; tous les
— s, every day; en plein — ,
in broad daylight; au petit
— , at day break; — de Pan,
New Year's day.
journal, m., newspaper.
journée,/., day.
joyeusement, joyfully, cheer-
fully.
joyeu-x, -se, cheerful, joyful.
juge, w., judge, justice.
juger, to judge, reckon.
jupe,/., skirt.
jiu*er, to swear.
juron, m., oath.
jusque, even, "until, to.
juste, just; tout — , just ex-
actly.
képi, m,, military cap.
là, there; haut, up there,
above; ^bas, over there;
— -dessus, on that point;
par-ci par- — , hère and
there.
laboratoire, m., laboratory.
laboureur, m., plowman.
lAche, m. y coward.
lâcher, to lot go.
lai, m., lay; frère — , lay brother.
laine,/., wool.
laisser, to leave, let, allow;
se — , to allow oneself, suffer
oneself.
lait, fw., milk; enfant de — ,
child at the breast.
lambeau, m., rag, pièce,
lambris, m., wainscoting, pan-
nclling.
lame,/., billow, surge.
lamenter (se), to moan, bewail.
lancer, to utter, throw, shoot
forth, dart; se — , to throw
oneself.
langue,/., tongue; coup de — ,
lapping.
languu*, to languîsh.
languissant, -e, languid.
lapidaire, m., lapidary.
lapin, m., rabbit.
laquai, m., lackey, valet.
lard, m.f sait pork.
large, broad, wide.
large, m., breadth; avoir du — ,
to hâve plentyof open ground;
de long en — , up and down;
au — , in the offing.
larme,/., tear.
larmoyant, -e, tearful.
las, -se, tired, heavy (of air),
lasser (se), to get tired, tire,
lassitude,/., weary appearance,
weariness.
latte,/., straight sword.
laver, to wash.
lazaret, m., lazaretto.
lécher, to lick.
lect-eur, -rice, reader.
lecture,/., reading.
lég-er, -ère, slight, light, light-
hearted; faire à la — e, to
slight over.
légèrement, slightly, lightly.
légèreté, levity.
léguer, to bequeath; se —, to
be bequeathed.
lendemain, m., the following
day.
lentement, slowly.
lenteiu",/., slowness.
lentille,/., lense.
lequel, laquelle, lesquels, les-
quelles, that, which.
lettre,/., letter, type; — s, let-
ters; homme de — , man of
letters, writer; tête de — ,
letter-head.
leur, them, to them, of them,
they; from them.
VOCABULARY
l6l
leur, -s, their.
lever, w., rising.
lever, to raise, lift, rise, fly up;
— les épaules, to shrug one's
shoulders; se — , to rise, get up.
lèvre,/., lip.
libraire, m., bookseller.
librairie, /., book store; com-
mis en — , publisher's clerk.
libre, free.
lieu, m., place; tenir — de, to
hold the place of, replace;
au — de, instead of .
lieue,/., league.
lièvre, m. y hare. •
ligne,/., infantry. Une.
liias, m., lîlac.
lire, to read; se — , to be read.
liseré, m., strip.
lisière,/., edge.
lit, fw., bed; — de fer, îron
bedstead.
livraison,/., delivery (of goods)
livre, m.f book; grand ,
ledger.
livrée, /., livery.
livrer, to surrender, deliver.
locataire, m., tenant.
loger, to dwell, live.
logette,/., cell, small room.
logiquement, logîcally.
logis, m., home, lodging, dwell-
ing.
loin, far; de — en — , at great
intervais; at a distance from
each other; au — , far away.
lointain, -^, distant.
long, m., length; le, au, — ,
along; tout de son — , at his
fuU length; de — en large,
up and down.
longer, to walk along.
longtemps, long time, long ago,
at length.
longue (a la), in time, in the
long run.
longuement, at length.
longueur, /., length.
loque,/., rag, tatter.
lorgnette,/., field-glass.
lors, then; pour — , then and
there.
lorsque, when.
louage, m., letting out; ba-
teaux de — , boats to let.
louange,/., praise.
loucher, to squint.
louer, to rent; se — , to hire
oneself out.
louis, m., louis (a gold pièce
worth four dollars).
lourd, -e, heavy.
lourdement, heavily.
loyer, m., rent.
lubie,/., whim.
lucarne, /., garret window,
dormer window.
luetir, /., light, glimmer.
lugubre, gloomy, sad, lugu-
brious.
lui, him, her, it, to him, to her,
he; chez — , at his house.
lui-même, himself.
luire, to shine, glitter.
luisant, -e, shiny, glossy,bright.
lumière,/., light, glitter, flash.
lumineu-z, -«e, light, lumi-
nous.
lune,/., moon; au clair de — ,
in the moonlight.
lunettes, /. plùr.y spectacles.
lustre, m., gloss, slippery sur-
face.
lustrer, to shine up.
lutter, to struggle, fight.
luxe, m., luxury.
M
machinalement, mechanically.
maçoimerie,/., masonry.
macreuse, /., king-duck.
magasin, w., store, warehouse;
garçon de — , clerk, sales-
man.
102
VOCABULARY
magie,/., magie.
magistrature, /., magistracy.
magnifique, magniûcent.
maigre, meagre, thin.
mail, m., mail.
main,/., hand; sous la — , at
hand.
maintenant, now.
maintenir, to keep, maintain.
mairie,/., city hall.
mais, but.
maison, /., house; à la — , at
home.
maître, m., owner, master.
maître-autel, m., main altar.
majestueusement, majestically.
mal, bad, badly.
mal, m., harm; faire — , to hurt.
malade, m. /., sick person,
patient, ill.
maladi-f, -ve, sickly.
maladresse, /., awkwardness,
unskilfulness.
mâle, manly.
malgré, in spite of.
malheur, m., misfortune, woe;
par ' — , through a misfortune,
unfortunately.
malheureusement, unfortunate-
ly-
malheureu-z, -se, unfortunate,
unhappy, wretch.
malhonnêtement, impolitely.
malice,/., roguish thing, prank,
trick.
mali-n, -gne, shrewd.
malingre, sickly, weakly.
manche,/., sleeve.
manger, to eat; ^^., fade; salle
à — , dining-room.
manie,/., hobby, mania.
manière,/., way, manner.
manque, m., lack, want.
manquer, to fail, be wanting,
lack, miss.
mansarde,/., garret.
mante,/., mantle (of a woman).
manteau, m., cloak, overcoat.
manufacture,/., maiiufactory.
marais, m., marsh, swamp.
marbre, m., marble.
marchajid, m., dealer, mer-
chant.
marchandise, /., merchandise,
goods.
marche,/., march, step; en — ,
in motion; — de niveau,
large level steps; se mettre
en — , to start marching.
marché, m., market.
marcher, to walk, march, move,
proceed.
mardi, »f., Tuesday; — gras,
Shrove Tuesday.
mare,/., pond.
marécage, m., swamp, marsh.
marécageu-z, -se, marshy,
swampy.
maréchal, m., marshal, field'
marshal.
marelle,/., hopscotch.
marge,/., margin.
marié, -e, bridegroom, bride,
marier, to marry.
marin, -e, sea, marine,
marine,/., navy; soldat de — ,
marine.
marinier, w., mariner.
marmot, m., child, brat.
mameu-x, -se, mari y.
marque, /., marking board,
marker, trace, mark; — de
fabrique, trademark.
marquer, to mark,
marri, -e, sorry, grieved.
marteau, m., knocker, ham-
mer.
martyre, w., martyrdom.
masque, m., mask, expression,
masse,/., mass, crowd.
masser, to mass (of troops);
se — , to be massed.
massif, w., flower-bed.
masure,/., hovel.
mât, m., mast, pôle,
mat, -e, duU.
VOCABULARY
163
matelas, m., mattress.
maternel, -le, motherly.
matin, m., morning.
matinée,/., morning.
matines,/, plur,, matins.
maudire, to curse.
mauvais, -e, bad.
méchant, -e, bad, wicked.
xnèche, /., wick.
mécontenter, to dissatisfy.
méduse,/., médusa, sea-nettle,
jelly-fish.
méfiance,/., distrust, diffidence.
mélancolique, melancholy.
mélanger, to mix, blend.
mêler (se), to be mixed, mix
oneself; s'en — , to hâve
(something) to do with.
même, even, same, very; tout
de — , just the same.
mémoire,/., memory.
menacer, to threaten.
ménage, w., couple, household.
mener, to lead, conduct.
mensonge, m., falsehood, fib.
menton, m., chin.
menu, -e, spare, small, thin,
unimportant.
menuet, w., minuet.
mépris, m., scorn.
mer, /., sea; en — , at sea;
pleine — , open sea.
merci, thanks.
mère,/., mother.
Méridional, -e, Southemer,
southern.
merle, w., blackbird.
merveilleu-x, -se, marvelous.
messag-er, -ère, messe nger.
messe,/., mass.
mesure,/., measure; à — que,
in proportion as; en — , in
time.
mesurer, to measure out.
métier, m., tradc, business;
frame.
mettre, to put, put on, wear,
take, set (of tables); se — ,
to put oneself, begin, sit
down.
meuble, pièce of furniture; — s,
furniture.
meule, /., millstone, grinding
stone.
meunerie, /., miller's business.
meuni-er, -ère, miller, miller's
wife.
meiurtri-er, -ère, bloody, mur-
derous.
meurtrière,/., loophole.
mi, mid, middle; à côte,
half way up the hill.
Midi, m., South, midday; plein
— , hot noon-tide.
mieux, bette r; le — , the best.
mignon, -ne, dainty.
milieu, m., middle.
mille, thousand.
millier, m., thousand.
mimique,/., mimic.
minauder, to hâve affected
manners, simper.
mince, slender, thin.
mine, /., face, countenance,
mien, appearance.
minerai, m., ore.
minoterie, /., steam flour-mill.
minotier, w., miller, owner of a
minoterie (see above).
minuit, midnight.
minutieu-7, -se, minute,
mioche, little fellow.
miroir, w., mirror.
miroitement, m., fîashing, bril-
liancy, reflection.
miroiter, to fîash, shine.
miser, to stake.
misérable, wi., wretch.
misère, /., misery, suffering,
poverty.
miséricorde, /., mercy.
mitraille,/., grape-shot, shrap-
nel.
mitron, m., apprentice baker.
mode,/., fashion; mettre à la
— , to bring into fashion.
104
VOCABULARY
mobiles, m. plur., reserves,
mobilier, m., furnîture.
moelleu-x, -se, soft.
moi-même, mysclf;
moindre, less; le, la — , the
least.
moine, m., monk.
moinillon, m, y young monk.
moins, less; au, du — , at least;
le — , the least.
mois, m. y month.
moisissure,/., mouldiness.
moisson,/., harvest.
moite, moist.
moitié, /., half; à — , half,
partly.
moleskine, /., leather, mole-
skin.
monastère, m., nfonastery.
monde, w., peoplc, world; tout
le — , everybody; beaucoup
de — , many people.
montagnard, -e, mountaineer.
montagne,/., mountain.
montagneu-z, -se, mountain -
ous, hilly.
montée,/., up grade (of roads).
monter, to corne up, go up,
arise, climb.
montrer, to show; se — , to
show oneself.
moquer (se), to ridicule, make
fun of.
morceau, w., pièce.
mordoré, -e, reddish brown.
moresque, Moorish.
morfondre (se), to wait in vain,
be chilled.
mort,/., death.
mort, -e, dead.
mortel, -le, mortal, deadly.
mot, m.f Word, password.
motte,/., clod.
motus, mum! silence!
mouchard, w., police-spy, in-
former.
mouche,/., fîy.
moudre, to grind.
mouette,/., gull.
mouillé, -e, wet.
mouillure,/., wetting.
moulin, w., mill; — à vent,
windmill.
mourant, -e, dying person.
mourir, to die.
mousse,/., foam, moss.
mousseline,/., muslin, or lawn.
moustique, m., mosquito.
mouton, m., sheep.
mouvement, m., motion, mov-
ing, movement, circulation,
crowd. ^
moyen, w., means; le — de,
how in the world.
moyen-âge, m,, Middle Ages,
muet, -te, mute, silent, dumb.
mulot, m. y field-mouse.
mur, m.j wall.
mtu'aille,/., wall.
muscat, m., muscat wîne.
museau, m., nose (of animais),
muzzle.
mutiler, to mutilate.
mystère, w., mystery.
mystérieu-x, -se, mysterious.
N
nager, to swim.
naî-f, -ve, natural, simple.
naïvement, simply, naively.
nappe, /., tablecloth, cloth.
narguer, to mock, defy.
narine,/., nostril.
narquois, -e, jeering, mock-
ing.
nasse,/., bow-net.
national, -e, national; gardes
nationaux, militia.
naufrage, w., shipwreck.
navire, m., ship.
navrant, -e, heartbreaking.
navré, -e, broken-hearted ; avoir
le cœur — , to be broken-
hearted.
VOCABULARY
I6S
ne . . . p&S) no, not; — ...
que, only.
nécroman, m., necromancer.
nef,/., nave.
neige,/., snow; de — , snowy.
nerveu-x, -se, nervous.
net, -te, plain, clear.
netteté, /., neatness, clear-
ness.
neuf, nine.
neu-f, -ve, new; flambant — ,
brand new; de — , anew,
newly.
nez, m., nose.
ni ... ni, neither . . . nor.
nichée, /., nest (of birds),
brood.
nicher, to nestle.
nid, m. y nest.
niveau, w., le vel ; marche de — ,
large le vel step.
noce,/., wedding party.
nocturne, nightly, nocturnal.
noir, w., darkness, obscur-
ity.
noir, -e, dark, black.
noircir, to blacken, darken.
nom, m., name.
nombreu-z, -se, numerous.
nonmier, to name, call.
nourrice, /., wet -nurse; mettre
un enfant en — , to put a
child out to nurse.
nourrir, to feed, support.
nous, we, us; chez — , our
house.
nouveau, nouvel, -le, new; de
— , anew, again.
nouvelle,/., news.
noyau, m., stonc (of fruits).
noyer, to drown.
nu, -e, bare, naked; pieds — s,
barefooted.
nuage, m., cloud.
nuance,/., shade, hue.
nudité,/., bareness.
nuit, /., night; la, de — , at
night.
obéir, to obey.
obscurcir (s'), to grow dim,
dark.
obliger, to oblige, compel,
obus, m. y shell.
occupé, -e, busy.
occuper, to occupy; s' — , to be
busy, occupy oneself.
odeiu:,/., odor, smell.
odorant, -e, fragratit.
œil, m., eye; coup d* — , glanée,
œuf, m.y egg.
œuvre, /., work; banc d' — ,
wardens* pew.
office, m.j service.
officiant, m., ofiiciating priest.
ogival, -e, pointed.
oiseau, m., bird.
oiseau -mouche, m., humming-
bird.
olivier, w., olive tree.
ombre, m., shadow, dark spot,
darkness.
ombrelle,/., parasol.
ombrer, to shade.
on, one, they, people.
onde,/., wave.
ondée,/., shower.
ongle, m., fingernail.
opérer, to work.
opter, to choose.
opulent, wealthy, opulent,
or, now, then.
or, m. y gold.
orage, w., storm.
oraison,/., prayer, orison.
oranger, m., orange tree.
oratoire, m., oratory.
ordinaire, ordinary; comme à
V — , as usually; d' — , usually.
ordonnance,/., orderly.
oreille, /., ear; à V — , in the
ear.
oreiller, m., pillow.
orfraie,/., sea-cagle.
i66
VOCABULARY
org^ue, w./., organ.
orgueil, m., pride.
orner, to adorn.
ornière,/., rut.
oser, to dare.
03eraie, /., osier-bed, willow
field.
osier, w., wicker.
6 ter, to remove, take off.
où, when, where; d' — , from
where, whence.
ou, or; — ... — , either . . .
or.
oublier, to forget.
ouragan, m., hurricane.
ourdisseu-r, -se, warper.
ourlet, m. y hem, Une.
outil, w., tool.
outre-Rhin, beyond the Rhine.
ouvert, -e, open; grandes — es,
wide open.
ouvrage^ w., sewing, work.
ouvragé, -e, carved, wrought.
ouvrir, to open; s' — , to be
opened, opèn.
pagode, /., pagoda; en — , in
the style of a pagoda, pigoda-
like.
paille,/, straw.
psillette, /., spangle.
pain, w., bread.
paisible, peaceful.
paître, to graze.
paix,/., peace.
palais, m., palace.
palefrenier, m., hostler, groom.
pâleur,/., paleness.
palier, w., landing (of stair-
ways) .
pâlir, to turn pale.
pâlot, -te, pale.
palper, to feel.
pâmer (se), to be transported.
*""~ m., large pièce (of walls).
panache,/., plume.
panier, w., basket, hoopskirt.
panneau, w., panel.
pantalon, m., trousers.
paon, m.f peacock.
pape, m. y pope.
paperasse, /., (old) papers.
papier, w., paper; — d'embal^
lage, wrapping-paper.
papillon, m., butterfly.
paquebot, m., steamship.
Pâques, m. y Easter.
paquet, w., package, bunch.
par, by, through, in, over.
paraître, to appear, ceem,
look.
parapluie, w., umbrella.
parc, m. y sheepfold, pen.
parcelle, /., bit, particle.
pareil, -le, similar, like.
parent, -e, relative.
parfait, -e, perfect.
parfum, w., perfume, odor, at-
mosphère.
parfumer, to flavor, perfume.
parisien, -ne, Parisian.
parlement, w., parliament.
parler, to speak, talk.
parmi, among.
paroi,/., side, wall.
paroissien, -ne, parishioner.
parole,/., word, speech.
part, /., share; quelque — -
somewhere; à — , aside.
partage, w., sharing, divi-
sion.
partager, to divide, share.
partenaire, w., partner.
parterre, w., flower-bed.
partie,/., game, part, playing;
faire — , to be a part.
partir, to départ, go, go off; à
— de, from.
partition,/., musical score.
partout, every where.
parvenir, to succeed.
pas, no, not, not any.
I pas, m., step, footstep; à grands
VOCABULARY
167
— , ,with long strides; — de
course, double quick time.
passage, m. y passage, passing;
au — , passing.
passant, -e, passer-by.
passe,/., défile, pass.
passé, -e, old, faded.
passer, to pass, spend (of time),
skip; se — , to be passed, be
spent (of time), take place,
happen.
passereau, w., sparrow.
passerelle,/., foot-bridge.
passe -temps, m., pastime.
pastèque,/., watermelon.
pâte,/., dough, paste.
pâté, w., cold meat-pie, patty.
patenôtre,/., prayer.
paternel, -le, paternal.
pâtissier, m., pastry-cook.
patte, /., claw, paw, foot (of
animais).
pâturage, w., pasture, pastur-
age.
pâture,/., food, pasture.
paupière,/, eyelid.
pauvre, poor.
pavé, m., pavement.
payer, to pay; se — , to buy for
oneself, to treat oneself to.
pays, m., country; au — , at
home, in his own country.
paysage, w., landscape.
paysan, -ne, peasant, country
people.
pêche, /., fishing; filet de — ,
fishing-net.
péché, m.f sin.
pêcher, to fish.
pêchetu*, m., fisher.
peindre, to paint.
peine, /., trouble, dîfficulty; à
— , hardly, ficarcely; se don-
ner la — , to take the trouble;
faire — , to pain.
peinture,/., paint, paînting.
pêle-mêle, m., pell-mell.
pelisse,/., cloak.
peloton, m. y platoon; feu de — ,
platoon firing.
pelouse,/., lawn.
pencher, to lean, bend, tilt.
pendant, during; — que, while.
pendant, -e, hanging out.
pendre, to hang, hang down.
pendule,/., clock.
pénétrer, to enter, pene.trate.
pénible, painful.
pensée,/., thought.
penser, to think.
pente,/., declivity, slope; en — ,
slanting.
perche,/., pôle; — à houblon,
hop-pole.
perdant, w., loser.
perdre, to lose; se — , to be lost,
lose oneself.
perdreau, w., young par-
tridge.
perdrix,/, partridge.
père, m. y father, old man.
perle,/., pearl, drop (of water).
permettre, to permit.
perron, w., steps (before a
house); front steps.
persistant, -e, persistent, per-
sisting.
personne, /., person; ne . . .
— , nobody, somebody, any-
body.
perspective,/., prospect.
perte,/., loss; à — de vue, as
far as the eye can reach.
pèse -liqueur, w., alcoholome-
ter.
peser, to weigh, be heavy on.
peste,/., pestilence, pest.
pétiller, to crackle, sparkle.
petit, -e, small, little, poor.
petite-fille, granddaughter.
pétrole, m., kérosène.
peu, little, few; — à — , little
by little; un — , somewhat;
just.
peuple, m., people.
peur, /., fear; avoir — , to be
i68
VOCABULARY
afraid ; de — de, for fear of ;
faire — , to frighten.
penreu-x, -se, fearful, cow-
ardly.
peut-être, perhaps.
phare, m., lighthouse.
photographe, w., photographer.
photographie,/., photograph.
photographie business.
phoque, w., seal, sea-lion.
physionomie, /., physiognomy,
appearance.
pic, w., peak; à — , very steep,
perpendicularly.
picoter, to peck (of birds).
pie,/., magpie.
pièce,/., room, play; — d'eau,
pond.
pied, m., leg (of pièces of fur-
niture), foot, stalk, log; — S
nus, barefooted; à — , on
foot.
pierre,/., stone.
pierreu-x, -se, stony.
piétinement, m., tramping,
stamping (of feet).
piétiner, to stamp, tramp.
pieu-x, -se, pious.
pigeonnier, w., pigeon -house.
pilori, w., pillory.
pin, w., pine tree.
pinceau, m., paint-brush.
pincer, to catch, pinch.
pioche,/., pickaxe.
piquer, to peck.
pis, worse; tant — , so much
the worst.
pitié,/., pity.
pittoresque, picturesque.
pivoter, to re volve.
place, /., place, room, spot,
seat; de — en — , hère and
there.
plafond, m, y ceîling.
plaindre, to pity; se — , to com-
plain .
plaire, to please.
plaisir, m., pleasure.
planche,/., board, plank.
planer, to soar.
planté, -e, standing, motion-^
less.
planter, to drive (of pôles),
plant.
planton, m., orderly.
plaque, /., décoration, in-
signia.
plat, -e, flat; vaisselle — e, sil-
ver plate.
plâtras, m., plaster rubbish.
plâtre, m., plaster.
plein, -e, full, complète.
plénière, adj. /., plenary; in-
dulgence — , plenary indul-
gence.
pleurer, to weep, cry; se —
soi-même, to weep over one-
self.
pleuvoir, to rain.
pli, m. y fold, undulation.
plier, to fold.
plisser, to creep over.
plomb, m.j lead; grain de — ,
shot.
plongeon, m., sînking, dipping,
plunging.
plonger, to dive, plunge.
pluie,/., rain.
plumage, m., feathers, plum-
age.
plume,/., pen, feather.
plupart, /., most, most part.
plus, more; ne . . . — , no
more, no longer; le — , the
most; non — , either; ne . . .
— que, only; de — en — ,
more and more.
plusieurs, several, many.
plutôt, rather.
poche,/., pocket.
poêle, m.f stove.
poids, w., weight, heaviness.
poignée,/., handful.
poil, m. y hair.
poing, w., fist; coup de — ,
punch, blow with the fist.
VOCABULARY
169
point, m., point, dot, suspensive
point; ne . . . point, no, not,
not at ail.
pointe^/., point.
pointu, ~6, pointed, sharp.
ix>is, m,, pea; petite — , green
peas.
poitrine,/., breast, chest.
poli, -e, polished, shiny, polite.
politique,/.) politics.
pomme,/., apple; — de terre,
potato.
pommette, /., cheek-bone,
cheek.
pont, m., bridge, deck.
ponton, m., pontoon, bridge of
boats.
populaire, m., people.
portail, m., portai, door.
porte,/., door, gâte (of cities);
sur la — , at the door.
porte-bannière, m., banner
bearer.
porte-enseigne, m., standard
bearer, flag-bearer.
porte-drapeau, m., standard-
bearer.
portée,/., reach, range (of fire-
arms); à une — de fusil,
within gun shot.
porter, to carry, bear, wear,
take.
porteur, m,, bearer, carrier;
chaise à — s, sedan-chair.
porte-voix, m., mégaphone,
speaking-trumpet.
pose,/., attitude, posture.
poser, to place, rest; se — , to
place oneself, be placed; to
pitch (of birds).
possédé, -e, possessed with the
de vil.
poste,/., post-office; chaise de
— , stage -coach.
poudre, /., gun-powder, hair
powder; boîte à — , powder
horn, powder flask.
poudrer, to powder.
poudreu-z, -se, dusty.
poule,/., hen; — d'eau, moor-
hen.
poulet, m., chicken.
poulie,/., pulley.
poupée,/., doU.
pour, to, in order to, for.
pourboire, m., tip.
pourquoi, why, what for.
pourâmt, however, neverthe-
less.
poussée,/., push, pushing.
pousser, to push, drive, grow.
poussier, m., coal-dust.
poussière,/., dust; — d'écume,
spray.
poussiareu-x, -se, dusty, dust-
' like.
pouvoir, can, may, to be able;
n'en — plus, to be exhausted.
pratique,/., customer.
pré, m., meadow.
préau, w., courtyard (of con-
vents).
précipiter (se), to hurry, rush,
throw oneself.
précis, -e, sharp, précise.
préférer, to prefer.
premier, m., second floor.
premi-er, -ère, first; — de l'an,
New Year's day.
prendre, to take, meet, catch;
— à travers champ, go across
lots.
préparer, to prépare; se — , to
get ready.
pr&, near, with; à peu — ,
almost.
presbytère, w., parsonage.
présent, ~e, présent; à — , at
présent, now.
préservet, to préserve, save.
presque, almost.
presse,/., printing-press.
pressé, -e, close, crowded; être
— , to be in a hurry.
presser (se), to crowd, hurry.
prêt, -e, ready.
170
VOCABULARY
prêter, to lend, loan; — ser-
ment, to take the oath ol
allegiance.
prétexter, to prétend, feign.
prétoire, m., court-room.
prêtre, m., priest.
prévenance, /., kindness, kind
attention.
prévenir, to infornii wam, pre-
vent.
prier, to pray.
prière,/., prayer.
prieur, m.j prior (head of a
convent).
princi-er, -ère, princely.
prise, /., capture; — d'anues,
call to arms.
prisonni-er, -ère, prisoner.
privé, -e, private.
prix, m. y price, prize; à tout — ,
at any price, by ail means.
prochain, -e, next, foUowing.
produire, to produce, be the
cause of.
profiter, to take advantage,
profit.
profondeur, /., depth, pro-
foundness.
prolonger, to prolong, extend.
promenade, /., walk, prome-
nade.
promener, to take out, give an
airing, carry out; — son râ-
teau dans, to rake; se — , to
walk up and down, prome-
nade. '
promeneu-r, -se, promenader.
promettre, to promise.
prononcer, to deliver (of
speeches), pronounce.
propos, w., utterance; à — de,
about; à ce — , about this.
propre, own, proper.
prosterner, to prostrate.
prote, w., proof-reader.
prouver, to prove.
provençal, -e. Provençal, of
Provence.
OTudemment, prudently.
Frusse,/., Prussia.
prussien, -ne, Prussian.
psalmodier, to read in a sing*
song manner.
psaume, m., psalm.
puis, then.
puisque, since, inasmuch as.
puissant, -e, powerful.
puits, m, y well.
punir, to punish.
pupille, m., cadet.
pupitre, m., stand.
pymonisse,/., witch, pythoness.
quai, m.y quay, wharf.
quand, when.
quant à, as to.
quart, m., fourth, quarter,
watch.
quartier, m., quarter, vicinity,
neighborhood, place; — gé-
néral, headquarters.
quatre, four; — à — , four steps
at a time.
quatre-vingts, eîghty.
quatrième, fourth.
que, that, which, whom, than,
what, but; ne . . . — , only.
quel, -le, quels, quelles, what,
which,
quelque, -«, some, a few.
quelquefois, sometimes.
quelqu'un,some one,somebody,
quête,/., search, quest.
queue, /., eue (of bilHards),
tail, end.
qui, that, which, who, whom,
quille,/., keel.
quinze, fifteen.
quitter, to leave, ^ve up.
quoi, what ; à — bon, what good
would that do; sur — , wherc
upon.
quoique, although.
VOCABULARY
171
xabattrC) to tum down.
rabbin, m., rabbi.
Tabougri, -e, stunted.
raccommoder, to mend, repair.
raconter, to tell, relate.
fadeau, m., raft.
radieu-z, -se, radiant.
radis, m., radish.
rafler, to capture, carry oflF.
rageusement, peevishly, angri-
ly.
raide, stîff.
raison,/., reason; avoir — , to
be right.
rajeunir, to rejuvenate, make
new again.
rajuster, to straighten, fix.
râle, m.j death-rattle.
ralentir (se), to slacken, slow
down.
rallumer, to light again.
ramasser, to gather, pick up.
rame, y., oar.
ramener, to bring back.
ramer, to row.
rampe,/., baluster, hill.
ramper, to crawl.
rang, m., rank, row, Une.
range, -e, lined up.
rangée,/., row, Une.
ranger, to arrange, be in Une;
se — , to stop.
rapetisser, to make smaller, be-
little.
rapidement, rapidly, quîckly.
rapiécer, to patch up.
rappel, m., call to arms.
rappeler, to recall, call back,
call; se — , to remember.
rapporter, to bring back.
rapprocher, to bring near,
bring together; se — , to
corne nearer and nearer.
rare, scarce, rare.
ras, w., short-nap cloth; au —
de, about on a level with;
ras, close-shaved, flat, open.
rassurer, to reassure, quiet; se
— , to be reassured, easy.
râteau, m., rake; promener son
— , to rake.
râteUer, m., rack.
ravoir, to get back.
rayer, to stripe.
rayon, w., shelf, ray.
rayonnement, w., glittering, re-
flection.
réactionnaire, reactionîst, reac-
. tionary.
rebord, w., edge, border.
rebuter, to repuise, disgust.
recette, /., receîpt, recipe.
recevoir, to recel ve.
réchaud, m., chafing-dish, stove.
réchauffer, to warm up; se — ,
to get warm.
récit, w., story, récital.
réciter, to recite.
recoin, m., nook, out-of-the-
way corner.
recommencer, to begin again.
reconnaître, to recognize, ac-
knowledge; se — , to recog-
nize oneself.
recourbé, -e, bent.
reçu, w., receipt.
recueiUi, -e, coUected, médita-
tive.
recueillir, to receîve.
rectil, m, y recoil, falling back.
reculer, to faU back, recoil.
redevenir, to become again.
redingote, /., frock-coat.
redire, to say again, tell again.
redresser, to set up again; se — ,
• to straighten up.
refermer (se), to be closed
again.
reflet, w., reflectîon, shadow.
refléter, to reflect; se — , to be
reflected.
réfugier (se), to take refuge.
regagner, to return, go back.
172
VOCABULARY
regard) f»., glance, look.
regarder, to look, look at; se — ,
to look at each other.
règle,/., rule; c'était de — , it
was their habit.
règlement, m., régulation.
régler, to regulate, settle.
régulièrement, regularly.
reme,/., queen.
rejeter, to throw back.
rejoindre, to join again, join,
regain.
relâche, /., relaxation, ceas-
ing.
relever, to raîse again, pull up.
religieusement, religiously.
reluire, to shine; faire — , to
polish.
reluisant, -e, shining, brilliant.
remblai, m., embankment.
remettre, to put again; se — ,
to put oneaelf again, begîn
again.
remonter, to come up again,
go up, wind up.
remords, m., re morse.
remorque, /., tow, train of
boats.
remorquer, to tow.
remous, m., eddy.
remplacer, to replace, take the
place of.
remplir, to fill; se — , to be
fified, fill.
remuant, -^, restless, busy.
remuement, m., moving, mov-
ing about.
remuer, to shuffle, move, stir
up; se — , to be astir.
rencontre,/., meeting.
rencontrer, to meet; se — , to
meet one another.
rendez-vous, m., meeting-place;
se donner — , to meet, agrée
to mbet, make an appoint-
ment.
rendre, to make, render, giv'e
back, retum, surrender; —
la justice, to dispense justice;
se — , to go, become.
renégat, ^, renegade.
renom, m.,renown, réputation,
rentrée,/., home-coming.
rentrer, to come in again, re»
enter, go home, come home,
renverser, to throw back; se — ,
to throw oneself back.
renvoyer, to dismiss, send back.
répandre (se) , to spread, scatter.
repas, m., repast, meal.
repeint, -e, newly painted.
répéter, to repeat.
replier, to fold again; se — , to
be folded again.
répondre, to answer, respond,
assure,
répons, w.,response (at church)»
reporter, to take back, carry
back.
reposer, to rest.
repousser, to push back.
reprendre, to take back, take
again, résume.
représenter, to represent; se — ,
to picture to oneself.
repriser, to dam.
reproche, m., reproach.
réervoir, m., tank.
résonner, to resound.
résoudre, to résolve, dedde.
respecter, to respect; se — , to
hâve self -respect.
respectueu~z, nse, respectful.
respirer, to catch one's breath,
breathe.
ressembler, to resemble, look
like.
reste, m., rest, remainder; du
— , nevertheless.
rester j to remain.
restremt, -e, limited, dim.
retard, w., delay; très en — ,
very late.
retarder, to delay, put off.
retenir, to detain, retain, stop;
se — , to keep oneself from.
VOCABULARY
173
retentir, to resound.
retentissant, -e, resounding.
retirer (se), to withdraw.
retour, m., return.
retourner, to turn over, go back,
return, turn back; se — , to
turn around, turn back one's
head.
retraite,/., retreat; battre en — ,
to retreat.
retrouver, to find again; se — ,
to find oneself again.
réunir, to gather.
revanche,/., re venge.
rêve, m., dream.
réveil, m. y awakening.
réveiller, to awaken.
réveUlon, m., a collation in the
middle of the night.
revenir, to come back, return,
recover.
rêver, to dream, muse.
réverbère, w., street-lamp.
révérence, /., courtesy, bowing.
revivre, to come to life again,
revive.
revoir, to see again, meet again.
rez-de-chaussée, m., ground
floor.
riant, -e, cheerful, smiling,
i}leasant.
ribambelle,/., strîng, lot.
ricaner, to sneer.
richesse,/., wealth, riches.
ridé, -e, wrinkled.
rideau, m., curtain.
ridicule, m., ridicule, ridicu-
lousness.
rien, nothing, anything; — que,
only.
rieu-r, -se, laughing.
rire, to laugh.
rire, w., laughter; éclat de — ,
burst of laughter.
rivage, m., shore.
rive,/., bank (of rivers).
rivière,/., river.
robe,/., dress, gown.
robuste, strong, robust, hardy.
roche,/., rock,
rôder, to roam, prowl.
rôdeu-r, -se, roamer, prowler.
Romain, -e. Roman,
romarin, m., rosemary.
rond, m,, round, cushion; en
— , in a circle.
ronde, /., round hand, circle,
round; à la — , within a
radius.
ronflement, m., buzzing.
ronfler, to snore, roar.
ronger, to gnaw, eat up.
rosace,/., rose-window.
rose, pin k, with rosy cheeks.
roseau, m., rééd.
rosée,/., dew.
rôti, w., roast.
rouage, m., works.
roue,/., wheel; faire la — , to
spread the tail (of peacocks).
rouet, w.,.spinning-wheel.
rouge, red.
rouge, m,, blush.
rougeâtre, reddish.
rougeur,/., redness.
rougir, to blush.
rot^er (se), to become nisty,
rust.
roulage, m., carriage (of goods) ;
voiture de — , truck, van.
roulement, m., rumblîng, roll-
ing.
rouler, to roU, beat, walk
around, loiter, drive; se — ,
to move, stir, wallow.
route,/., way, road; grande — ,
highway; fetdlle de — , route;
se mettre en — , to start off.
rou-x, Hsse, tawny, reddish,
yellowish.
ruban, m., ribbon.
ruche,/., bee-hive.
rue,/., Street.
ruer (se), to rush.
ruiner, to ruin.
ruisseau, m., stream, brook.
174
VOCABULARY
ruisselant, -e, streaming,
rumeur, /., uproar, noise, ru-
mor, excitement.
rusticité, /., boorishness, un-
couthness.
sable, m.f sand.
sac, m. y knapsack, bag, sack.
saccade, /., jerk; par — s, by
fits and starts.
sacrifier, to sacrifice.
sagesse,/., wisdom.
saigner, to bleed.
sain, -e, healthy; — et sauf,
safe and sound.
saint, -e, saintly, holy, saint.
saint-honoré, m., créa m pie.
saisi, -e, moved.
saisir, to seize, grasp.
saisissant, -e, striking, thrilling,
startling.
saison,/., season.
salé, -e, sait, salty.
salicorne,/., glasswort.
salir, to soil, sully, dirty.
salle,/., hall, room; — à man-
ger, dining-room; — de
catéchisme, Sunday-school
room ; — basse, room on the
ground floor.
salon, m., parlor.
saluer, to greet, bow; se — , to
sainte, greet each other.
samedi, m., Saturday.
sang, m., blood.
sanglant, -e, bloody, bleeding.
sanglot, m., sob.
sangloter, to sob.
sans, without.
santé,/., health.
sapin, m.f ÛT tree.
sarment, w., vine-shoot, vine-
branch.
Sarrasin, w., Saracen.
sarrasin, m., buckwheat.
sauf, saving, except; — votre
respect, saving your prés-
ence.
sau-f, -ve, safe; sain et — , safe
and Sound.
saïunâtre, briny.
saut, m,j jump, leap.
sauter, to jump, leap, hop.
sauvage, wild, savage.
sauver, to save.
savant, -e, learned.
savoir, w., knowledge, science.
savoir, to know, be able.
savourer, to enjoy.
scandaleu-x, -se, scandalous.
scandaliser, to scandalize.
scélérat, m., rascal, rogue.
sceptique, sceptical.
sciupter, to carve, sculpture.
seau, m.f pail, bucket.
s-ec, -èche, dry; être à — , to
hâve dried up, be dry.
sécher, to dry up, dry.
secouer, to shake off, shake.
secousse,/., jerk, motion, shak-
ing.
séduire, to seduce, lead astray,
bribe.
seigneur, m., lord.
seignetuial, -e, seignorial.
Seltz (eau de),/., Seltzer water.
semaine,/., week.
semblant, m., semblance; faire
— , to prétend.
sembler, to seem, look like.
semé, -e, dotted.
semer, to sow.
sens, m.f direction, sensé.
sensible, visible.
sentier, w., path.
sentinelle,/., sentry.
sentir, to feel, smcll; savor of;
se — , to feel oneself.
séparer, to separate.
sept, seven
série,/., séries; run (billiards).
sérieusement, for pood, in ear*
ncst, seriously.
VOCABULARY
175
8ériea-z, -se, serious; au — ,
seriously.
serment, m,, oath; prêter — , to
take an oath of allegiance.
serpentin, m., worm (of a still).
serpolet, m., wild thyme.
serrer, to press, grasp, wring;
oppress (of the heart); se — ,
to crowd, crowd together.
serrure,/., lock; trou de la — ,
keyhole.
serviette,/., napkin.
servir, to serve, wait on; se — ,
to use.
seuil, m., threshold, sill.
seul, -e, one, only, alone.
seulement, only.
sévèrement, severely.
si, if, so, yes.
sien (le), -ne (la), siens (les),
siennes (les), hers, his, its;
les siens, one's relations,
siffler, to whistle, hiss, howl (of
the wind).
sifflet, fw., whistlîng, whistle.
signer, to sign; se — , to cross
oneself.
si«rnifier, to sîgnîfy, mean.
silencieusement, silently.
silencieu-z, -se, silent.
sillon, m., furrow.
simple, m.f médicinal plant.
singuli-er, -ère, peculiar, sin-
gular.
sii^;ulièrement, peculiarly, sin-
pularly.
sinistre, m., accident, catas-
trophe.
sitôt, as soon as.
socle, m.f pedestal.
sœur,/., sister.
soi, oneself.
soie,/., silk.
soif, /., thirst; avoir — , to be
thirsty.
soigner, to care for, take care
of.
soigneusement, carefully.
soi-même, oneself.
soin, m., care, attention.
soir, w.i evening.
soirée,/., evening.
soixante, sixty.
sol, m., ground, soil.
soldat, m., soldier.
soleil, m., sun; -^ couchant,
setting sun; par le grand —,
in the hot sun.
solennel, -le, solemn.
solide, strong, stout (of things).
solitaire, m., recluse,
sombrer, to sink.
somme,/., sum; en — , in short,
somme, m., nap.
sommeil, m., sleep.
sommet, m., sum mit, top.
son, sa, ses, his, her, its.
songer, to think.
sonnaille,/., bell.
sonner, to ring the bell, sound,
resound, clink, strike, rattle.
sonnette, /., bell, doorbell; un
grand coup de — , a loud
ring of the bell.
sonore, sonorous.
sorbe,/., sorb.
sorci-er, -ère, witch, sorcerer,
sorceress.
sortilège, w., sorcery, witch-
craft.
sortir, to go out, come out,
issue.
sou, m. y penny.
soudain, suddenly.
souffler, to put out (of lights),
pant, blow.
soufflet, m,f bellows.
souffrance,/., suffering.
souiller, to soil, suUy, dirty.
soulager, to relie ve.
soulever, to lift.
soulier, m., shoe.
soupir, m., sîgh.
soupirer, to sigh.
source,/., spring.
sourcil, m., eyebrow; froncer
lyô
VOCABXTLARY
les — Sy to frown, knit one's
eyebrows.
sourciller, to frown; sans — ,
wîthout moving a muscle.
sourd, -e, deaf, dull.
souriant, -e, smiling.
sourire, m., smile.
sourire, to smile.
souris,/., mouse.
sous, under, undemeath.
sous-lieutenant, m,, underlieu-
tenant, second lieutenant.
sous-officier, non-commissioned
ofl&cer.
soutenir, to support, stand by,
main tain; se — , to support
one another.
souvenir, m., remembrance,
re collection.
souvenir (se), to remember.
souvent, often.
square, m., park, square,
stalle,/., stall, chair.
stupeur,/., amazement.
subitement, suddenly.
succéder (se), to succeed one
another.
succession, /., inheritance» es-
tate.
sucre, fit., sugar.
suer, to perspîre, sweat.
sueiff,/., sweat.
suisse, Swiss.
suite, /., continuation ; tout de
— , at once; de — , in succes-
sion.
suivre, to foUow.
supplier, to beseech, entreat.
sur, on, upon, above, over.
sûr, -e, sure, certain.
surfiler, to sew.
surlendemain, m., the third
day.
surmener, to overwork, Over-
drive.
surmonter, to surmount.
surplis, m., surplice.
surprendre, to surprise, catch.
stutout, above ail, especîally.
surveillance,/., watch.
surveiller, to watch, superin-
tend.
suspect, -e^ suspicîous.
symétriquement, symetrically.
tabac, m., tobacco.
tableau, m., picture.
tablette,/., shelf.
tablier, m,, apron.
tâche,/., task; prendre à — de
faire une chose, to make it
one's business to do a thing.
tâcher, to endeavor, try.
tacher, to stain.
taille,/., figure, waist, sîze.
tailler, to eut.
taillis, m.j underwood, copse.
taire, to keep quiet; se — , to
remain silent, keep quiet.
talus, m., embankment.
tamaris, m., tamarisk; pied de
— , tamarisk log.
tambour, m., drum.
tandis que, while.
tanner, to tan.
tanneur, m., tanner.
tant, so many, so much; — que,
as long as.
tante,/., aunt.
tantôt, after a whîle; — ...
— , now . . . then.
tapage, dîsturbance, noise,
taper, to strike, tap, hit.
tapis, m., cloth, carpet, table
cover.
tard, late.
tas, m., pile, lot, number.
tasser, to pile up.
tâtonner, to grope, feel one's
way.
tâtons (â), groping.
taureau, m., buU.
teint, m., complexion.
VOCABULARY
177
teinte,/., tint, hue; — s vagues,
subdued tints.
tel, -le, such; — que, such as.
témoin, m., witness.
temps, m. y time, weather; à — ,
oîi time; de — en — , from
time to time; en même — ,
at the same time; gros — ,
heavy weather.
tendre, to stretch, extend.
tendresse,/., tenderness.
tenir, <r., to hold, contain, hâve,
keep; intr.j — dans, to con-
sist of ; ne plus y — , not to be
able to stand it any longer;
— bon, to resist, hold one's
ground; — à, to care, be
anxious to; se — , to hold
oneself, keep, stand.
tentation,/., temptation.
tenter, to tempt.
tenue,/., dress; en petite — , in
fatigue uniform; grande — ,
full-dress uniform.
terminer, to complète.
terne, without luster, duU.
ternir, to tarnish, sully.
terrain, m., ground, lot.
terre, /., earth, floor, world,
dirt, land; par — , on the
floor, ground; pomme de — ,
potato; prendre — , to alight;
de — , earthen.
terriblement, terribly.
terrier, w., burrow, terrier, hole.
tête, /., head; en — , ahead;
faire — à, to stand one's
ground, hold out against,
cope with; — de lettre, letter-
head.
textuellement, word for word.
tiède, warm, lukewarm.
tiédir, to cool, become cool.
timbre, m., sound, bell.
tinter, to toll, ring.
tirer, to draw, pull, shoot; se
— d'affaire, to get out of
difficulty.
tisserand, m., weaver.
titre, m., title.
toi, thou, thee.
toile, m., cloth; — d'emballage,
packing-cloth, burlap; —
d'araignée, cobweb.
toison,/., fleece, hair.
toit, w., roof.
toiture,/., roof.
tomber, to fall.
ton, ta, tes, thy.
ton, m. y shade, hue, tone,
voice.
toimeau, m., cask, keg.
tonner, to roar, thunder.
tonnerre, m., thunder.
toque,/., cap.
tordu, -e, twisted.
torrentiel, -le, torrent-like.
tort, m. y wrong; à — et à
travers, at random.
tortiller, to twist.
tôt, soon.
toucher, to touch, speak.
touffe,/., tuft, clump.
toujours, always, still; pour — ,
forever.
tour, m. y turn, trick; à son — ,
at their, his turn ; faire le — ,
to go around; à double — ,
with a double turn of the
key.
tour,/., tower.
tourbillon, m., whirlwind,whirl-
pool.
tourmenter, to torment, har-
rass, torture.
tournant, m. y turn, corner, tum-
ing.
tournant, -e, winding.
tourner, to turn, whirl, re volve;
se — , to turn, turn around.
tournoiement, m., winding.
tournure,/., appearance.
tourterelle,/., dove.
tourtière,/., pie-plate, pie dish.
tousser, to cough.
tout, very, quite; — en, while.
178
VOCABULARY
tout, -e, tous, toutes, ail, whole,
everything.
tout à fait, quite, entirely.
traduire, to translate.
trahir, to betray.
trahison,/., treason.
train, w., pace, train, excite-
ment; être en — , to be in the
act; en — , on the way.
traîner, to lie about, be found,
drag, pull, wander; se — , to
drag along, drag oneself.
traineu-r, -se, loafer; — de
banc, park bench loafer.
traire, to milk.
trait, m. y trait; — s, features;
d'un — , in a gulp.
traiter, to treat.
tranche,/., edge (of books).
tranchée, /., trench, intrench-
ment.
tranquillement, tranquilly.
transe,/., fright.
travail, w., work, labor, toil;
cabinet de — , study; au — ,
at work.
travailler, to work.
travailleu-r, -se, worker.
travers (à), through, in the
midst of; à — de, through,
across; à tort et à — , at
random; de — , wrong.
traverser, to cross, traverse.
travesti, -e, mascarade, dis-
guised.
trèfle, m.j clover.
tremblant, -e, shaky, quaking.
trembler, to tremble, shake.
tremper, to soak, dip.
trente, thirty.
très, very, very much.
tressaillement, m., start, com-
motion.
tressaillir, to give a start, start,
be startled.
tresser, to weave.
tribune,/., gallery.
tricorne, w., three-cornered hat.
trictrac, m., click.
trier, to sort, sélect.
triolet, w., triplet.
triomphe, m., triumph; en — -,
triumphantly.
triste, sad.
tristement, sadly.
tristesse,/., sadness.
trois, three.
tromper (se), to be mistaken,
make a mistake.
tronc, m., trunk, stump (of
trees) .
trôner, to lord over.
trop, too, too much, too many.
trotter, to trot, run, go about.
trottoir, m., sidewalk; en plein
— , in the middle of the side-
walk.
trou, w., hole, excavation,
trouble, m., excite ment.
troublé, -e, anxious, disturbed.
trouée,/., opening, gap.
trouer, to pierce, make a hole,
perforate.
troupe, /., crowd, band; — s,
troops, flight, crowd.
troupeau, w., flock, herd.
troupier, trooper.
trouver, to find, think; se — , to
be found, find oneself, be.
trumeau, m., pier, pier-glass.
tuer, to kill.
tuerie, /., slaughter, carnage. ^
tue-tête (à), at the top of one*s
voice.
tuile,/., tile.
U
un, -e, one, a, an; — à — , one
by one.
tmi, -e, smooth, level.
unième, first.
tmique, only.
usage, m. y habit, usage,
usine,/., factory.
ustensile, m., utensil.
VOCABULARY
179
vacances,/. pîur,y vacation.
vacarme, m., uproar, hubbub.
vache,/., cow.
va-et -vient, m., traffîc, move-
ment.
vague,/., wave.
vaguement, vaguely.
vaisselle, /., china; — plate,
silver plate.
valide, healthy.
vallée,/., Valley.
valoir, to be worth; ne — rien,
not to be good; — bien, to be
well worth.
vanne,/., water-gate, sluice.
vapeur, m., steamboat.
vapeur,/., steamj bateau à — ,
steamboat.
vareuse,/., coat, blouse,
vase,/., mud, slime.
vautré, -e, stretched out, lying
down.
veille,/., sitting up, vigil, even-
ing.
veillée,/., evening; faire la — ,
to spend the evening.
velours, w., velvet.
velouté, -e, velvety.
vendre, to sell.
venir, to come; — de, to hâve
just.
vent, m, y wind; — frais, strong
breeze; moulin à — , wind-
mill; coup de — , gust of
wind.
vente,/., auction sale.
ventre, w., stomach, belly; — à
terre, at fuU speed.
ver, w., worm.
verdir, to make green.
vergue,/., yard (of boats).
véritable, real, genuine.
vermeil, w., silver-gilt.
vermoulu, -e, worm-eaten.
verre, w., lense, glass.
vers, toward.
verser, to pour out.
vert, -e, green.
vertige, w., dizziness, vertîgo.
vertu,/., virtue.
veste,/., sack-coat, coat.
vêtu, -e, clothed, clad.
vétusté,/., oldness.
veule, weak, powerless.
veuve,/., widow.
vibrer, ta whiz, vibrate, re-
sound.
victuailles,/. plur,y provisions.
vide, empty.
vide, w., empty space; à — ,
empty.
vider, to empty; se — , to be
emptied.
vie,/., life.
vieux, vieil, -le, old, old people.
vi-f, -ve, keen, sharp, bright
(of colors).
vigne,/., vineyard, grapevine.
vigneron, 1»., grapevine work-
er.
vigoureu-x, -se, vigorous.
vilain, -e, ugly.
ville,/., town, cîty.
villégiative, /., sojourn in the
country.
vin, w., wine; — cuit, claret
punch,
vingt, twenty.
vingtaine,/., score,
vingt-troisième, twenty-third.
violet, -te, purple.
violon, w., violin, violin -player.
virer, to tum, re volve,
viser, to ai m at.
visière,/., peak (of caps), visor.
visionnaire, vision a ry.
vite, quickly, fa st.
vitesse,/., speed.
vitrage, w., glass roof, glass
wall, church-window glass.
vitrail, m., stained window,
vitre,/., window pane.
vitré, -e, glazed.
i8o
VOCABULARY
vitreu-x, -se, vîtreous.
vitrine, /., show-case, show-
window.
vivacité,/., ardor, vivacity.
vivant, m., living person; de
son — , in her lifetime.
vivant, -e, living, alive.
vive, long live.
vivement, quickly, briskly,
sharply.
vivre, to live.
vivres, m. pîur.y provisions.
voici, hère is, hère are.
voie,/., railroad track.
voilà, there is, behold, there are.
voile,/., sail.
voir, to see; se — , to be seen,
visit one another.
voire, even, indeed.
voisin, -e, neighbor.
voiture,/., wagon, vehîcle.
voix,/., voice; à demi , in a
low voice; éclat de — , loud
shout; à haute — , aloud.
vol, wf., fiight, flock.
volant, m. y battle-dore and
shuttle-cock.
volée, /., âight, flying; peal,
voUey; à la grande — , a fuU
£eal.
>r, to steal, fly.
volet, w., shutter; — plein,
plain shutter.
voleur, m. y thief, robber.
volière,/., aviary.
volontaire, w., volunteer; en-
gagé — , volunteer.
votre, vos, your.
vôtre (le), (la), vôtres (les),
y ours.
vouloir, will, to wish, want.
voûté, -e, bent, stooping.
voyageu-r, -se, migratory (of
birds).
vojrant, -e, showy (of colors),
voyou, w., coarse street-boy.
vrai, -e, true, real.
vraiment, really, truly.
vue,/., view, sight; à perte de
— , as far as the eye can
reach.
W
vragon, m., car.
y, there, it, of it, to it; il
there is, are.
yeux, plur. of œil.
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